Lutte contre la pêche INN en Afrique de l’Ouest : Huit navires arraisonnés dans le cadre de l’opération Espadon

La Commission sous régionale des pêches (Csrp) a présenté hier le bilan de l’opération « Espadon ». Menée conjointement, du 9 au 22 février 2026, par le Sénégal, la Mauritanie, la Gambie et le Cap-Vert, cette mission a abouti à l’arraisonnement de huit navires de pêche industrielle. Grâce à un ciblage satellite et une coopération renforcée, les États membres marquent un tournant décisif dans la lutte contre la pêche illicite (Inn).

Dans le cadre de l’opération conjointe « Espadon », les forces navales du Sénégal, de la Mauritanie, de la Gambie et du Cap-Vert ont uni leurs forces pour ratisser leurs zones maritimes. Coordonnée par la Commission sous régionale des pêches (Csrp) et soutenue par l’Union européenne à travers le projet « Agir-Inn », cette mission envoie un message de fermeté aux acteurs de la pêche illicite (Inn) dans la sous-région.

En moins de deux semaines (du 9 au 22 février 2026), huit navires de pêche industrielle ont été neutralisés, a déclaré Dr Khallahi Brahim, secrétaire permanent de la commission. La Mauritanie arrive en tête avec quatre saisies, suivie de la Gambie où deux navires ont été interceptés. Le Sénégal a procédé à un arraisonnement tandis qu’au Cap Vert, l’opération s’est soldée par l’interception d’une embarcation artisanale. Les navires incriminés battent des pavillons variés : gambien, mauritanien, sénégalais, mais aussi européen notamment espagnol. Les inspecteurs ont relevé une panoplie d’infractions graves allant du défaut de licence à la non-émission des signaux Gps, en passant par l’utilisation de filets aux maillages interdits et le dépassement des quotas de pêche.

Selon Ibrahima Salif Sylla, coordonnateur du pôle suivi, contrôle et surveillance à la commission, la grande nouveauté de cette opération réside dans la stratégie de ciblage. Finies les patrouilles à l’aveugle où les navires fraudeurs, alertés par radio, avaient le temps de fuir. « Auparavant, les navires fraudeurs s’alertaient mutuellement dès qu’un patrouilleur était en mer », rappelle-t-il. « Cette fois, grâce à l’assistance technique de l’Agence européenne de contrôle des pêches, nos patrouilleurs ont foncé directement sur des cibles suspectes identifiées par satellite et analyse de données », indique M. Sylla.

Le Sénégal a déployé le « Walo »

Cette méthode a non seulement permis d’augmenter le taux de réussite, mais aussi de réaliser des économies substantielles de temps et de carburant pour les États engagés, s’est félicité Dr Khallahi Brahim, louant la collaboration durant l’opération. Le Sénégal a déployé son patrouilleur de haute mer de nouvelle génération, le « Walo », la Mauritanie son navire « Awkar » tandis que la Gambie et le Cap Vert assuraient la surveillance côtière avec des vedettes rapides. Une fois arraisonnés, les navires ont été remis aux autorités nationales respectives. « Il appartient désormais à chaque État d’appliquer sa propre législation pour sanctionner les contrevenants », précise le secrétaire permanent de la Commission.

Malgré ce succès, la Csrp ne compte pas s’arrêter là. Si elle reconnaît des faiblesses en termes de communication organisationnelle, l’organisation projette une nouvelle opération dans la zone Sud, englobant la Guinée-Bissau, la Guinée et la Sierra Leone. Toutefois, l’enjeu reste celui de la pérennité. Si l’appui de l’Union européenne est aujourd’hui crucial, la Csrp ambitionne une autonomie totale. L’idée est de transformer ces opérations ponctuelles en une surveillance permanente et souveraine. « L’essentiel est l’échange d’informations », insiste Dr Khallahi Brahim, affirmant que grâce à la convention sur le droit de poursuite et celle de 2025 sur la coordination de la lutte contre la pêche Inn, un navire fraudeur repéré au Sénégal ne pourra plus trouver refuge dans les eaux voisines.

Mamadou GUEYE
LESOLEIL

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