Gamou de Tivaouane : l’unicité de Dieu ou “tawhid”, thème vu comme facteur de cohésion dans un monde divisé

Tivaouane, (APS) – Le thème du l’unicité de Dieu, placé au cœur de l’édition 2026 du Gamou de Tivaouane, renvoie à un appel à l’unité, à la fraternité, à la cohésion sociale et au respect des différences, dans un contexte international marqué par les conflits, les tensions et les divisions, a indiqué Serigne Abdoul Hamid Sy,  coordonnateur général de la cellule de communication de la Zawiya Tijaniyya.

Dans un entretien accordé à l’APS, Serigne Abdoul Hamid Sy a expliqué que le thème de l’unicité de Dieu ou “tawhid”, retenu cette année par le khalife général des Tidianes, Serigne Babacar Sy Mansour, s’inscrit à la fois dans la continuité de l’enseignement d’El Hadji Malick Sy et dans une volonté de répondre aux préoccupations de l’époque contemporaine.

Le but visé est de rassembler les fidèles, et au-delà l’ensemble de la société, autour de la parole de l’unicité, une invite à “penser et agir ensemble par le verbe de l’unicité”.

Pour le coordonnateur général de la Cellule Zawiya Tijaniyya, le choix du Tawhid “n’est pas fortuit”, le khalife général des Tidianes étant “un guide conscient des réalités de son époque et des interpellations de la société humaine”.

“Il ne s’agit pas seulement de parler de l’unicité de Dieu, comme une notion théologique, mais de tirer de cette conviction des conséquences dans notre manière de vivre ensemble”, a-t-il expliqué.

Selon Serigne Abdoul Hamid Sy, la reconnaissance d’un Dieu unique doit notamment conduire les croyants à prendre conscience de la communauté de destin qui les unit, au-delà des appartenances, des sensibilités et des divergences.

Il a relevé que plusieurs conflits qui secouent le monde sont nourris par des oppositions religieuses, politiques, idéologiques ou communautaires, alors que les grandes traditions abrahamiques reposent, selon lui, sur la reconnaissance d’un Dieu unique.

“Dieu nous a créés en peuples et nations, pour que nous nous entre-connaissions”, a-t-il rappelé, citant le Coran, le livre saint des musulmans.

Il invite à considérer la diversité humaine, non pas comme une source permanente de confrontation, mais comme une occasion de connaissance mutuelle et de dialogue.

Le religieux a ainsi appelé au respect du prochain, quelles que soient ses convictions religieuses, politiques ou philosophiques, estimant que la coexistence pacifique suppose l’acceptation de la différence.

“Le Sénégal ne peut se construire que dans la paix”

Évoquant la situation nationale, le coordonnateur général de la Cellule de communication de la Zawiya Tijaniyya fait observer que la diversité des opinions politiques et des appartenances sociales ne devrait en aucun cas remettre en cause les liens de fraternité qui unissent les Sénégalais.

“Le pays ne peut se construire que dans la paix et la cohésion”, a-t-il insisté, relevant que les divergences politiques doivent rester compatibles avec le respect de la personne humaine et la préservation de l’intérêt général.

Abdoul Hamid Sy a appelé les religieux, les acteurs politiques, les organisations de la société civile et l’ensemble des citoyens à prendre leurs responsabilités, pour la sauvegarde du vivre-ensemble.

Dans cette perspective “le Tawhid peut être compris comme une invitation à dépasser les clivages et à rechercher ce qui rassemble”, a-t-il souligné.

Le Gamou de Tivaouane, un héritage plus que centenaire

Revisitant l’histoire du Gamou de Tivaouane, Serigne Abdoul Hamid Sy a rappelé que la célébration du Mawlid est un héritage d’El Hadji Malick Sy, qui en avait fait un “important moment de ressourcement spirituel, de transmission du savoir et d’enseignement” de la vie et du message du prophète Mohamed (PSL).

Cette tradition, a-t-il dit, a été perpétuée par les khalifes qui se sont succédé à la tête de la communauté tidiane de Tivaouane, depuis Serigne Babacar Sy Mansour.

Pour lui, les successeurs d’El Hadji Malick Sy ont préservé son legs et respecté sa volonté, en faisant en sorte que le Gamou conserve sa vocation première de vulgariser davantage le modèle prophétique et d’inviter les fidèles à s’en inspirer.

