Au Cameroun, l’absence prolongée du président Paul Biya hors du pays exaspère l’opposition

Que fait Paul Biya ? À 93 ans, le président du Cameroun a quitté Yaoundé le 7 juin dernier, en compagnie de son épouse Chantal Biya, pour ce que la présidence avait présenté comme un « court séjour privé en Europe ». Depuis, silence complet : aucune image, aucune déclaration, aucune date de retour.

Jules Lalanne Larrieu – SOURCE TV5.ORG

Depuis le 7 juin dernier, Paul Biya a disparu. Selon des informations rapportées début juillet par Jeune Afrique, Paul Biya séjournerait en Suisse, à Genève, où il recevrait des soins dans une clinique privée. Une partie de sa famille, son frère et deux de ses enfants, l’aurait rejoint sur place, installée à l’hôtel InterContinental. Ni le lieu exact du séjour ni sa durée prévue n’ont toutefois été confirmés par les autorités camerounaises.

L’opposition elle n’a pas attendu avant de faire part de son mécontentement. Vendredi 24 juillet, le député Joshua Osih, du Social Democratic Front (SDF), a dénoncé ce qu’il appelle un « pilotage automatique de l’État ». Avant lui, un autre élu d’opposition, Jean-Michel Nintcheu, avait déjà soulevé la question en appelant le Conseil constitutionnel à se prononcer et, le cas échéant, à déclarer la vacance du pouvoir.

Du côté du gouvernement, en revanche, on temporise. Une source proche du chef de l’État, contactée par TV5MONDE, assure qu’il « peut revenir à tout moment« . Et de préciser : « Il se porte très bien, n’a jamais été hospitalisé… Il a même dîné avec des proches à Évian en France, il y a quelques jours.« 

Paul Biya, un habitué des disparitions ? 

Cette disparition de la scène publique nationale n’est pas un cas isolé dans le mandat de Paul Biya, réélu à l’issue d’un scrutin présidentiel contesté en octobre 2025 pour un nouveau septennat après quarante-quatre ans au pouvoir. En 2024 déjà, il avait passé quarante-neuf jours hors du pays. Le record est battu. 

Cette absence met en exergue l’un des aspects de la révision constitutionnelle adoptée le 14 avril 2026: la réintroduction de la fonction de vice-président de la République, disparue depuis l’arrivée au pouvoir de Paul Biya en novembre 1982. Mais près de trois mois après son adoption, ce poste censé sécuriser la continuité de l’État n’a toujours donné lieu à aucune nomination.

De ce fait, en l’absence de vice-président désigné, c’est l’ancienne Constitution qui s’appliquerait : l’intérim reviendrait au président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, pour une durée indéterminée mais nécessaire à l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle, selon le Journal camerounais La Nouvelle Tribune. Aucun texte ne fixe cependant de durée légale au-delà de laquelle une absence prolongée du chef de l’État hors du territoire devrait déclencher ce mécanisme. 

Sur le plan de la gestion courante, l’activité de l’État camerounais semble tourner au ralenti. Depuis le départ du président, seuls des décrets liés aux Forces de défense ont été signés ; aucun texte engageant les dossiers économiques ou sociaux n’a été validé, note le média Camer.be. De quoi nourrir, dans un pays où la santé du chef de l’État fait régulièrement l’objet de rumeurs, des interrogations sur sa capacité réelle à exercer ses fonctions à distance.

La durée inédite de cette nouvelle absence, conjuguée à l’inapplication du nouveau dispositif constitutionnel, place le Cameroun face à une question que ni la présidence ni le texte fondamental révisé en avril ne permettent aujourd’hui de trancher clairement.

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