Guerre au Moyen-Orient: un cessez-le-feu in extremis entre l’Iran et les États-Unis, mais la paix reste incertaine

L’annonce d’une trêve de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran, au 40e jour d’un conflit meurtrier au Moyen-Orient, a été immédiatement salué par la communauté internationale, même si des zones d’ombre persistent sur sa portée réelle.

Le président américain Donald Trump a annoncé, ce mardi 7 avril sur sa plateforme Truth Social, la « suspension des bombardements et des attaques contre l’Iran pendant deux semaines« . Joint par l’AFP au téléphone, il a assuré que les États-Unis avaient remporté une « victoire totale et complète » grâce à cet accord de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran.

Au cœur du compromis: l’Iran s’engage à rouvrir le détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique par laquelle transitent en temps normal environ 20% du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondiaux, en échange de la suspension des bombardements américains et israéliens pendant deux semaines. Selon la déclaration en persan diffusée par les médias iraniens, l’armée iranienne « surveillera » le « passage quotidien limité des navires » dans le détroit pendant le cessez-le-feu. Elle réclame aussi la levée des sanctions sur l’Iran.

Une victoire revendiquée des deux côtés

L’accord a été conclu à peine une heure avant l’expiration du dernier ultimatum de Donald Trump à l’Iran, dans lequel le président américain menaçait d’éradiquer « une civilisation entière » si Téhéran ne rouvrait pas le détroit avant minuit TU. De son côté, l’Iran n’entend pas se présenter en vaincu: le Conseil suprême de la sécurité nationale a proclamé que Téhéran avait remporté « une grande victoire » et que « l’ennemi a subi une défaite indéniable, historique et écrasante« .

Deux lectures radicalement opposées d’un même accord, qui illustrent à elles seules la fragilité de la trêve. À peine l’annonce faite, Israël a signalé trois salves de missiles iraniens tirés en direction de son territoire. Signe de la fragilité de l’accord, deux personnes ont été blessées à Bahreïn après une attaque de drone iranienne selon les autorités, intervenue quelques heures après l’entrée en vigueur de la trêve.

Des négociations directes entre Washington et Téhéran doivent néanmoins s’ouvrir vendredi 10 avril à Islamabad, sous médiation pakistanaise, même si le Conseil suprême iranien a tenu à préciser que « cela ne signifie pas la fin de la guerre« .

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a confirmé la position de Téhéran. « Si les attaques contre l’Iran cessent, nos puissantes forces armées cesseront leurs opérations défensives. » Il a toutefois précisé que le passage dans le détroit se ferait « en coordination avec les forces armées iraniennes« , et compte tenu de « limitations techniques« .

Dans la foulée, Trump a annoncé sur son réseau Truth Social que les États-Unis allaient activement « aider à désengorger le trafic » dans le détroit. Il assure que « de grosses sommes d’argent seront gagnées » et que « l’Iran peut commencer le processus de reconstruction« . Les États-Unis envisagent des « discussions en personne » avec l’Iran mais « rien n’est définitif« , selon le porte-parole de la Maison Blanche.

L’ONU appelle à une « paix durable »

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a salué l’annonce du cessez-le-feu, exhortant toutes les parties à s’acheminer vers une paix durable dans la région.

Antonio Guterrres « appelle toutes les parties au conflit actuel au Moyen-Orient à respecter leurs obligations en vertu du droit international et à se conformer aux termes du cessez-le-feu afin d’ouvrir la voie à une paix durable et globale dans la région. »

Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l’ONU

Le Pakistan, qui a joué un rôle de médiateur dans les négociations, a affirmé que l’accord couvrait l’ensemble des théâtres d’opérations, y compris le Liban. L’Irak, qui a déploré plus de 100 morts depuis le début du conflit, a également exprimé son soulagement et appelé à des « voies de dialogue sérieuses et durables« .

Israël en retrait, mais pas au Liban

Du côté d’Israël, le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu a tenu à clarifier la portée de l’accord. Le cessez-le-feu « n’inclut pas le Liban« , où l’armée israélienne poursuit son invasion dans le sud du pays. Depuis le 2 mars, les frappes israéliennes ont fait plus de 1.500 morts au Liban. L’armée de Netanyahou a par ailleurs annoncé avoir achevé le déploiement de ses troupes au sol jusqu’à une « ligne de défense avancée » contre le Hezbollah.

Une frappe israélienne, survenue avant l’annonce de la trêve, a d’ailleurs fait huit morts dans la ville libanaise de Saïda. Israël dit néanmoins soutenir la décision de Trump de suspendre les frappes contre l’Iran, en échange de la réouverture « immédiate des détroits« .

Vers une acceptation de l’enrichissement de l’uranium iranien?

L’accord reste fragile. Peu après l’annonce de la trêve, l’armée israélienne a signalé plusieurs salves de missiles tirés depuis l’Iran en direction de son territoire, et l’Arabie saoudite a annoncé avoir intercepté cinq missiles visant son propre sol. Le plan exigerait « le maintien du contrôle iranien sur le détroit d’Ormuz, l’acceptation de l’enrichissement, la levée de toutes les sanctions primaires et secondaires« , selon un communiqué publié par la République islamique.

Alors que la demande relative à l’enrichissement d’uranium ne figurait pas dans la version en anglais de la déclaration de Téhéran partagée par l’ONU, elle faisait partie de la version en persan diffusée par les médias d’État iraniens. Parmi les autres exigences: le retrait des forces américaines du Moyen-Orient, la fin des attaques contre l’Iran et ses alliés, la libération des avoirs iraniens gelés et une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU rendant l’accord contraignant.

Donald Trump a affirmé que la question de l’uranium iranien serait « parfaitement réglée« , tout en indiquant que des discussions « en personne » avec Téhéran étaient envisagées, sans que rien ne soit encore « définitif« . Le président américain a justifié la guerre, accusant Téhéran d’enrichir de l’uranium dans le but de fabriquer une arme atomique, une affirmation qui n’est pas étayée par l’agence nucléaire de l’ONU et que l’Iran a démentie.

Dans un précédent plan visant à mettre fin aux hostilités, les États-Unis exigeaient que l’Iran cesse tout nouvel enrichissement, accepte des limites à son programme de missiles et mette fin à son soutien aux groupes armés de la région, ce qui a été refusé par Téhéran. Donald Trump a par ailleurs estimé que la Chine avait contribué à ramener l’Iran à la table des négociations.

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