INTEGRITE DE L’INFORMATION – Polaris et l’UNESCO veulent faire des créateurs de contenu des acteurs de la lutte contre la désinformation

Un atelier consacré à l’appropriation du plan d’action de Praia sur l’intégrité de l’information a réuni, lundi 14 septembre 2026, à Dakar, une vingtaine de créateurs de contenu. L’initiative vise à transformer les principes de ce plan en actions concrètes, avec une attention particulière portée aux jeunes, aux femmes et aux acteurs de l’écosystème numérique.

Face à la complexification de l’espace informationnel, Polaris Asso et l’UNESCO veulent renforcer leur collaboration avec les créateurs de contenu. L’objectif est de faire de ces acteurs des partenaires à part entière dans la promotion d’une information fiable et dans la lutte contre la désinformation.Fondateur et directeur exécutif de Polaris Asso, Ousseynou Gueye a rappelé que son organisation travaille depuis plusieurs années sur les questions liées à la jeunesse, à la citoyenneté et à l’intégrité de l’information. « Il faut parler leur langage et leurs codes », explique-t-il à propos des jeunes, estimant que les créateurs de contenu constituent aujourd’hui un canal privilégié pour les atteindre.Polaris s’appuie notamment sur quatre axes dans sa collaboration avec les créateurs de contenu : la recherche, le renforcement des capacités, la production de contenu et le réseautage. L’association affirme avoir notamment réalisé le livre blanc « Raconte ton influence », fruit d’entretiens avec plus de 100 influenceurs.

Cette dynamique s’inscrit dans le cadre du plan d’action de Praia pour l’intégrité de l’information en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Pour Ousseynou Gueye, les jeunes, les femmes et, parmi eux, les blogueurs, influenceurs et créateurs de contenu doivent être au cœur de sa mise en œuvre. « Ce plan d’action ne sera pas efficace et ne sera pas optimal tant que les jeunes ne vont pas se l’approprier  », estime-t-il.L’enjeu est désormais de passer des principes à des actions mesurables. « S’il y a quelque chose à retenir c’est l’action », insiste-t-il, appelant les participants à définir des objectifs pouvant être évalués à trois mois, six mois ou un an.

Chef du secteur communication et information au bureau régional de l’UNESCO pour l’Afrique de l’Ouest, Michel Kenmoe situe la rencontre dans la continuité de la conférence régionale sur l’intégrité de l’information tenue en septembre 2025 à Praia. Cette conférence avait notamment abouti à l’adoption d’un cadre stratégique et d’un plan d’action couvrant la période 2026-2036.Selon lui, plusieurs défis fragilisent aujourd’hui l’intégrité de l’information dans la région. Il cite notamment « la faible gouvernance des plateformes numériques », qui favorise la prolifération de la désinformation et de la mésinformation. Il relève également la faible prise en compte des langues locales par certains algorithmes et systèmes d’intelligence artificielle.

Autre difficulté : l’accès à une information crédible. Michel Kenmoe souligne que, même si 13 des 15 pays de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel ont adopté une loi sur l’accès à l’information, son opérationnalisation demeure problématique. « Le non-accès à l’information crédible, particulièrement l’information officielle, crée un vide qui devient interfertile pour la désinformation », analyse-t-il.

L’éducation aux médias constitue, à ses yeux, un autre enjeu majeur. Les jeunes, les femmes et les personnes vivant avec un handicap ne disposent pas toujours des compétences nécessaires pour évoluer de manière critique dans un environnement informationnel devenu plus complexe.

« Il n’y a pas d’engagement civique sans information fiable »
Pour Ousseynou Gueye directeur exécutif de Polaris Asso, l’enjeu dépasse la seule question de la désinformation. « La première matière de l’engagement civique, c’est l’information. Il n’y a pas d’engagement civique, il n’y a pas de citoyenneté, il n’y a pas de démocratie si les jeunes n’ont pas accès à de l’information fiable », affirme-t-il.

Polaris travaille ainsi à renforcer les capacités des citoyens, particulièrement des jeunes, en matière d’éducation aux médias et à l’information. L’organisation veut également s’appuyer sur les créateurs de contenu pour toucher plus largement la jeunesse et renforcer leurs capacités à produire des contenus fiables et à sensibiliser leurs communautés.

La prochaine étape consistera à élaborer une feuille de route et un plan d’action jeunesse à l’échelle régionale. Pour Oussemou Ndiaye, l’objectif est désormais de passer « résolument vers des campagnes de production de contenu, vers le renforcement des capacités, vers la formation, vers le plaidoyer aussi ».

Au-delà de l’atelier, Polaris ambitionne ainsi de contribuer à la mise en place d’une plateforme régionale réunissant jeunes et créateurs de contenu autour de l’intégrité de l’information. Une démarche qui entend faire de la jeunesse non plus seulement une cible des politiques d’information, mais également un acteur de leur mise en œuvre.

Arame NDIAYE

SOURCE LESOLEIL

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