Blocus maritime des Houthis contre l’Arabie saoudite: quelles conséquences sur le pétrole et les exportations mondiales?
Les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, ont annoncé un embargo maritime sur l’Arabie saoudite, plus grand exportateur mondial de pétrole brut du Golfe, lundi 20 juillet. Après le détroit d’Ormuz, c’est celui de Bab el-Mandeb qui est menacé et par lequel transite 12% du commerce mondial.
Par Maeliss ORBOIN – avec agences
Les rebelles houthis du Yémen, soutenus par Téhéran, ont annoncé lundi 20 juillet un blocus maritime de l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole brut. Une prise de position qui intervient alors que la guerre entre les États-Unis et l’Iran est en pleine escalade et s’intensifie notamment après la mort de plusieurs soldats américains au Moyen-Orient.
Cette annonce des Houthis fait suite à des échanges de tirs entre les deux camps au Yémen la semaine dernière, mettant en péril la trêve négociée en 2022, toujours active malgré son expiration. Ces hostilités se sont enclenchées après la tentative d’atterrissage à Sanaa d’un avion iranien en provenance de Téhéran, défiant l’hégémonie saoudienne sur l’espace aérien yéménite.
Les Houthis ont annoncé « un blocus maritime contre l’ennemi saoudien criminel, selon le principe « œil pour œil », avec effet immédiat », avait plus tôt déclaré leur porte-parole militaire, Yahya Saree, sans préciser comment la formation comptait mettre en œuvre cette mesure. Il fait référence au blocus imposé par l’Arabie saoudite aux « ports et aéroports » des rebelles.
Pour l’Arabie saoudite, cette annonce menace sa capacité à contourner le détroit d’Ormuz. Le ministère des Affaires étrangères de la monarchie du Golfe a exprimé « la plus ferme condamnation du Royaume d’Arabie saoudite à l’égard des déclarations faites par le soi-disant porte-parole militaire de la milice terroriste houthie (…) imposant un blocus maritime au Royaume ». Et de préciser que Riyad « continue de soutenir le peuple yéménite frère et son gouvernement légitime ».
- 12% du commerce mondial passe par le détroit de Bab el-Mandeb
Le chef adjoint du bureau des médias des Houthis, Nasruddin Amer, a déclaré sur X que le détroit de Bab el-Mandeb serait fermé aux Saoudiens en réponse à ce qu’il a qualifié de « blocus injuste imposé par le royaume aux Yéménites depuis plus de 10 ans ». « Même si aucun navire n’est attaqué, l’annonce risque à elle seule de perturber le trafic maritime et de semer le doute dans les ports saoudiens. La question cruciale reste de savoir si les Houthis passeront des menaces à l’action », estime Mohammed al-Basha, du cabinet de conseil en gestion des risques Basha Report. Lire la vidéo
Le détroit de Bab el-Mandeb, à l’extrémité sud de la péninsule arabique, est la porte d’entrée de la mer Rouge, par laquelle transite habituellement environ 12% du commerce mondial. Un quart du commerce mondial de conteneurs emprunte ce détroit de 32 kilomètres de large, en provenance et à destination du canal de Suez. Dans ces conteners, on retrouve des hydrocarbures, des produits manufacturés asiatiques (électronique, équipements industriels, textile, jouets…), mais aussi des machines, des véhicules, des céréales, des produits chimiques et des matières premières industrielles… La liste est longue.
- Baisse de 7% des approvisionnements mondiaux
Cette voie maritime qui relie la mer Rouge au golfe d’Aden et à la mer d’Arabie est donc vitale pour le commerce mondial de l’énergie qui permet d’acheminer le pétrole brut saoudien vers l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient. Selon le média indépendant Al-Monitor, le volume total de pétrole ayant transité par Bab el-Mandeb en juin s’élevait à 7,4 millions de barils par jour, contre 4,2 millions de barils par jour l’année précédente.
La fermeture du détroit entraînerait une baisse de 7% des approvisionnements mondiaux, selon les données de Kpler, la start-up française qui informe traders et gouvernements sur le trafic maritime et les stocks de pétrole. D’après le média américain NBC, cette perturbation s’ajouterait à la forte diminution des flux pétroliers mondiaux due à la guerre du Golfe, qui a déjà réduit les livraisons de 10% de l’offre mondiale.
L’Arabie saoudite subit déjà des pressions au niveau de ses exportations. Le royaume utilise son oléoduc Est-Ouest vers la mer Rouge comme alternative au détroit d’Ormuz, sous contrôle iranien. Les Saoudiens acheminent quotidiennement des millions de barils de pétrole brut par cet oléoduc et ont réorienté une grande partie de ses exportations via son terminal de Yanbu, sur la mer Rouge.
Selon la société texane Rystad Energy, ce sont près des 2,5 millions de barils de pétrole par jour qui pourraient être menacés, explique-t-elle dans un avertissement publié lundi. « Si un cessez-le-feu ne se concrétise pas et que le canal d’Ormuz reste largement fermé tandis que la menace houthie sur la navigation en mer Rouge s’intensifie, le risque d’une forte hausse des prix du pétrole serait considérable », a déclaré Jorge Leon, son vice-président.
- Forte pression sur l’économie du Royaume
S’il devenait effectif, le blocus accentuerait la pression sur l’économie saoudienne, et les marchés mondiaux, en coupant au royaume l’accès à ses ports de la mer Rouge alors que la reprise du conflit entre Téhéran et Washington limite le passage par le détroit d’Ormuz.
Les Houthis ont déjà tenté de bloquer le trafic maritime en mer Rouge, en tirant parti du détroit de Bab el-Mandeb, un goulet d’étranglement situé à son extrémité sud, que les navires doivent emprunter pour rallier le canal de Suez. Pendant la guerre à Gaza, ils avaient lancé des attaques de drones et missiles en mer Rouge et dans le golfe d’Aden, contraignant les bateaux à contourner l’Afrique pour rallier l’Europe.
Pour Andreas Krieg, expert en sécurité au King’s College de Londres, Téhéran pourrait demander aux Houthis de « préparer le front de Bab el-Mandeb », même si le groupe rebelle conserve « une autonomie considérable ». « Une crise simultanée à Ormuz et à Bab el-Mandeb produirait un choc bien plus important que l’un ou l’autre blocus pris isolément », relève-t-il. Le fait de contourner l’Afrique engendre des coûts supplémentaires et des retards pour le commerce mondial.
Selon Reuters, le prix du pétrole a progressé de moins de 1% après la déclaration des Houthis, pour se maintenir autour de 89 dollars le baril. L’espoir d’une reprise des négociations de paix entre l’Iran et les États-Unis avait auparavant pesé sur les cours. Les contrats à terme sur le pétrole ont culminé à 126 dollars cette année, un niveau inférieur au record historique de 147 dollars atteint en 2008.

