Arts plastiques au Théâtre Sorano : Abdourahmane Fall rend hommage aux héroïnes du Walo
À la galerie du Théâtre National Daniel Sorano à Dakar, les œuvres de l’artiste plasticien Abdourahmane Fall occupent l’espace et attirent l’attention des visiteurs. Depuis le samedi 7 mars, le public peut y découvrir l’exposition « Corps Résistant », une proposition artistique qui restera accessible jusqu’au 7 avril 2026. À travers une série de tableaux mêlant figuration et abstraction, l’artiste propose une lecture artistique d’un épisode tragique et héroïque de l’histoire du Walo : le sacrifice des femmes de Nder.
Installée au premier étage du théâtre, la galerie accueille 19 œuvres, dont 13 figuratives et 6 abstraites. Dès l’entrée, le visiteur est immédiatement saisi par des œuvres figuratives où se détachent des visages de femmes. Réalisées à partir de matériaux locaux récupérés, ces créations rendent un hommage appuyé aux femmes de Nder qui, face aux envahisseurs, choisirent de s’immoler plutôt que d’être réduites en esclavage.
Une démarche artistique engagée
Pour Abdourahmane Fall, cette exposition s’inscrit dans une démarche artistique profondément engagée autour de la condition et de la mémoire de la femme africaine. « Ma démarche artistique consiste à travailler sur les femmes africaines. Avec cette exposition, nous avons choisi de rendre hommage aux femmes de Nder, ces femmes braves qui ont préféré la mort à l’esclavage », explique l’artiste.
Diplômé de l’École nationale des Arts en 2019, il développe depuis plusieurs années une recherche plastique originale fondée sur l’usage de pigments naturels et de matières brutes. Terre rouge, charbon broyé, bois brûlé ou gravure sur bois composent l’essentiel de ses œuvres.
« J’utilise la terre rouge mélangée à du charbon broyé et de la colle pour créer mes pigments. Je brûle aussi le bois pour faire apparaître des motifs et des figures géométriques. Ces techniques me permettent d’exprimer l’histoire et la souffrance des femmes africaines », souligne-t-il.
Certaines œuvres abstraites évoquent directement le feu et les braises, rappelant l’immolation des femmes de Nder. Par ces textures et ces contrastes, l’artiste cherche à traduire à la fois la douleur et la dignité de ces héroïnes de l’histoire.
Une exposition pensée comme un espace de mémoire
Commissaire de l’exposition, Yoro Cissokho précise que l’objectif de « Corps Résistant » est de célébrer la force des femmes plutôt que de les présenter sous un angle victimaire. « Cette exposition rend hommage à la femme non pas dans son aspect victimaire, mais dans sa capacité de résilience. Les femmes de Nder ont choisi le feu plutôt que la soumission. C’est cette bravoure et cette dignité que l’artiste veut célébrer », explique-t-il.
La scénographie de l’exposition a également été pensée pour accompagner le visiteur dans une immersion progressive. À l’entrée, les œuvres figuratives permettent de reconnaître les visages et les expressions des femmes. À la sortie, les œuvres deviennent plus abstraites, invitant à une interprétation plus libre et introspective. « L’idée est de transformer cet espace en lieu de mémoire, où l’on célèbre l’histoire et la résilience des femmes », ajoute le commissaire.
Préparée pendant près de six mois avec le soutien du Fonds de développement des cultures urbaines et des industries créatives (FDCU), cette exposition se veut aussi un moment d’échanges entre l’artiste et le public. Un livre d’or a été mis à la disposition des visiteurs afin qu’ils puissent partager leurs impressions et contribuer à la réflexion artistique.
À travers ses œuvres, Abdourahmane Fall inscrit ainsi son travail dans une relecture artistique de l’histoire sénégalaise, tout en célébrant la force et la dignité des femmes africaines, à l’image d’autres figures emblématiques de la résistance comme Aline Sitoe Diatta.
L’exposition « Corps Résistant » est ouverte au public jusqu’au 7 avril 2026 à la galerie du Théâtre National Daniel Sorano à Dakar.
LAMINE DIEDHIOU