La célébration commence dès l’apparition dès la première nuit du mois de Rabi al-Awwal, avec un ensemble d’activités religieuses et pédagogiques couronnées par le Gamou proprement dit qui se tient la douzième nuit.

Les dix premières nuits du mois sont consacrées à la récitation du poème “Al-Bourda”, une œuvre de Mouhamadou Boussayri chantant les louanges du Prophète (PSL) et retraçant sa vie et ses qualités.

Chaque nuit est dédiée à un chapitre, jusqu’à la douzième nuit, correspondant à celle du Gamou, qui vient parachever cette séquence de célébration, après une pause observée à la onzième nuit, a-t-il détaillé.

Le Coran et le savoir au cœur des premières célébrations

Serigne Abdoul Hamid Sy a insisté sur la dimension pédagogique des premières célébrations du Gamou organisées par Seydi El Hadji Malick Sy. Des rencontres fortement marquées par la récitation du Coran, la transmission du savoir religieux et les échanges entre érudits.

L’initiateur du Gamou de Tivaouane était assisté d’El Hadji Rawane Ngom dans la récitation du Coran jusqu’à l’aube.  

Dès ses débuts, cette pratique en faisait un cadre où spiritualité et quête du savoir étaient étroitement associées. Le Gamou de Tivaouane porte cette marque aujourd’hui encore, note-t-il.

Tivaouane, une “université populaire”

Le Gamou  de Tivaouane, conformément à la ligne de son initiateur, accorde une place importante au savoir. Il “a toujours été un espace-temps d’échange, d’animation et de recherche scientifique”, a-t-il fait observer.

“Tivaouane a toujours été une université populaire, un lieu d’interpellation et de transmission”, a soutenu Serigne Abdoul Hamid Sy, ajoutant qu’El Hadji Malick Sy a donné à la capitale de la Tidjanya son aura spirituelle, en consacrant l’essentiel de son existence à l’enseignement, à la formation et à la transmission du savoir aux générations successives.

D’où la place importante qu’occupe les conférences, les causeries religieuses, les séances d’enseignement et les échanges entre érudits dans le programme du Gamou.

La principale préoccupation d’El Hadj Malick Sy était d’enseigner et d’adorer son Seigneur en paix, selon Abdoul Hamid Sy citant un rapport archivé attribué à l’administrateur colonial Descemet (1879-1961).

Le guide religieux avait contribué à la formation de nombreuses élites religieuses et intellectuelles, lors de son séjour à Ndiarndé, un petit village niché en plein cœur de l’ancien royaume du Cayor, dans l’actuelle région de Thiès, où El Hadji Malick Sy peaufina sa stratégie de propagation de l’islam et de la tarikha tidiane au Sénégal et dans la sous-région, de 1890 en 1897.

À ses yeux, cet héritage intellectuel demeure une composante essentielle de l’identité de Tivaouane et de son Gamou, qui aborde des questions sociales, éthiques et humaines.

Une célébration tournée vers la transmission

Pour le coordonnateur de la cellule de communication de la Zawiya Tijaniyya, “la dimension festive du Gamou ne doit pas faire oublier sa vocation fondamentale de formation et de transmission”.

Le Mawlid reste, selon lui, un moment privilégié pour les fidèles de faire leur introspection, à la lumière des enseignements du Prophète (PSL).

Il estime que cette démarche rejoint directement l’esprit du thème consacré au Tawhid, puisque l’unicité de Dieu doit se traduire au quotidien par des comportements fondés sur la fraternité, la justice, la tolérance et la responsabilité.

“Rassembler la parole autour de la parole de l’unicité”, c’est également, selon lui, faire du dialogue un moyen de préserver les sociétés des divisions et des antagonismes.

Serigne Abdul Hamid Sy a enfin salué le travail de collecte, de traitement et de diffusion de l’information réalisé par la presse sénégalaise autour des grands événements religieux du pays.

Cette couverture médiatique contribue à documenter et à faire connaître davantage l’héritage spirituel, intellectuel et culturel des grandes cités religieuses sénégalaises.

Elle permet également de rendre accessibles les enseignements délivrés par les guides religieux à un public plus large, au Sénégal comme à l’étranger.

Il a encouragé la poursuite de ce travail de documentation et de transmission, qu’il considère comme un complément important à la mission éducative et spirituelle du Gamou de Tivaouane.

MKB/ADI/BK

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