Sécurité alimentaire : l’Afrique inverse enfin la courbe de la faim (analyses FAO)

Pour la première fois depuis dix ans, l’Afrique enregistre un recul de l’insécurité alimentaire. Si cette amélioration constitue un signal encourageant, elle reste fragile. Pour la FAO, le véritable défi est désormais de rendre une alimentation saine accessible à tous.

Après une décennie de détérioration, l’Afrique envoie un signal d’espoir. En 2025, le continent a enregistré son premier recul de l’insécurité alimentaire depuis dix ans, selon les dernières analyses de la FAO. La proportion de personnes souffrant de la faim est passée de 20,3 % en 2024 à 20 % en 2025. L’insécurité alimentaire modérée ou grave a également diminué, touchant 8,6 millions de personnes de moins que l’année précédente. Les cas les plus graves reculent eux aussi, tandis que le retard de croissance chez les enfants poursuit sa baisse.

Pour Máximo Torero, économiste en chef de la FAO, cette évolution marque un tournant. Elle montre que les investissements réalisés depuis plusieurs années dans la recherche agricole, les infrastructures rurales, les services vétérinaires ou encore les systèmes de collecte de données commencent à produire des résultats. Plusieurs pays illustrent cette dynamique. En vingt ans, le Sénégal a réduit de près des deux tiers la proportion de sa population souffrant de la faim. Des progrès similaires ont été enregistrés au Togo, au Ghana, en Côte d’Ivoire, au Rwanda et au Mozambique.

Mais le tableau reste contrasté. Avec 309 millions de personnes sous-alimentées, l’Afrique demeure la région du monde la plus touchée par la faim. Les projections indiquent même qu’à l’horizon 2030, plus de la moitié des personnes souffrant de la faim dans le monde vivront sur le continent.

Le principal défi n’est plus seulement de combattre la faim, mais de rendre une alimentation saine financièrement accessible. Aujourd’hui, près de deux Africains sur trois ne peuvent pas se permettre de consommer régulièrement des aliments riches en protéines, en vitamines et en minéraux. Le coût élevé du lait, des œufs, du poisson, de la viande, des fruits ou des légumes s’explique par des contraintes structurelles : faiblesse des chaînes du froid, maladies animales, infrastructures insuffisantes, coût de l’énergie ou encore difficultés d’accès aux marchés.

La FAO appelle ainsi les gouvernements à réorienter leurs investissements vers ces secteurs stratégiques plutôt que de multiplier les subventions générales à la production. L’amélioration des infrastructures, de la santé animale ou de la recherche agricole permettrait de réduire durablement le prix des aliments nutritifs.

Reste une inconnue majeure : la baisse des financements internationaux. Dans les pays en conflit, l’aide extérieure demeure indispensable pour éviter des crises alimentaires aiguës. Pour la FAO, le recul observé en 2025 est une avancée importante, mais une seule année ne suffit pas à inverser durablement une décennie de dégradation. Le défi est désormais de transformer cette embellie en progrès durable.

Ousmane GOUDIABY
SUDQUOTIDIEN

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