Lutte contre la cécité : L’Oms appelle à une accélération mondiale de la chirurgie de la cataracte

Alors qu’une nouvelle étude du Lancet Global Health révèle que près d’une personne aveugle sur deux attend encore d’être opérée de la cataracte, l’Organisation mondiale de la santé (Oms) presse les Etats à intensifier leurs efforts. Malgré une intervention simple de 15 minutes et un excellent rapport coût-efficacité, des barrières structurelles et des inégalités de genre privent encore des millions de personnes, particulièrement en Afrique, d’un accès vital à la vue d’ici 2030.

Près d’une personne sur deux souffrant de cécité due à la cataracte n’a toujours pas accès à la chirurgie, malgré la simplicité et le faible coût de l’intervention. Dans un cri d’alarme lancé ce 11 février 2026 depuis Genève, l’Organisation mondiale de la santé (Oms) appelle les gouvernements à tripler la cadence pour résorber des inégalités de soins jugées inacceptables, particulièrement en Afrique et chez les femmes. Quinze minutes. C’est le temps qu’il faut pour passer de l’obscurité à la lumière. Pourtant, pour plus de 94 millions de personnes dans le monde, ce quart d’heure reste un luxe inaccessible. Une nouvelle étude publiée aujourd’hui dans The Lancet Global Health vient confirmer une réalité amère : alors que la médecine sait guérir la cataracte -cette opacification du cristallin liée à l’âge, au tabac ou au diabète-, la moitié des patients aveugles attendent encore une opération.

Un retard de croissance inquiétant

Si la couverture chirurgicale a progressé de 15% en vingt ans, le compte n’y est pas. Le vieillissement de la population mondiale crée une pression sans précédent sur les systèmes de santé. Au rythme actuel, la couverture n’augmenterait que de 8, 4% d’ici 2030, bien loin de l’objectif de 30% fixé par l’Assemblée mondiale de la Santé.

«La chirurgie de la cataracte est l’un des outils les plus puissants dont nous disposons pour transformer des vies», martèle Dévora Kestel, directrice par intérim à l’Oms. «Restaurer la vue, c’est rendre à une personne son indépendance et sa dignité.»

L’Afrique et les femmes en première ligne

Le rapport met en lumière des disparités géographiques et sociales criantes. La Région africaine est la plus durement touchée : là-bas, trois personnes sur quatre ayant besoin d’une intervention sont laissées pour compte.

Le genre constitue une autre barrière invisible mais tenace. Partout dans le monde, les femmes accèdent moins facilement aux soins oculaires que les hommes. En cause : des frais trop élevés à la charge des patients, une pénurie de personnel qualifié et un manque d’infrastructures dans les zones rurales délaissées.

Un investissement rentable

Pour l’Oms, la solution ne relève pas du miracle médical, mais de la volonté politique. L’organisation préconise trois leviers d’action immédiats : intégrer le dépistage visuel directement dans les soins de santé primaires, investir dans la formation et la répartition équitable du personnel soignant et prioriser les populations marginalisées pour briser le cycle de la pauvreté lié au handicap visuel. Alors que la cataracte reste l’une des interventions les plus rentables de la médecine moderne, l’appel de Genève est clair : il ne s’agit plus de savoir comment soigner, mais de décider qui nous acceptons de laisser dans le noir.

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