Barthélemy Dias : «Le Sénégal ne manque pas de ressources, il manque d’État»

Après sa tournée dans le Nord du Sénégal, l’ex-maire de Dakar, Barthélemy Dias, a dressé un réquisitoire sans concession contre le régime Diomaye-Sonko. De la détresse des agriculteurs de la vallée à l’insécurité des pêcheurs de Saint-Louis, en passant par l’alerte sur un possible défaut de paiement de l’Etat en 2026, l’ex-édile de Dakar dénonce un pilotage à vue. Entre exigences de justice et propositions de réformes via sa plateforme «Senegaal bi ñu bokk», il appelle à la restauration d’un «Etat protecteur et stratège».

Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – Après son immersion dans la vallée du fleuve Sénégal, l’ex-maire de Dakar a tenu hier une conférence de presse pour dresser un réquisitoire cinglant contre la gestion du tandem Diomaye-Sonko. Entre détresse du monde rural, péril financier et failles sécuritaires des institutions, Barthélemy Dias dé­nonce un «Etat absent» et propose, via sa plateforme «Séné­gal bi ñu bokk», un plan de redressement axé sur la souveraineté alimentaire et la trans­parence. De Dagana à Saint-Louis, en passant par Podor, Barthélemy Dias a choisi le cœur de la zone agricole pour porter l’estocade au pouvoir central. Le ton, résolument offensif, place le monde rural au centre du débat national : «on ne construit pas une Nation en oubliant ses racines. Pouvons-nous parler d’émergence lorsque ceux qui nourrissent la Nation vivent dans l’abandon ?», s’est-il interrogé.

Le cri du cœur de la vallée et de la côte

Dans la vallée du fleuve Sénégal, l’ex-édile de la capitale a déploré un paradoxe saisissant : un fleuve majestueux qui borde des champs pourtant assoiffés. Selon lui, l’échec de la campagne arachidière et la détresse des éleveurs -étranglés par le coût de l’aliment de bétail et l’absence de soutien vétérinaire- sont les signes d’un décrochage inquiétant. A Saint-Louis, Barthélemy Dias s’est fait l’écho de l’angoisse des pêcheurs face à l’avancée de la mer sur la Langue de Barbarie. «Les maisons sont englouties et les familles déplacées, tandis que les licences de pêche restent gérées dans l’opacité», a-t-il dénoncé, exigeant un audit indépendant immédiat.

Un péril financier et institutionnel

Sur le front économique, le leader de «Senegaal bi ñu bokk» a tiré la sonnette d’alarme concernant l’échéance de mars 2026. Avec un programme du Fmi suspendu et un risque de défaut de paiement qu’il juge réel, il assène : «Quand un gouvernement passe son temps à éteindre ses propres incendies financiers, il ne peut gérer les urgences, encore moins planifier le développement.» Il propose un plan national d’irrigation et un fonds de stabilisation pour l’aliment de bétail, un audit des licences et un programme de recasement digne pour les victimes de l’érosion, et une réforme rigoureuse des finances publiques.
L’aspect sécuritaire n’a pas été en reste. Dias s’est inquiété de la série d’incidents ayant frappé des centres névralgiques de l’Administration (Trésor, Finances, Daf) : «Pourquoi toujours les mêmes structures ? Un gouvernement incapable de protéger nos données personnelles ne saurait protéger les Sénégalais.»

Exigence de justice et propositions

L’ancien maire de Dakar n’a pas manqué de réclamer justice pour l’étudiant Abdoulaye Ba, exigeant une commission d’enquête indépendante, avant de décliner ses solutions : «Cette tragédie est impardonnable. Je promets à la famille et aux étudiants que justice sera rendue. Nous exigeons une commission d’enquête indépendante. La justice n’est pas négociable.» En guise de conclusion, Bar­thélemy Dias a résumé sa vision par une formule choc : «Le Sénégal ne manque ni d’eau, ni de terres, ni de talents. Il manque d’Etat. Un Etat qui protège, qui planifie et qui assume.»

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