Ukraine: après quatre années de guerre, la «reconstruction» reste pour l’heure un vœu pieux

Un rapport conjoint de la Banque mondiale, de l’Union européenne, des Nations Unies et du gouvernement ukrainien estime le coût de la reconstruction à plus de 580 milliards de dollars sur 10 ans. Alors qu’aucune issue à la guerre ne se profile, la « reconstruction » reste pour l’heure un vœu pieux.

Par :RFI

En Ukraine, pas une journée ne passe sans que l’on parle de frappe russe. Dans ces conditions, il est encore trop tôt pour parler de reconstruction, estime le professeur Matthias Thiemann qui enseigne au Centre d’études européennes et de politique comparée à Sciences Po. D’autant que, « plus les Russes attaquent dans tout le pays, plus cela devient une question de réparation et non de reconstruction », professe le chercheur.

Mais pour envisager l’avenir, permettre le retour des exilés, il faudra de toute façon s’attaquer aux priorités vitales de l’Ukraine. « L’électricité, le logement et les transports », égrène Matthias Thiemann, « pour que la population puisse retourner. »

Désormais les investissements publics, multilatéraux financés par la Banque européenne de développement ou la Banque mondiale ont pris le relais du privé et se concentrent sur les infrastructures. Le secteur privé, lui, fuit la zone de front. Ignace Haertlé est un entrepreneur français, il investit depuis longtemps dans le secteur du BTP en Ukraine. S’il souligne que quelques chantiers industriels ponctuels ont été signés à l’ouest du pays, il s’agit en réalité « d’industriels qui, présents à l’est, se sont redéployés à l’ouest du pays pour s’éloigner de la ligne de front ».

Matthias Thiemann qui fait le même constat, identifie là un problème pour l’après-guerre. « Beaucoup de fonds investis en Ukraine, pour créer cette nouvelle économie, se mettent à l’œuvre dans l’ouest alors que l’Union européenne pousse pour des investissements dans l’est de l’Ukraine », observe le chercheur, « mais les banques d’investissement n’ont pas trop envie d’y investir puisque c’est très risqué. » Un défi de plus sur le long chemin de la paix et de la reconstruction.

Sans surprise, les besoins pour la reconstruction continuent de grandir en Ukraine. Et le point important de notre rapport d’aujourd’hui, c’est que 588 milliards de dollars seront nécessaires sur une période de 10 ans. C’est trois fois le PIB de l’Ukraine en 2025. Un des secteurs les plus touchés est l’énergie. Notre rapport ne couvre que l’année 2025, et pas les attaques massives russes de janvier et février 2026. Et sans ces dernières attaques, les besoins pour la reconstruction des infrastructures énergétiques ont quand même augmenté de 33%. L’autre secteur particulièrement touché, c’est le logement. C’est l’un des secteurs, voire le secteur le plus touché et cela a beaucoup sur la vie des civils.

Mathias Schmale, chef du bureau des Nations unies à KievLila Olkinuora

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