Production et valorisation du sel à Kaolack : « Le Comptoir du Sel » montre l’exemple

Faire du sel du Sénégal un label de qualité, leader sur le marché régional et compétitif à l’international : « Le Comptoir du Sel », une entreprise qui s’active depuis une dizaine d’années dans la filière, en a fait son combat. Nichée à Kaolack, zone de production par excellence, l’entreprise s’appuie sur son unité de production, « Les Marais salants de Sing-Sing », pour s’imposer progressivement comme une référence nationale.

KAOLACK – Implanté à Sing-Sing, localité située à quelques encablures de la capitale du Saloum, le site de production s’étend sur plus de 100 hectares dédiés à la promotion du sel local. Implantée sur un bras du fleuve Sine-Saloum, l’exploitation bénéficie d’un accès direct à la mer, un atout stratégique majeur. « Être à proximité de la mer est une position stratégique. Dans ces domaines d’activité, l’accessibilité est un facteur déterminant », renseigne Demba Ndiaye, responsable du site de production des « Marais salants de Sing-Sing ». Le sel récolté sur ces vastes étendues est exclusivement destiné à l’usine « Le Comptoir du Sel », spécialisée dans le conditionnement du sel de mer, destiné aussi bien aux tables des ménages qu’aux industries agroalimentaires du pays. Dans cette partie du Sine-Saloum, la production du sel repose essentiellement sur une exploitation artisanale ou semi-industrielle. Dans les « Marais salants de Sing-Sing », la fabrication du sel répond à des critères rigoureux. De la préparation du terrain au produit final, tout est minutieusement scruté. « Il faut impérativement un sol argileux afin d’éviter toute infiltration d’eau. Nous aménageons des digues pour contrôler l’écoulement », explique Demba Ndiaye.

Vient ensuite le captage de l’eau salée, pompée directement depuis la mer grâce à de puissantes motopompes, puis acheminée vers des bassins. L’étape clé reste l’évaporation solaire. Sous l’effet combiné du soleil et du vent, l’eau s’évapore progressivement. « La concentration en sel augmente jusqu’à la cristallisation. Cette phase peut durer plusieurs jours selon l’ensoleillement. À un certain degré de saturation, les cristaux se forment au fond des bassins », détaille Fallou Thiam, ingénieur et responsable du site industriel du Comptoir du Sel, qui travaille en collaboration directe avec le site pour contrôler la matière première destinée à l’usine. Après toutes ces étapes vient la récolte. Le sel est raclé manuellement à l’aide de pelles et de râteaux, avant d’être acheminé vers l’usine pour le conditionnement. Durant cette période, l’entreprise fait souvent appel à la main-d’œuvre locale. « Des femmes et des jeunes viennent travailler ici. La récolte peut durer jusqu’à deux mois. Cela contribue à la création d’emplois», ajoute Demba Ndiaye. En temps normal, 15 personnes travaillent quotidiennement sur le site. Selon son responsable, en haute saison, l’effectif peut atteindre 120 employés. Sous l’impulsion de sa directrice, Mme Sy Awa Sarr Rivet, la superficie exploitée est passée de 3 hectares en 2019 à plus de 100 hectares, aujourd’hui. Une progression rendue possible grâce à l’abnégation et à la résilience de la promotrice, mais surtout grâce à l’accompagnement des partenaires et des structures d’appui. « Mon désir d’entreprendre est né d’un simple constat. Premier producteur de sel de la région, nous étions pourtant obligés d’importer du sel pour la consommation et pour l’industrie agroalimentaire. J’ai identifié un créneau et je m’y suis engagée », confie Mme Sy.

Malgré les contraintes, « Le Comptoir du Sel » parvient à tirer son épingle du jeu, grâce notamment à des partenaires techniques étrangers. Mais pour la promotrice, une véritable inclusion financière demeure indispensable. « L’État doit faire confiance aux entrepreneurs qui prennent des risques et réfléchir aux mécanismes d’accompagnement adaptés », plaide Mme Sy, géographe de formation, titulaire d’un master en aménagement du territoire et développement local. De retour dans son Saloum natal, après une riche carrière entre le Sénégal, la France, le Canada, l’Ouganda et le Kenya, elle s’illustre aujourd’hui dans la filière sel avec sa marque « Xorom Nala », un produit 100 % made in Sénégal déjà visible sur le marché local. À Kaolack, « Le Comptoir du Sel » apparaît ainsi comme une réponse concrète aux défis économiques. Il participe à la création d’emplois pour les jeunes et les femmes, tout en valorisant les ressources locales.

Par Mamadou THIAM (Correspondant)
LESOLEIL

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