Après 15 ans d’indépendance, le Soudan du Sud est toujours plongé dans la guerre civile due aux rivalités à la tête du pays

Le Soudan du Sud existe depuis 15 ans jour pour jour ce jeudi 9 juillet. Après l’indépendance votée en 2011, les espoirs de construction politique étaient élevés. Mais les rivalités à la tête de l’État ont replongé le pays dans une guerre civile de 2013 à 2018, qui ressurgit depuis mars 2025.

Par Thomas Ladonne

Il y a 15 ans, le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud devenait officiellement indépendant du Soudan. Il est, depuis ce référendum d’autodétermination voté à 99% par les Sud-Soudanais, le plus jeune pays du monde. Toutefois, ce pays né d’une guerre avec son voisin du Nord est miné par de violents affrontements au sein même de sa population, encouragés par la classe politique.

Le Soudan du Sud aurait donc pu célébrer ses 15 ans d’indépendance ce jeudi 9 juillet 2026, mais l’état du pays ne le permet pas. La situation sécuritaire et humanitaire est très fragile. Les finances du pays sont trop précaires. L’une des explications les plus saillantes: la rivalité entre le président du pays, Salva Kiir, au pouvoir depuis 2011 faute d’élections, et son ex-vice-président, Riek Machar.

Des discriminations envers les Soudanais du Sud

Pourtant, les deux hommes ont été camarades d’armes dans les combats qui ont mené à l’indépendance du pays. Cette guerre civile a démarré dans les années 1980 et s’est étendue jusqu’en 2005, quand le Soudan du Sud a acquis un statut d’État autonome. De nombreux Sud-Soudanais ont souffert de discriminations pendant toutes ces décennies. 

C’est le cas notamment de Komi Ali, un réfugié soudanais originaire d’un village à la frontière entre les deux Soudans, mais côté nord. Il a expliqué à TV5MONDE que, du fait de sa couleur de peau « plus foncée qu’au nord » du pays, il n’a « jamais été accepté comme Soudanais« . Ce sentiment de marginalisation a donc longtemps été partagé par les Soudanais du Sud.

Lors de l’indépendance complète, votée donc par un référendum d’autodétermination le 9 juillet 2011, le soulagement et les espoirs étaient grands pour cette population. À ce moment-là, Salva Kiir devient officiellement le président du pays et nomme Riek Machar comme vice-président.

Mais très rapidement, les dissensions entre les deux hommes deviennent prégnantes et mêlées à l’ambition d’incarner le pouvoir. Alors, en 2013, Salva Kiir limoge Riek Machar. Un acte qui a été l’étincelle d’une guerre civile sanglante, qui a duré jusqu’en 2018 et a fait 400.000 morts. Le conflit s’est notamment arrêté grâce à un accord de partage de pouvoir entre les deux hommes.

Mais cet accord a éclaté en morceaux en mars 2025, lorsqu’une milice affiliée à Riek Machar, « l’armée blanche » attaque une base de l’armée régulière dans la ville de Nasir. L’homme politique est alors arrêté par les autorités gouvernementales et assigné à résidence. Le conflit refait surface: les milices d’opposition loyales à Riek Machar s’opposent aux forces gouvernementales fidèles au pouvoir, incarné par Salva Kiir.

En toile de fond de ces affrontements, les deux hommes incarnent aussi les deux ethnies majoritaires du pays. Salva Kiir est d’origine Dinka, l’ethnie majoritaire au Soudan du Sud. Riek Machar est issu de la communauté ethnique Nuer.Lire la vidéo

Ces conflits à répétition empêchent le Soudan du Sud de trouver un équilibre politique légitime et capable d’offrir de meilleures conditions de vie à sa population. Du fait de son histoire, le pays est l’un des plus pauvres et des plus instables, mais aussi l’un des plus corrompus du monde.

Un rapport onusien pointait en septembre le comportement « prédateur » des élites sud-soudanaises qui ont coûté des milliards de dollars à cet État producteur de pétrole, où deux tiers de la population sont aujourd’hui confrontés à une grande crise alimentaire. L’AFP rapportait ce mardi que le Comité international de la Croix-Rouge a annoncé dans un communiqué l’évacuation de 266 blessés entre janvier et juin, soit une augmentation de plus de 50% par rapport à la même période de 2025.

« Aucun signe d’apaisement »

« Le conflit ne montre aucun signe d’apaisement et les besoins humanitaires ne cessent de croître« , une situation « encore aggravée par la diminution des financements. La fourniture de services est donc réduite à tous les niveaux du système de santé, ce qui met les hôpitaux à rude épreuve« , explique l’ONG dans le même document.

Le pays est plongé dans une crise humanitaire extrême. Le gouvernement a lui-même reconnu le danger planant d’une insécurité alimentaire croissante. Selon différents témoignages, des habitants les plus démunis sont contraints de se nourrir de feuilles. Le pays est classé à la dernière place de l’Indice de développement humain (IDH). Le Soudan du Sud a donc 15 ans ce jeudi, mais reste touché par une crise qui le dépasse et qui, selon l’ONU, est « oubliée« .

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