Allemagne: le parti AfD aux portes du pouvoir en Saxe-Anhalt

Alors que les électeurs de ce Land de l’est du pays sont appelés aux urnes pour des élections régionales le 6 septembre, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) pourrait y remporter une majorité et accéder ainsi au pouvoir. Il s’agirait d’une première dans le pays pour un parti d’extrême droite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Par :Pascal Thibaut – correspondant RFI à Berlin,

« Nous sommes l’avenir. Nous sommes aux côtés de l’Allemagne et nous ne bougerons pas d’un millimètre. Le 6 septembre, nous allons écrire une page d’histoire et reprendre en main notre pays. » Comme à son habitude, Ulrich Siegmund, tête de liste du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) en Saxe-Anhalt, rayonne en ce dimanche matin de campagne électorale.

Âgé de 35 ans, cet ancien vendeur de parfums au physique de gendre idéal, sourire aux lèvres en permanence, est devenu un bateleur d’estrade hors pair qui sait comment faire vibrer les foules. S’il dresse un tableau noir d’une région qui serait au bord de la ruine et dénonce une immigration illégale dangereuse car elle provoquerait de l’insécurité, celui-ci évite les accents radicaux de certains de ses camarades de parti. Plus que le programme de l’AfD, c’est d’abord un message d’espoir qu’il entend proposer à ses supporters en réponse à une insatisfaction très ancrée chez eux, qui s’illustre dans un rejet massif de la classe politique, du système politique en général et des médias traditionnels honnis.  

Face à ces frustrations, l’AfD veut en effet positiver, par exemple en cultivant une certaine nostalgie pour l’ex-RDA. L’idée n’est certes pas de prôner un retour au régime communiste de l’époque – ce qui serait curieux pour un parti d’extrême droite -, mais plutôt de surfer sur le sentiment que tout était mieux avant. Alors que les plus jeunes se définissent souvent, en priorité, originaires de l’Est, le sentiment que la réunification – malgré ses bienfaits économiques – a fait des Allemands de l’ex-RDA des citoyens de seconde zone est aussi très répandu. L’AfD veut donc incarner la revanche de l’Est. Ce dimanche d’ailleurs, Ulrich Siegmund a une fois encore emmené à travers la région une vaste caravane de plusieurs milliers de personnes chevauchant une mobylette est-allemande, une Simson, symbole de liberté du temps de la RDA. Rappelant de bons souvenirs aux plus âgés, elle est aussi, pour les plus jeunes, un moyen d’afficher leur identité « de l’Est ». Des autocollants venaient le rappeler.

Une victoire le 6 septembre permettrait à l’AfD d’écrire une page de l’histoire

Alors qu’un récent sondage créditait l’AfD de 42% des intentions de vote aux régionales, un tel score signifierait, s’il se confirmait dans les urnes, que le parti serait très proche d’une majorité de sièges du fait du mode de scrutin, ce qui lui permettrait de gouverner seul. L’objectif est donc, pour ses dirigeants, de pousser encore un peu leur avantage durant les deux semaines à venir. Une perspective que la ferveur des supporteurs, l’espoir que beaucoup mettent dans l’AfD ainsi que la large acceptation du mouvement dans la société rendent plausible, d’autant plus que la CDU, qui gouverne la région avec les sociaux-démocrates et les libéraux, est largement distancée dans les sondages : elle y compte près de vingt points de retard.

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Ses partenaires actuels faisant de la figuration, la seule option réaliste qui se présente encore à elle est la construction d’une coalition qui intégrerait le parti de gauche Die Linke, mais les chrétiens-démocrates rejettent toute alliance avec cette formation, comme avec l’AfD. Pour eux, le scrutin qui s’avance ressemble donc à la quadrature du cercle…

Parmi les partis d’extrême droite qui comptent en Europe, l’AfD est l’un des plus radicaux. Quant à sa fédération de Saxe-Anhalt, elle a produit un programme encore plus radical que celui du mouvement à l’échelle nationale. Reste que certaines de ses propositions ne sont pas finançables, ou sont difficilement applicables, faute de relever des compétences de la région, comme sur la question de l’immigration par exemple.

Si, pour ne pas décevoir ses électeurs, l’AfD soutient désormais que cela doit être pris en compte sur le long terme, l’essentiel est ailleurs : emporter les élections régionales en Saxe-Anhalt le 6 septembre lui permettrait d’écrire une page d’histoire susceptible d’en appeler d’autres. Dans d’autres Länder d’abord puis, à moyen terme, à l’échelle nationale. 

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