Secteur aérien : l’intersyndicale hausse le ton et menace une grève générale
Les quinze organisations syndicales du secteur aérien ont lancé un ultimatum aux autorités. À défaut de réponses concrètes à leurs huit revendications parmi lesquelles les dettes salariales, les indemnités, le foncier, l’autonomie financière, un préavis de grève déposé depuis le 8 mai dernier pourrait se transformer en arrêt total des activités. La paix sociale a ses limites.
C’est un avertissement solennel. Réunis hier à l’aéroport international Blaise Diagne (AIBD) de Diass, les représentants de l’Intersyndicale du secteur aérien ont livré un réquisitoire implacable au motif de la « situation critique » qui perdure, malgré des engagements non tenus, une dégradation des conditions de travail, et un dialogue social au point mort. « Lorsque les problèmes persistent pendant près d’une année sans solution, il devient nécessaire de saisir le Premier ministre et le Président de la République », a lancé Cheikh Wade, le patron de l’Intersyndicale.
Déposé depuis le 8 mai 2026, le préavis de grève n’a rien d’une simple formalité. Les syndicats préviennent. Faute de discussions sérieuses, ils n’excluent aucune action légale, y compris une cessation totale des activités. Sit-in, marches, grève générale… toutes les options sont sur la table.
L’Intersyndicale a rappelé les huit points de leurs revendications
. Règlement des dettes dues aux travailleurs (ASSA, ANACIM, AIBD SA, 2AS et autres).
. Respect des accords sur l’Indemnité de sécurité aérienne (ISA), avec paiement régulier.
. Abandon du projet de filialisation de 2AS.
. Autonomie financière d’AIBD SA.
. Harmonisation des rémunérations (processus à finaliser).
. Renforcement des moyens de l’ANACIM , conformément aux normes de l’OACI.
. Respect des droits des travailleurs dans les contrats impliquant les sociétés du secteur.
. Règlement définitif de la question du capital social des travailleurs.
Il s’y ajoute un autre sujet brûlant qui est ,le logement. Lors du transfert de l’ancien aéroport Léopold Sédar Senghor vers l’AIBD, un vaste programme foncier avait été promis aux agents pour les rapprocher de leur lieu de travail. Des années plus tard, des milliers de travailleurs attendent toujours leurs parcelles à proximité de leur lieu de travail. L’Intersyndicale exige la reprise du processus et l’attribution d’un second lotissement.
Les syndicats dénoncent une dégradation progressive du climat social. Ils déplorent la mise à l’écart des représentants du personnel, la démotivation, la perte de confiance, les tensions sociales, et les risques psychosociaux… Et même des inquiétudes sur la sécurité aérienne sont soulevées. « Les conséquences sont aujourd’hui visibles et inquiétantes », ont martelé les porte-parole. Les syndicalistes ont soulevé la difficile cohabitation avec les militaires à l’aéroport Léopold Sédar Senghor.
L’Intersyndicale a réaffirmé son soutien sans faille aux agents de la CNA. Selon elle, les pertes financières enregistrées lors des précédents mouvements sociaux montrent à quel point le secteur aérien est stratégique. « Les ressources générées par l’activité aérienne permettraient largement de satisfaire les revendications », estiment les syndicats, pointant un défaut de volonté politique.
Après des mois d’attente, l’Intersyndicale a décidé de monter d’un cran. Elle interpelle directement le chef de l’État et son Premier ministre. Les quinze organisations affirment privilégier le dialogue, mais préviennent : « Si aucune discussion sérieuse n’est engagée rapidement, nous nous réservons le droit d’utiliser tous les moyens légaux de lutte syndicale.
Ce bras de fer intervient alors que le Sénégal ambitionne de devenir un hub aérien régional. Un conflit social de grande ampleur pourrait gravement perturber les infrastructures aéroportuaires et mettre à mal cette stratégie économique.
Les semaines à venir s’annoncent cruciales. Il incombe désormais aux autorités de réagir, alors que les syndicats brandissent la menace d’une grève imminente.
Samba Niébé BA

