Séismes au Venezuela: une semaine après, la tension monte au sujet d’une gestion de crise chaotique
Plus d’une semaine après le double séisme qui a fait de graves dégâts, et plus de 2 500 morts, selon les autorités vénézuéliennes, et des dizaines de milliers de disparus, la colère gronde chez les habitants, qui considèrent le gouvernement responsable du retard des secours, et de la gestion chaotique de la crise. La tension monte dans le pays.
Par Alice Campaignolle – envoyée spéciale RFI à La Guaira,
L’ambiance est extrêmement tendue dans la région côtière de la Guaira, là où il y a eu le plus de dégâts. Les altercations entre survivants et forces de l’ordre se multiplient, les habitants trouvent que les fonctionnaires de police ou les militaires ne font pas assez, qu’ils devraient être comme eux, sur les décombres à chercher des survivants, ou bien maintenant à extraire les corps.
En plus d’une semaine, il n’y a pas une seule personne qui n’ait pas dit à l’envoyée spéciale de RFI que « le gouvernement ne fait rien ». Des milliers de personnes ont dû déblayer elles-mêmes les ruines de leur maison pour retrouver leurs proches enterrés, et tous se sont sentis abandonnés.
« Le gouvernement ne nous a pas aidés. Ma cousine est décédée, elle vivait dans la résidence Caraïbe où personne du gouvernement n’est venu, où les machines pour déblayer ne sont pas arrivées à temps », témoigne Karina Castro, une habitante de la zone. C’est le chaos, on comprend la moitié de la région a disparu, ok. Mais je crois qu’ils se sont mal organisés quant au déploiement des personnels de secours. » Comme Karina, ils sont des centaines, voire des milliers, à ressentir cette frustration contre leur gouvernement.
La légitimité du gouvernement en question
À cette colère s’ajoute une grande méfiance. Il faut rappeler que ce gouvernement est considéré illégitime par une grande partie de la population. Les résultats officiels des élections de 2024 sont contestés, même si c’est Delcy Rodriguez qui tient les rênes du pouvoir, depuis l’enlèvement de Nicolas Maduro, il y a exactement 6 mois aujourd’hui.
Mais c’est la même tendance au pouvoir : Delcy Rodriguez était la vice-présidente de Nicolas Maduro. Il y a encore deux semaines, la plus grande attente des Vénézuéliens, c’était l’organisation d’élections. Les habitants veulent changer de gouvernement, notamment à cause de la corruption qui ronge tous les services de l’État.

Aujourd’hui, face à cette catastrophe, les Vénézuéliens refusent de remettre leurs dons à des fonctionnaires de peur qu’ils ne soient pas volés. Ils n’acceptent pas que la police les empêche de circuler sur la zone sinistrée, convaincus que c’est pour cacher quelque chose, et donc des mesures qui peut-être parfois sont importantes pour la sécurité se retrouvent questionnées, à cause de cette cassure entre le peuple vénézuélien et ses dirigeants, et les forces de l’ordre.

