Incendies en Europe: un continent entier face aux brasiers

Le continent européen est en proie aux flammes cet été. Des incendies ravagent plusieurs pays, de la France à l’Espagne, en passant par l’Italie, la Grèce ou encore l’Écosse. Depuis le début de l’année 2026, au moins 254 000 hectares ont brûlé, selon des chiffres du 22 juillet du système européen Effis, soit une surface presque équivalente à celle du Luxembourg. 

Par :Séverine Peyron Dit Thouard – SOURCE RFI

L’été 2026 a installé des conditions favorables au déclenchement et à la propagation des incendies et ce dès le début de la saison : l’Europe occidentale a connu le mois de juin le plus chaud depuis le début des relevés du programme Copernicus. Températures élevées, faible humidité, sols desséchés et vents soutenus : « quatre facteurs qui favorisent les incendies, et qui sont influencés par le réchauffement climatique d’origine humaine », explique Fabio d’Andrea, directeur du département des géosciences de l’École normale supérieure (ENS-PSL).

Pour Fabio d’Andrea, les conditions favorables aux incendies « deviendront plus présentes », notamment dans les régions boréales comme la Sibérie ou le Canada. Mais le climatologue souligne surtout « une augmentation des feux en Méditerranée » et, plus préoccupant encore, « une extension vers le nord du continent européen de ces feux, qui étaient jusqu’ici plus fréquents en Méditerranée ». 

Dès les premières semaines de l’été, d’importants incendies ont ainsi touché plusieurs régions de France, d’Espagne, du Portugal et d’Italie. À un mois et demi de la fin de l’été météorologique, l’année 2026 se classe déjà au deuxième rang pour les surfaces brûlées dans l’Union européenne depuis 20 ans de données, selon les satellites du système européen. Mais c’est la pire année en France, et parmi les plus graves en Espagne et en Italie.

Selon les données du système FIRMS de la Nasa, pratiquement tous les pays du continent font face à des incendies d’ampleur et d’intensité variées. Cela inclut notamment des pays d’Europe du Nord et d’autres régions, habituellement épargnés.

En France, une année de tous les records

En France, 2026 est d’ores et déjà devenue la plus destructrice jamais enregistrée par les satellites du système européen : quelque 69 473 hectares ont brûlé depuis le début de l’année, contre un peu plus de 66 300 en 2022. Depuis le 22 juillet, des incendies ravagent le sud-ouest du pays, notamment la Gironde, où au moins 42 000 hectares – soit près de quatre fois la superficie de la ville de Marseille – sont partis en fumée et 220 000 personnes ont dû être évacuées. 

Contrairement à 2022, des incendies de forêt massifs ont été enregistrés dès février, période habituellement consacrée aux brûlages encadrés et autres. Juillet 2026 est ainsi devenu le pire mois de juillet depuis le début des mesures en 2006, confirmant une tendance à l’allongement de la saison des feux.

Cette situation pourrait encore se compliquer dans les prochains jours. Seize départements, dont la Gironde et les Landes, sont en vigilance orange canicule depuis mercredi 29 juillet, a annoncé Météo-France, qui prévoit « un fort pic de chaleur sur la Gironde et les Landes dans un contexte particulièrement difficile nécessitant une vigilance particulière ». Quatorze autres départements du Centre-Est, du Puy-de-Dôme à la Savoie, sont également placés en vigilance orange, tandis que 63 restent en vigilance jaune et seulement 17 en vigilance verte.

Espagne: « la lumière au bout du tunnel » malgré les feux géants autour de Madrid

En Espagne, plus de 200 000 hectares ont déjà brûlé depuis le début de l’année, selon le système européen d’information sur les feux de forêt (Effis). Dans la région de Madrid, l’incendie de la « Sierra de l’Ouest », qui s’est propagé jusqu’au gigantesque brasier d’Ávila, en Castille-et-León, continue de ravager de vastes étendues. « La nuit, c’est un chaton endormi, mais pendant la journée, il peut se transformer en un lion redoutable », a décrit Fernando Casado, maire de Robledo de Chavela, auprès de journalistes.

Considéré par le gouvernement espagnol comme le plus important feu de forêt de l’histoire récente du pays, l’incendie a déjà détruit environ 77 000 hectares, selon le ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska, soit l’équivalent de sept fois la superficie de Paris. Quelque 63 000 personnes ont été évacuées.

