Centre névralgique du pétrole iranien, 25 km²…

Des sources contactées par le site d’information américain Axios affirment que la prise de l’île de Kharg, au large des côtes iraniennes, est envisagée par les États-Unis. 90% pétrole iranien transite par ce petit bout d’île du Golfe persique. Pourtant, rien n’indique que les États-Unis préparent une intervention terrestre dans cette guerre menée avec Israël.

Par – Thomas Ladonne – TV5

En plein milieu du Golfe persique, à quelques kilomètres au large des côtes iraniennes, une île ultra stratégique reste épargnée par les frappes israélo-américaines qui secouent le Moyen-Orient depuis 10 jours. Pourtant, 90% du pétrole iranien y transite. Sept millions de barils seraient affrétés chaque jour sur des pétroliers amarrés à Kharg. Cette île est le point de départ de l’or noir perse, qui vogue ensuite par le détroit d’Ormuz, pour être acheminé principalement vers l’Asie, notamment la Chine et l’Inde. 

C’est assez d’arguments pour rendre compte du rôle déterminant que joue ce petit bout de terre de 25km² pour l’Iran. Ce qui en fait une cible de choix et le rend vulnérable. Pour l’instant, un seul média américain, Axios, affirme que ce plan d’intervention militaire est sur la table. Et selon plusieurs experts cités par le média américain CNBC, l’opération nécessiterait un déploiement de forces terrestres, ce qui ne semble pas être d’actualité dans l’esprit de Donald Trump. 

Une nouvelle phase de la guerre

Les derniers développements militaires dans le conflit lancé par les États-Unis et Israël ont fait état de cibles sur des sites énergétiques, comme des stockages de pétrole. Depuis le début de la guerre, il n’y avait eu aucune cible de ce genre. Les frappes se concentraient sur les installations militaires et nucléaires. 

Toutefois c’est notamment Israël qui est à l’origine de ces frappes ciblées, desquelles se sont désolidarisés leurs alliés américains. « Nous ne prévoyons pas de viser l’industrie pétrolière iranienne, leur industrie gazière ou quelque élément que ce soit de leur industrie énergétique« , a affirmé le ministre de l’Énergie américain, Chris Wright, en parlant de l’Iran.

Mais selon la revue française d’analyses géopolitiques Le Grand Continent, il est possible que la communication américaine vise à détourner l’attention pour mieux préparer une intervention sur l’île. Par exemple avec « les encouragements zigzagants de l’administration vis-à-vis d’une rébellion kurde, dans le but de fomenter un soulèvement populaire«  qui « peuvent également être lues comme une tentative de détourner l’attention des forces du régime vers le nord« .

Quel intérêt auraient les États-Unis à contrôler cette île? L’Iran est économiquement absolument dépendant de ses exportations de pétrole. Elles génèrent des recettes cruciales, qui permettent de financer le fonctionnement de l’État, les forces armées, les milices régionales… C’est la première source de revenus de la République islamique. Une intervention américaine à Kharg serait donc un moyen d’étouffer le régime. 

Selon Le Grand Continent, la prise de l’île est en cohérence avec « les déclarations du président américain » Donald Trump. En effet, celui-ci a présenté ses ambitions post-guerre à son entourage, imaginant un plan de « vassalisation » de l’Iran avec la mise en place d’une coopération pétrolière, toujours selon la revue.

L’ambigüité de la situation est donc entière: aucune intervention terrestre n’est prévue par les États-Unis – cela rendrait d’ailleurs vulnérables les soldats aux drones iraniens – mais tout indique, dans la stratégie de Donald Trump, que la prise de l’île de Kharg est essentielle aux velléités américaines. 

Un moyen de pression supplémentaire sur l’Iran?

Pourtant, le ralentissement de l’activité dans le détroit d’Ormuz réduit déjà les exportations de pétrole du régime islamiste. « Mais en regardant plus loin, la prise [de Kharg] donnerait aux États-Unis des moyens de pression pendant des négociations, peu importe le régime au pouvoir après la fin de l’opération militaire« , explique à CNBC Petras Katinas, chercheur en climat, énergie et défense au RUSI, un think tank sur la défense basé à Londres.

Néanmoins, cette intervention présente différents risques, au-delà du risque de pertes militaires. La prise de Kharg accentuerait la hausse des prix du pétrole, qui sont déjà en train de flamber. Le prix du baril a dépassé les 100 dollars ce lundi. Cette hausse des prix pourrait rimer avec une baisse – déjà d’actualité – de la popularité du président américain.

Selon l’assureur automobile américain AAA, cité par le quotidien français Le Parisien, le prix moyen de l’essence à la pompe a bondi de près de 16% en une semaine aux États-Unis et celui du gazole de 22%. Pour de nombreux pays, le détroit d’Ormuz est un haut lieu stratégique puisque 20% du pétrole mondial y transite. 

Un problème surtout pour la Chine?

Pour la Chine, c’est même plus de 50% de ses importations pétrolières qui passent par le détroit. Si les États-Unis parvenaient vraiment à prendre le contrôle de l’île de Kharg, « Pékin devrait alors chercher des substituts, ce qui ajouterait a minima 10 à 12 dollars au prix mondial du baril« , relate Le Grand Continent. La question de la position de la Chine est en fait centrale dans ces déclarations et dans cette guerre menée par les États-Unis et Israël. 

Les autorités chinoises ont déjà ralenti leurs raffineries la semaine dernière. Quand la Chine freine ses activités liées au pétrole, c’est l’économie mondiale qui est touchée. Après le Venezuela, l’intervention américaine en Iran ne serait-elle pas une fois de plus une attaque indirecte envers son principal rival? Ce qui représente aussi un risque, car en privant la Chine de ces sources de pétrole, cela peut renforcer ses liens avec son autre fournisseur de pétrole anti-américain: la Russie. 

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