Mali: les autorités accusent des entreprises d’utiliser la crise du carburant pour gonfler leurs prix
Au Mali, alors que les autorités de transition viennent d’augmenter les prix réglementés du carburant, avec des conséquences directes sur l’ensemble des secteurs d’activité, le gouvernement accuse « certains acteurs économiques » de profiter de la crise du moment pour gonfler artificiellement leurs tarifs. Dans le pays, en plus du contexte mondial, l’embargo décrété par les jihadistes du Jnim complique depuis septembre dernier l’approvisionnement en carburant. Des citernes sont arrivées le 1er avril 2026 à Bamako, alors que le gasoil et l’électricité commençaient à manquer sérieusement.
Par :David Baché – RFI
Il était temps : depuis le début de la semaine, de nombreux habitants de la capitale du Mali rapportaient une pénurie de gasoil. Les quelques stations qui en servaient encore était prises d’assaut, créant de longues files d’attente. La fourniture d’électricité, qui en dépend directement, avait encore empiré, avec des coupures d’une dizaine d’heures et même de 24 heures d’affilée dans certains quartiers. L’arrivée à Bamako, selon le communiqué officiel, de « plusieurs centaines de camions-citernes » – toujours sous escorte militaire du fait de l’embargo jihadiste – était donc très attendue.
Outre ce problème d’approvisionnement, il y a celui des tarifs : au Mali, ils sont subventionnés et plafonnés par l’État, qui a relevé les seuils samedi derniers, en conséquence de la crise mondiale liée à la guerre au Moyen-Orient. Avec des répercussions mécaniques sur tous les secteurs d’activités.
« Augmentation de prix injustifiée »
Mécaniques mais exagérées, selon les autorités de transition : le ministère de l’Industrie et du commerce déplore que « certains acteurs économiques procèdent à des augmentations de prix de façon unilatérale », dans un communiqué du 31 mars. Le ministère ne nomme aucune entreprise ni aucun secteur particulier et, sollicité par RFI, n’a pas apporté de précisions, mais il prévient : « Aucune augmentation de prix injustifiée ne sera tolérée et sera sanctionnée. »
Le ministère des Transports reproche quant à lui, dans un communiqué daté du 1er avril, à « certaines compagnies » d’autocars, qui relient les différentes villes du pays, d’avoir procédé à une augmentation « non proportionnelle » de leurs tarifs à la hausse des prix du carburant. En clair, les autorités de transition accusent certaines entreprises de profiter du contexte pour gonfler artificiellement leurs marges.
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Gasoil, industriels, transporteurs et marché noir
Le Conseil national du patronat du Mali (CNPM) n’a pas réagi officiellement à ce stade et, sollicité par RFI, n’a pas donné suite.
« Le gasoil a augmenté de 30%, rappelle un important chef d’entreprise malien, et c’est ce qu’utilisent les industriels et les transporteurs professionnels, alors ils répercutent, ils n’ont pas le choix ! » Pour autant, « certains en profitent », reconnaît cette source, qui confirme des « augmentations parfois démesurées », notamment dans les transports publics. Et de souligner un autre élément d’explication : les grandes difficultés d’approvisionnement que subit le Mali du fait de l’embargo jihadiste obligent certains opérateurs à se fournir au marché noir. « Dans leurs cas, précise le patron malien, les augmentations sont supérieures » à celles des tarifs officiels du carburant « mais c’est justifié ».
Gouverner en pointant du doigt
« Quand on gouverne en pointant toujours les autres du doigts, on devient inaudible », commente un ancien ministre, opposant du régime de transition, qui ne conteste pas l’existence d’abus mais suggère que les militaires au pouvoir « feraient mieux de renforcer la concertation avec les opérateurs économiques pour trouver des solutions et les faire respecter ».
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« Encore la fuite en avant », réagit un autre ténor de l’opposition malienne, qui estime que les autorités de transition cherchent à détourner l’opinion de leurs propres responsabilités, et dénonce un manque d’anticipation. « Ils auraient dû s’harmoniser avec les opérateurs économiques avant d’augmenter les prix du carburant », estime-t-il
Aux premières semaines de l’embargo jihadiste, en octobre dernier, les autorités de transition avaient accusé avec virulence les opérateurs privés d’être à l’origine de la pénurie de carburant. Avant de finir, deux mois plus tard, par décorer plusieurs chefs d’entreprise et chauffeurs routiers en récompense de leur implication et de leur sacrifice.
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Stock de sécurité
Ce 1er avril, des projets de texte ont été adoptés en Conseil des ministres pour créer un « stock national de sécurité de produits pétroliers », comme de nombreux pays en disposent déjà à travers le monde, pour pouvoir faire face aux périodes de crise. Cette réserve stratégique devra permettre d’assurer 45 jours de consommation. En tout état de cause, le carburant disponible au Mali ne suffisant déjà pas depuis sept mois à assurer les besoins de la population et de son économie au quotidien, la constitution d’un tel stock relève, pour le moins, du projet de long terme. Ou de l’effet d’annonce.

