Incendies, routes bloquées… Violentes représailles d’un cartel au Mexique après la mort de leur chef El Mencho tué par l’armée avec l’aide des États-Unis
Le Mexique a été secoué ce dimanche 22 février par une vague de violences, après la mort de Nemesio Oseguera, alias « El Mencho », chef de l’un des plus gros cartels de la drogue du pays, lors d’une opération militaire réalisée avec le soutien des États-Unis. Au moins 8 des 32 États mexicains ont suspendu ce lundi 23 février les cours en présentiel et le pouvoir judiciaire a autorisé les juges à maintenir les tribunaux fermés lorsqu’ils l’estiment nécessaire.
Tué à l’âge de 59 ans, Nemesio Oseguera, alias « El Mencho », était considéré comme le dernier des grands parrains depuis l’arrestation des fondateurs du cartel de Sinaloa, Joaquín Guzmán « El Chapo » et Ismael « Mayo » Zambada, incarcérés aux États-Unis. À la tête du puissant cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), il était l’un des barons de la drogue les plus recherchés par le Mexique et les États-Unis, qui offraient jusqu’à 15 millions de dollars pour sa capture.
« Les États-Unis ont fourni un soutien en matière de renseignement au gouvernement mexicain afin de l’aider dans une opération (…) au cours de laquelle Nemesio El Mencho Oseguera a été éliminé », a confirmé la porte-parole du président Donald Trump, Karoline Leavitt, sur le réseau X.
Donald Trump a érigé en priorité la lutte contre le narcotrafic et a exhorté plusieurs fois la présidente Claudia Sheinbaum à laisser Washington envoyer des forces américaines lutter contre les cartels qui opèrent au Mexique, une proposition qu’elle a jusqu’à présent rejetée.
« El Mencho » a été blessé lors d’une opération menée dans la localité de Tapalpa, dans l’État de Jalisco (ouest), et il est décédé peu après, alors qu’il était transporté par avion vers Mexico. Au total, sept criminels ont été tués et trois soldats blessés. Deux membres du CJNG ont été arrêtés et diverses armes ont été saisies, notamment des lance-roquettes capables d’abattre des avions et de détruire des véhicules blindés, selon la même source.
Plusieurs vols à destination du Mexique annulés
En réaction à l’opération militaire, des membres présumés du cartel ont déclenché une vague de violence dans 20 États du pays. Des individus armés ont bloqué plusieurs routes de l’Etat de Jalisco (ouest) avec des voitures et des camions incendiés, où l’on pouvait voir la nuit des restes de véhicules calcinés et d’autres encore en flammes. La présidente Claudia Sheinbaum a appelé sur X la population à rester « informée et calme ».
« Des individus armés sont arrivés, j’ai vu le pistolet et ils nous ont dit de sortir, nous sommes sortis et ils avaient une voiture avec les portes ouvertes. J’ai pensé qu’ils allaient nous kidnapper, j’ai couru vers un stand de tacos » pour m’y réfugier, explique à l’AFP Maria Medina, employée d’un magasin de proximité incendié à Guadalajara, capitale de Jalisco.
Après un appel lancé à la population pour qu’elle se mette à l’abri, la ville, qui doit accueillir quatre matchs de la Coupe du monde de football 2026, s’est retrouvée paralysée. Les États-Unis ont appelé leurs concitoyens présents dans plusieurs zones du Mexique, dont des villes et régions touristiques comme Cancun, Guadalajara et Oaxaca, à « se mettre à l’abri jusqu’à nouvel ordre ».

Des gardes nationaux patrouillent aux abords du siège du procureur général à Mexico, le dimanche 22 février 2026, après que les autorités ont annoncé que l’armée mexicaine avait tué Nemesio Oseguera, alias « El Mencho », chef du cartel de Jalisco Nouvelle Génération.
@Photo AP/Ginette Riquelme
Des compagnies aériennes nord-américaines ont annulé des dizaines de vols vers plusieurs villes mexicaines. Air Canada a temporairement suspendu ses vols à Puerto Vallarta. Delta Air Lines, American Airlines et Alaska Airlines ont également annoncé des vols déviés ou annulés, selon l’agence de presse Reuters.
Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent la panique aux aéroports de Puerto Vallarta et de Guadalajara, au Mexique. On y voit des voyageurs abandonner leurs bagages et se précipiter dans les aéroports pour se réfugier derrière des chaises et des comptoirs d’enregistrement. Des photos et des vidéos montrent également d’épaisses volutes de fumée s’élevant au-dessus de la ville de Puerto Vallarta, une importante agglomération de l’État de Jalisco.
Le Guatemala a placé ses forces de sécurité en alerte et renforcé la surveillance de sa frontière avec le Mexique, qui fait régulièrement l’objet d’incursions de gangs.
« Violent de nature »
Selon les autorités mexicaines, à 20H (2h GMT lundi), près de 90% des 229 barrages enregistrés dans le pays avaient été levés.
Christopher Landau, sous-secrétaire d’État américain, a qualifié la mort du narcotrafiquant de « grande victoire pour le Mexique, les États-Unis, l’Amérique latine et le monde entier ».
Le CJNG, que Nemesio Oseguera avait formé en 2009, a été qualifiée en 2025 d’organisation terroriste par les États-Unis, qui l’accusent de trafic de cocaïne, d’héroïne, de méthamphétamine et de fentanyl. Le criminel, « violent de nature » selon le spécialiste du narcotrafic José Reveles, s’en prenait de front aux autorités, quand d’autres organisations similaires restaient sur la défensive. Le 20 juin 2020, il avait lancé une attaque sans précédent contre l’actuel secrétaire fédéral à la Sécurité publique, Omar García Harfuch, alors chef de la police de la capitale, blessant celui-ci. Trois personnes avaient trouvé la mort, dont deux gardes du corps.
Cinq ans plus tôt, son cartel avait déjà tiré sur la toute nouvelle Gendarmerie nationale du Jalisco, puis tendu un guet-apens à un convoi de policiers de cet État de l’ouest mexicain. Ses narcos avaient alors abattu un hélicoptère militaire au lance-roquettes et provoqué barrages et incendies. Des dizaines de personnes avaient trouvé la mort, dont 20 policiers et neuf militaires.
Divorcé, Oseguera avait trois enfants. Son ex-épouse et deux de ses fils ont été emprisonnés. Elle a été relâchée, tandis que son aîné, alias « El Menchito », a écopé de la perpétuité aux États-Unis.
Plus de 450.000 morts et plus de 100.000 disparus depuis 2006
Le cartel est l’un des plus violents au Mexique, selon le département d’État qui le décrit comme un « transnational, présent dans presque tout le Mexique », pratiquant l’extorsion, le trafic de migrants, vole du pétrole et des minerais, et commerce des armes.
Pendant longtemps, il n’a pas réussi à rivaliser avec les cartels qui contrôlaient la frontière avec les États-Unis. Il s’est alors tourné vers d’autres marchés. « L’Europe, l’Asie, l’Afrique et même l’Australie étaient moins disputées par les Mexicains, et là-bas la drogue se paie plus cher », explique José Reveles, écrivain spécialiste du narcotrafic. Les violences liées aux cartels ont fait plus de 450.000 morts et plus de 100.000 disparus depuis 2006 au Mexique, selon les chiffres officiels.

