Pape Niang va sortir son 4e album “Jamm”, vingt-six ans après le dernier

Dakar, 14 sept (APS) – L’artiste sénégalais non voyant Pape Niang a annoncé à l’APS la sortie, au courant de ce mois de septembre, de son nouvel album intitulé “Jamm”, sur lequel le chanteur, également batteur, compositeur et harmoniste, dit avoir travaillé pendant plus de vingt ans.

La nouvelle production est un hymne à la paix, à l’unité, à la résilience et à l’espoir, a dit l’artiste, en recevant l’APS chez lui, à la cité Iba Ndiaye Diadji de Grand Mbao, dans la banlieue dakaroise, entouré de son arrangeur Prosper Birabar Kassé, de son manager Alpha Diouf, et de son fils Ass Niang, percussionniste.

“Djem” (Essayer ou tenter en wolof), le dernier album de Pape Niang, remonte à 2000 et comptait des titres devenus cultes tels que “Taar” (La beauté) et “Laago” (handicapé).

Avant cela, “l’handicapable” avait mis sur le marché “Xaleyi” (1992), qui fait suite à “Saxal Garap” (Reboiser), son premier album qui l’a propulsé sur la scène nationale et internationale à partir de 1986.

Certains de ces opus ont été d’ailleurs repris dans le tout nouvel album “Jamm” qui compte neuf titres.

“Tout est actualité dans cette production. Jamm rekk. Jamm a ngi ci lépp (La paix est dans tout), rien ne peut se faire sans la paix”, martèle-t-il pour justifier le choix du thème de cette production.

“+Jamm+, c’est l’histoire d’un homme qui n’a jamais cessé de croire, de fédérer, de rassembler les cœurs autour d’un même souffre, celui de la paix”, ajoute-t-il.

Dans cette chanson éponyme déjà sortie en décembre 2025, après l’élection présidentielle du 24 mars 2024 au Sénégal, le batteur invite journalistes et pouvoirs publics à s’unir, appelant ainsi toutes les forces vives de la nation à œuvrer pour la paix.

Il y exhorte aussi les Sénégalais à s’investir pour la préservation de l’environnement et du cadre de vie au quotidien et à lutter contre les inondations.    

Pape Niang dit partir du principe selon lequel un artiste doit toujours mettre l’humain au cœur de ses chansons, d’où son choix d’inviter au changement de comportement dans les différents titres de son nouvel album.

Un titre comme “Deukando” parle aussi du vivre-ensemble et de la nécessité de préserver l’harmonie entre voisins. Le tube “Baax” se veut un hymne au bon comportement, au respect et à la bienveillance, alors que “Xaley” appelle à une meilleure protection de l’enfance.

“Rafétalal” mangnifie les règles de bienséance et du savoir-vivre. “Geunat”, autre titre phare de cet album, parle de la manière d’asseoir l’harmonie dans le couple et dans les ménages polygames en particulier.

 Biberonné à la musique depuis son jeune âge

Une question demeure pourtant : mais qu’est ce qui peut expliquer l’absence de Pape Niang sur le marché musical depuis plus de vingt ? Même s’il refuse de s’épancher sur le sujet, il laisse entendre que son élan a été freiné toutes ces années par le manque de producteur sur la scène musicale et de manager de confiance. Surtout, il invoque le manque de moyens et le dérèglement du marché musical en lien avec l’irruption du numérique.

L’artiste consent certes à parler de ses difficultés, se disant généralement non impliqué dans la vie du secteur de la culture, par pudeur ou par passion, il revient très vite à la musique, la chose la plus essentielle à ses yeux.

Né en 1955 à Dakar, au Sénégal, passionné de musique depuis sa tendre enfance, Pape Birane Niang de son vrai nom, se rappelle avoir commencé très tôt à taper sur les fauteuils et les chaises de la maison familiale, sous le regard menaçant de sa mère qui lui reproche de perturber la quiétude des gens.

