Le Somaliland courtise les États-Unis avec ses minerais et des bases militaires pour obtenir sa reconnaissance
Pour séduire les États-Unis, le Somaliland est prêt à leur accorder un accès privilégié à ses minerais et des bases militaires, comme l’a fait savoir Khadar Hussein Abdi, ministre de la Présidence samedi 21 février. Le territoire, qui a fait sécession avec la Somalie en 1991, n’est pas reconnu par la communauté internationale. Seul Israël l’a reconnu, il y a deux mois seulement.
« Nous sommes prêts à accorder des exclusivités (minières) aux États-Unis. Nous sommes également ouverts à l’idée d’offrir des bases militaires aux États-Unis. » Le Somaliland, un territoire ayant fait sécession de la Somalie en 1991, continue de chercher à obtenir une reconnaissance internationale. Et pour y parvenir, les autorités veulent se servir de la richesse de leurs sols mais aussi de leur situation géographique avantageuse.
Washington dispose déjà d’une base navale à Djibouti, le pays voisin. Une localisation très stratégique puisque les deux pays se trouvent à l’entrée du détroit de Bab-el-Mandeb, entre la mer Rouge et le golfe d’Aden, l’une des routes commerciales les plus fréquentées du monde, reliant l’océan Indien au canal de Suez.
D’après le ministère de l’Énergie et des Minerais somalilandais, les sols du pays regorgent de tantale, de lithium, de niobium et de coltan, bien que pour l’heure, il n’y a pas d’études indépendantes à ce sujet. Ce territoire autonome compte malgré tout sur cet argument pour convaincre les États-Unis de reconnaître son existence, comme l’a fait Israël à la fin du mois de décembre dernier. Un partenariat stratégique doit être signé avec Tel-Aviv. Le président somalilandais Abdirahman Mohamed Abdullahi, surnommé « Irro », avait déjà ouvertement envisagé ces dernières semaines d’accorder à Israël un accès privilégié à ses ressources minières.
« Nous pensons que nous nous mettrons d’accord sur quelque chose avec les États-Unis », a indiqué Khadar Hussein Abdi lors d’un entretien avec l’AFP dans son palais présidentiel, réalisé samedi 21 février.
Après cette proposition du Somaliland, reste à savoir ce qu’en pense les Américains. Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, les États-Unis ont adopté une diplomatie très pragmatique vis-à-vis des pays dont les sous-sols regorgent de ressources pouvant profiter à son économie. Et depuis plusieurs mois, certaines voix du camp des républicains plaident pour la reconnaissance du territoire, dont celle du sénateur du Texas Ted Cruz.
Pas sûr pour autant que cette demande du Somaliland ne reste pas lettre morte auprès de Donald Trump, notamment après les propos qu’il a tenus suite à la reconnaissance par Israël de ce territoire autoproclamé autonome. Interrogé sur une démarche similaire des États-Unis, il avait d’abord répondu par la négative, avant de préciser qu’il allait étudier la question puis d’ajouter: « Est-ce qu’il y a vraiment des gens qui savent ce qu’est le Somaliland? »
Un positionnement sécuritaire stratégique
Les analystes régionaux estiment que le rapprochement d’Israël avec le Somaliland est pour beaucoup lié à sa position avantageuse, face au Yémen, où les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, ont mené de nombreuses attaques contre Israël depuis le début de la guerre à Gaza.
Hargeisa avait initialement qualifié d‘ »allégation sans fondement » l’attribution éventuelle d’une base militaire à Israël. Cette base, si elle devait être avalisée, aurait un puissant impact sécuritaire pour un pays jusqu’ici plutôt sûr, alors que la reconnaissance israélienne a suscité des menaces de la part des Houtis et des islamistes shebab, liés à Al-Qaïda, qui mènent une guerre contre le fragile État somalien depuis 20 ans.
Le Somaliland est un territoire encore pauvre. Les autorités ambitionnent de financer le développement par l’exploitation de ses sols, à mesure que ses soutiens internationaux se multiplieront. Mogadiscio revendique toujours son contrôle sur le territoire, appuyé par une grande partie de la communauté internationale, et notamment le monde musulman, soucieux d’éviter tout soutien à un mouvement apparemment sécessionniste.
La Turquie, important partenaire de la Somalie, « doit parler avec nous, pas avec Mogadiscio », qui « n’est pas un État fonctionnel », a réagi Khadar Hussein Abdi. « Ce sont des factions fragmentées qui siègent à Mogadiscio. Elles ne sont d’accord sur rien. Elles ne s’accordent pas sur une voie électorale. Elles ne s’accordent pas sur une Constitution, a-t-il poursuivi. Se concentrer là-dessus n’aide pas la sécurité de la région. »

