Yémen: comment un vol Téhéran-Sanaa a ravivé une guerre que l’on croyait gelée

Un avion civil iranien, une liaison aérienne rétablie entre Téhéran et Sanaa, puis un aéroport bombardé : en quelques semaines, une série d’événements a contribué à raviver le conflit au Yémen.

Le 3 juillet, un appareil civil de la compagnie iranienne Mahan Air atterrit à Sanaa, la capitale yéménite contrôlée par les rebelles Houthis. L’avion repart avec à son bord une délégation houthie. Direction Téhéran, où doivent se tenir les funérailles du guide suprême iranien, Ali Khamenei (tué dans une frappe israélo-américaine).

 C’est le rétablissement d’une liaison directe entre Téhéran et Sanaa qui n’existait plus depuis près de dix ans, en raison de la guerre au Yémen. Mais cette liaison aérienne est loin d’être anodine. Une liaison directe entre Téhéran et Sanaa est hautement stratégique. Et donc particulièrement sensible pour l’Arabie saoudite. Le royaume sunnite y voit notamment le risque d’un rétablissement d’une voie d’acheminement d’armes au profit de ses ennemis, les Houthis, chiites, comme leur parrain iranien.

Dix jours plus tard, le vol retour est dérouté

Le deuxième acte se joue le 13 juillet, alors que la délégation houthie tente de regagner Sanaa. L’avion décolle de Téhéran à 10h20, heure locale. Son plan de vol est public et peut être suivi en ligne sur FlightRadar24.

L’appareil entre dans l’espace aérien yéménite. Mais contrairement à son plan de vol initial, il ne se pose pas à Sanaa. L’avion est dérouté vers Hodeïda, une autre ville du Yémen contrôlée par les Houthis. Car l’aéroport de Sanaa vient d’être bombardé par les forces gouvernementales yéménites, soutenues par l’Arabie saoudite.

Ce qui ressemblait au départ à une banale histoire d’aéroport devient alors le symbole d’une nouvelle confrontation. Les Houthis accusent l’Arabie saoudite d’avoir attaqué l’aéroport et ripostent en lançant des missiles vers le territoire saoudien.

Des missiles ciblent des sites sensibles : la tension monte d’un cran

Les Houthis menacent les infrastructures pétrolières saoudiennes et multiplient les attaques en mer contre des pétroliers saoudiens. La trêve entre les Houthis et l’Arabie saoudite, déjà très fragile, vole en éclats. Et depuis quelques jours, le conflit entre dans une nouvelle phase. Les combats terrestres reprennent à grande échelle dans l’ouest et le sud-ouest du Yémen. À Taëz, à Hodeïda et sur plusieurs fronts du pays, les forces gouvernementales et les Houthis s’affrontent à nouveau. Le bilan dépasse désormais les 300 morts en quelques jours. Une escalade qui rappelle les heures les plus violentes de la guerre au Yémen.

Une guerre qui dure depuis 2014

Pour comprendre cette nouvelle flambée de violence, il faut revenir plus de dix ans en arrière. En septembre 2014, les Houthis prennent le contrôle de Sanaa. Quelques mois plus tard, en mars 2015, l’Arabie saoudite intervient militairement à la tête d’une coalition arabe pour soutenir le gouvernement yéménite. Le conflit devient rapidement une guerre par procuration entre Riyad et Téhéran.

Parmi les moyens de pression utilisés à l’époque par la coalition arabe figurent des restrictions sur les accès au Yémen par voie aérienne, maritime et terrestre. Et le principal symbole de ce dispositif est justement l’aéroport de Sanaa. Il reste fermé pendant des années aux vols commerciaux réguliers. Puis, en 2022, une trêve est négociée sous l’égide des Nations unies. Elle dure six mois et permet une reprise très limitée des vols. Depuis, même si la paix reste inachevée, les lignes de front étaient largement gelées. Jusqu’à cet été. Jusqu’à cet avion.

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