“Je l’avais dite à l’époque, j’étais un grand musicien”, se souvient-il pour plaisanter, tout en éclatant de rires. Et d’ajouter, plus sérieusement, avoir été véritablement initié à la musique par son frère Ousmane Niang, qui lui faisait écouter toutes sortes de sonorités de la World music.

“Si je suis chanteur aujourd’hui, c’est grâce à lui. Il m’a épaulé et accompagné dans beaucoup de choses”, dit-il, en insistant sur la vaste culture musicale de son frère.

Pape Niang, couvé par sa famille depuis sa tendre enfance, a pu s’initier à différentes genres musicales, du jazz, style dans lequel il excelle, au rock ‘n’ roll, en passant par le Blues, la salsa, le reggae et le zouk love.

Il révèle que c’est par l’intermédiaire de ce frère aîné qu’il a écouté pour la première fois le morceau cubain “Chucha Tembleque”, une chanson cubaine traditionnelle enregistrée par Pancho El Bravo en 1960, qu’il n’hésite d’ailleurs pas à fredonner, pour partager ses souvenirs “Qué séra qué séra qué séra lo que tienes qué, qué séra qué séra qué séra, chucha qué es lo que tu tienes…”.

Pape Niang se rappelle d’un autre souvenir encore vivace dans son esprit, lié à un tube interplanétaire, un tube légendaire qui a tenu en haleine le monde.

Il s’agit du titre “What a Wonderful World”, célèbre ballade écrite par les auteurs et compositeurs américains Bob Thiele et George David Weiss et interprété par le musicien chanteur de jazz afro-américain Louis Armstrong (1901-1971), un des artistes les plus emblématiques de l’histoire du jazz.   

Sortie en 1967, cette chanson considérée comme la plus célèbre de l’histoire du jazz, est inspirée par une période de graves tensions aux Etats-Unis et dans le monde : la guerre du Vietnam, la ségrégation raciale et les émeutes pour les droits civiques.

Son premier micro au groupe Xalam

Les auteurs ont voulu créer un message d’espoir lumineux pour contrer la noirceur de l’époque. Louis Armstrong, touché par cette vision pacifique et simple de la nature et de l’humanité, a accepté de l’interpréter pour rappeler la beauté de la vie.

Pour Pape Niang, ce tube demeure “la plus belle chanson du monde”. Il n’est pas peu fier d’avoir été ovationné pour sa magnifique interprétation de ce titre lors d’un concert en Allemagne.

Devenu avec le temps un artiste éclectique excellant dans divers styles, Pape Niang s’est fait la main en reprenant, à ses débuts, de grands chanteurs noirs américains qu’il continue de porter dans son cœur, tels que Ray Charles, Stevie Wonder, frappé comme lui d’un handicap visuel.

Il dit avoir rencontré Stevie Wonder en particulier, qui l’a félicité pour son travail.

James Brown et autres Otis Redding font également partie des inspirateurs de la carrière musicale de Pape Niang. Mais il a réellement débuté en 1971 au Xalam, où il a pris le micro pour la première fois aux côtés des défunts musiciens Cheikh Tidiane Tall et Prosper Niang, avec qui il a grandi musicalement. Il intègre par la suite le Xalam 2, mais c’est avec le morceau “Taar”, dans lequel il chante la beauté naturelle et l’élégance de la femme, que l’artiste connait un succès national et international.

Dès que ce titre est évoqué, Pape Niang sert à ses visiteurs des éclats de rire ponctués par son bégaiement et cette main qui tapote son front.

Il ne se fait pas prier pour faire la genèse de ce tube, un instrumental composé par le musicien et arrangeur sénégalais Henri Guillabert.

L’artiste rêve désormais de transmettre son art à ses enfants déjà dans la musique avec sa fille Dior, chanteuse, et Assane, percussionniste.

Il n’exclut pas de faire un featuring avec l’artiste Shula Ndiaye dont il dit doté d’un niveau de musicalité important. Il apprécie tout autant le travail de la chanteuse Viviane Chidid.

FKS/BK

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