Politique monétaire de l’Uemoa : le virage accommodant de la BCEAO
Portée par une inflation quasiment nulle et une croissance économique de 6,7 %, la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a assoupli sa politique monétaire en 2025. La baisse des taux directeurs s’est traduite par une détente des conditions de financement, dans un contexte marqué par l’amélioration des équilibres macroéconomiques de l’Union.
La BCEAO a adopté une orientation monétaire plus accommodante en 2025, profitant d’un environnement économique favorable malgré les incertitudes liées au commerce mondial, aux tensions géopolitiques et aux défis climatiques. Selon le directeur général de l’Économie et de la Monnaie, Bléhoué Toussaint Damoh, l’Union Economique Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) a bénéficié d’une forte résilience, soutenue par la progression de la production pétrolière, la hausse des cours de l’or et du cacao, ainsi que le recul des prix des produits alimentaires et énergétiques importés.
Ces évolutions ont permis à l’Union d’enregistrer, pour la première fois depuis près de quinze ans, un excédent commercial significatif. Dans le même temps, le déficit budgétaire moyen des États membres est revenu à 3,7 % du PIB, contre 5,4 % en 2024, grâce à une meilleure mobilisation des recettes fiscales et à une maîtrise des dépenses publiques.
Dans ce contexte, le Comité de politique monétaire a abaissé, en juin 2025, ses principaux taux directeurs de 25 points de base. Le taux minimum de soumission est ainsi passé de 3,50 % à 3,25 %, tandis que le taux du guichet de prêt marginal a reculé de 5,50 % à 5,25 %. Le coefficient des réserves obligatoires est resté inchangé.
Cette décision a favorisé une détente des conditions de financement. Les coûts de refinancement des banques, les taux du marché interbancaire ainsi que les rendements des titres publics ont tous reculé, améliorant l’accès au crédit pour les États et le secteur privé.
Le financement de l’économie est demeuré dynamique. Les crédits à l’économie ont progressé de 5,6 %, tandis que les concours bancaires aux États ont bondi de 15,5 %. La masse monétaire a, pour sa part, augmenté de 7,4 %, soutenue par la progression des crédits et l’amélioration des avoirs extérieurs nets.
Sur le plan macroéconomique, l’inflation moyenne annuelle est ressortie proche de zéro, contre 3,5 % en 2024, sous l’effet du recul des prix alimentaires et énergétiques, d’une bonne campagne agricole et des effets des précédentes mesures de resserrement monétaire. Dans le même temps, la croissance économique de l’UEMOA s’est accélérée à 6,7 %, contre 6,2 % un an plus tôt, portée par la consommation, l’investissement et le dynamisme du secteur extractif. Pour la BCEAO, ces performances confirment la solidité des fondamentaux de l’Union et offrent des marges de manœuvre pour soutenir durablement l’activité économique tout en préservant la stabilité des prix et du système financier.
JP MALOU
SUDQUOTIDIEN