Sur le terrain, les arbres bordant la route entre les villages d’Aldea del Fresno et de Chapinería n’ont pas résisté à la virulence des flammes : les troncs calcinés et la végétation brûlée, recouverte de cendres, témoignaient mardi matin de la violence de l’incendie, a constaté un journaliste de l’AFP. Seules quelques feuilles encore vertes ont échappé au feu au milieu de paysages autrefois luxuriants et désormais calcinés.

L’Espagne commence toutefois à entrevoir « la lumière au bout du tunnel » dans la lutte contre ces incendies, a déclaré mardi le Premier ministre Pedro Sánchez. Il a salué le travail des pompiers et des militaires, mené « dans des heures très difficiles, très critiques », qui a permis d’« inverser réellement la tendance ». Des nombreux ordres d’évacuation ont été levés, permettant à « 24 000 personnes évacuées [de] rejoindre leur domicile et 20 000 autres sont sorties de confinement dans la région de Madrid », a indiqué dans la nuit de mardi à mercredi sur les réseaux sociaux le préfet de la région de Madrid, Francisco Martín Aguirre.

Italie : plus de 40°C et des dizaines de feux en Sicile

En Sicile, des dizaines d’incendies de forêt et de végétation font rage, attisés par un vent chaud, alors que les températures ont dépassé les 40 °C ces derniers jours. Un pompier a péri mercredi 22 juillet en combattant les flammes, a annoncé le ministre de l’Intérieur Matteo Piantedosi. Une centaine d’habitants, ainsi que 22 patients d’une clinique du centre de l’île, ont été évacués. « Six mille hommes sont déployés et 20 moyens aériens sont en opération », a indiqué le président de la région, Renato Schifani, précisant qu’une cinquantaine d’incendies restaient actifs parmi les 344 signalés dans la journée.

De l’autre côté du détroit de Messine, en Calabre, plus de 160 incendies ont été recensés au cours de la semaine. Dans un reportage de la télévision publique italienne Rai, un responsable local de la protection civile a évoqué l’action de personnes malveillantes qui auraient attaché des chiffons imbibés de liquide inflammable à la queue de chats errants afin de propager les feux.

Dans les Pouilles, quelque 700 personnes devaient également être évacuées par bateau par les garde-côtes en raison d’un incendie menaçant le village de Peschici. « La mer est la seule voie d’évacuation praticable », ont indiqué les secours.

Portugal, Grèce et Royaume-Uni : les incendies s’étendent en Europe

Au Portugal, plusieurs incendies d’ampleur se sont déclarés lundi 27 juillet dans les régions de Santarém, Guarda, Braga et Bragança. Plus d’un millier de pompiers et autres professionnels étaient mobilisés lundi après-midi, appuyés par une vingtaine d’avions et d’hélicoptères, selon les services de la protection civile. Début juillet, le pays avait déjà fait face à d’important incendies.

Plus au nord, le Royaume-Uni fait lui aussi face à des feux d’ampleur inhabituelle. Les pompiers ont lutté pendant trois jours contre un incendie de végétation au cœur du parc national des Cairngorms, dans le nord de l’Écosse, déclaré « incident majeur » par les autorités.

Le Premier ministre écossais John Swinney a présidé une réunion de crise, qualifiant la situation de « complexe et difficile ». Environ 650 habitants de Nethy Bridge ont été autorisés à regagner leur domicile, deux jours après avoir été évacués. Plus de 500 pompiers, appuyés par des hélicoptères bombardiers d’eau, ont été mobilisés depuis le déclenchement du feu, le 15 juillet, et au moins 600 hectares sont partis en fumée.

En Grèce, les pompiers luttaient toujours mercredi 29 juillet contre un incendie de forêt déclenché la veille sur l’île touristique de Paros, dans les Cyclades. Attisé par de forts vents, le feu s’est propagé depuis l’ouest de l’île, entraînant l’évacuation préventive d’une dizaine de localités. Plus d’une centaine de pompiers, appuyés par deux avions et cinq hélicoptères, étaient mobilisés.

Si la situation « s’est améliorée », selon les autorités, « il reste toujours des foyers épars » et « on doit être vigilant », a déclaré le responsable local Vazéos Petropoulos à la télévision publique ERT. Parallèlement, des dizaines d’autres incendies se sont déclarés ces derniers jours à travers le pays, mais ont pu être circonscrits avant de provoquer des victimes ou d’importants dégâts.

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