Un an après sa signature: Le Mai aigre-doux du pacte social

Le gouvernement, le patronat et les centrales syndicales avaient scellé, le 1er mai 2025, un Pacte national de stabilité sociale (Pnss-Cid). Entre l’urgence de solder les vieux contentieux dans les secteurs névralgiques de l’éducation, de la santé, de la Justice, et la nécessité de répondre aux menaces persistantes sur le pouvoir d’achat, ce nouveau contrat social vise à instaurer une paix durable. Mais au-delà des signatures, le défi reste entier : transformer les promesses administratives en réalités tangibles pour éviter un nouveau cycle de crises. Cette année, les trois secteurs clés du pays ont connu des moments de tension avant la signature d’accords qui ont mis fin à de très longues grèves. Par contre, une partie de la santé est toujours dans le coma avec la poursuite de la grève d’And Gueusseum. 

Par Justin GOMIS – L’heure est à la trêve après des mois d’espoir supplantés par des moments d’incertitude et de fortes tensions. Avec la signature du Pacte national de stabilité sociale pour une Croissance inclusive et durable (Pnss-Cid) le 1er mai 2025, le Sénégal tentait de clore un chapitre de turbulences sociales pour ouvrir celui de l’émergence structurelle. Mais, l’année a été durement perturbée par des grèves cycliques dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de la Justice et aussi de l’Administration. Fina­lement, les conflits ont été réglés au bout de plusieurs mois de bras de fer. Mais au-delà de la signature, quels sont les véritables leviers de cette réconciliation nationale ?

Le Sénégal se souvient encore des cycles de grèves qui ont paralysé l’école publique et les tribunaux ces dernières années. Dans le secteur de l’éducation, les revendications portaient non seulement sur les indemnités, mais aussi sur une dignité retrouvée pour les enseignants «décisionnaires». Il a fallu plusieurs grèves constituant une menace sur l’année pour qu’un accord soit signé. Dans la Justice, la paralysie des greffes avait mis en lumière la fragilité d’un système où les réformes indiciaires de 2018 tardaient à se concrétiser. Or, le nouveau pacte ne se contentait pas de recenser ces doléances ; il devait proposer un mécanisme de suivi rigoureux pour que les engagements de l’Etat ne restent plus lettre morte.

L’un des points forts de ce nouveau contrat social est la volonté de résoudre les conflits administratifs par la digitalisation. En automatisant la gestion des carrières dans la Fonction publique, le gouvernement répond à une demande historique des syndicats qui voyaient dans les lenteurs administratives une forme d’injustice sociale. La résolution des conflits passe désormais par une Administration plus transparente, guidée par les principes de probité et d’’efficacité.

Les centrales syndicales : une vigilance accrue

Si les centrales syndicales ont apposé leurs signatures, elles n’ont pas pour autant rangé leurs cahiers de doléances. Leurs menaces voilées rappellent que la paix sociale a un prix : la préservation du pouvoir d’achat face à l’inflation ; la protection sociale universelle, incluant les travailleurs de l’informel ; la stabilité de l’emploi, particulièrement dans les secteurs en restructuration. Les syndicats attendent des actes concrets sur la baisse du coût de la vie et la généralisation de la retraite à 65 ans, des points qui restent des lignes rouges pour le maintien de la stabilité.

Protocoles d’accords signés

Le Pnss-Cid renforce une réalité : la sanctuarisation du dialogue tripartite (Etat-employeurs-travailleurs). L’objectif est de prévenir plutôt que de guérir. En instaurant des cadres de concertation sectoriels réguliers, le Sénégal espère anticiper les crises avant qu’elles ne se transforment en débrayages massifs.
Le Pacte de stabilité sociale n’est pas une fin en soi, mais le socle pour un avenir meilleur. Pour que la croissance soit inclusive, elle doit se construire dans un climat de confiance mutuelle. Le défi pour les cinq prochaines années sera de transformer ce document juridique en une réalité tangible pour chaque travailleur sénégalais, de l’instituteur rural au magistrat de la capitale.

En Conseil des ministres hier, le Premier ministre a rappelé l’importance de la signature du Pacte de stabilité sociale «pour une croissance inclusive et durable, intervenue avec le patronat et les centrales syndicales, ainsi que les avancées enregistrées dans la régularisation exceptionnelle des situations administratives et statutaires dans les secteurs de l’éducation et de la santé». Il a demandé à l’ensemble des ministres concernés de veiller à la mise en œuvre diligente et rigoureuse des engagements pris par le gouvernement, dans le respect des échéances arrêtées et dans un esprit de responsabilité collective au service de la paix sociale.

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