Niger: le général Tiani se dit prêt à restituer à Orano l’uranium produit avant la nationalisation de la mine de la Somaïr
Le chef de l’État nigérien, le général Abdourahamane Tiani, a ouvert ce vendredi 13 février 2026 la porte à une restitution partielle de l’uranium exploité par l’entreprise française Orano. Orano avait dénoncé son « expropriation » de la mine de la Somaïr qu’elle exploitait et qui a été nationalisée en juin 2025.
Le sujet restait brûlant entre la France et le Niger. Dans un entretien diffusé à la télévision nationale RTN ce vendredi 13 février, le chef de l’État nigérien, le général Abdourahamane Tiani, a ouvert la porte à une restitution partielle de l’uranium produit par Orano à la France. Un geste qui intervient au cœur d’un bras de fer qui empoisonne les relations entre Niamey et Paris depuis des mois.
Le litige porte sur l’uranium extrait par l’entreprise française Orano à la mine de la Somaïr, à Arlit, dans le nord du Niger. Le site a été nationalisé en juin 2025, un geste dénoncé par Orano d’« expropriation ». Le Niger invoque sa souveraineté sur ses matières premières.
Ce qui appartient à la France, ce qui appartient au Niger
Dans son entretien, le général Tiani parle d’un stock constitué avant la prise de contrôle de la mine par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), qui représente 156.231 tonnes d’uranium. Sur cette quantité, la part revenant à Orano est de 63,4%. Le chiffre correspond à son ancienne participation dans la Somaïr. Les 36,6% restants appartiennent à la société publique nigérienne Sopamin.
« La France a ses 63,4% de 156.231 tonnes », a affirmé Abdourahamane Tiani. « S’ils veulent demain qu’on leur envoie ça, nous payons nous-mêmes le transport pour leur envoyer parce qu’ils étaient là au moment où ça a été produit », a ajouté le président nigérien.
La formule sonne comme une concession mais le général Tiani a immédiatement précisé la limite de cette ouverture: « Tout ce qui a été produit par la suite est nigérien. Et restera nigérien, inshallah. » Pour le chef de l’État nigérien, le partage est simple: Orano avait investi et exploité la mine pendant des décennies, la France peut donc récupérer la part du stock produit sous son contrôle. Mais après la prise de pouvoir du CNSP, le groupe français a, selon Abdourahamane Tiani, « arrêté tout investissement », retiré son personnel et déconnecté les serveurs.
C’est alors l’État nigérien et la Sopamin qui ont dû mobiliser plus de 24 milliards de francs CFA pour maintenir l’outil de production. Tout ce qui a été produit depuis appartient donc au Niger, affirme le président nigérien. Contacté par RFI, Orano n’avait pas réagi aux propos du général Tiani au moment de la publication de cet article.
Un conflit judiciaire en parallèle
L’ouverture diplomatique du président nigérien intervient dans un contexte judiciaire tendu. Côté français, deux procédures ont été engagées. La première devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI). La seconde devant la justice française: en décembre, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour vol en bande organisée dans le but de servir les intérêts d’une puissance étrangère.
Le Niger a annoncé de son côté début février sa propre intention de porter plainte contre Orano. Niamey avance notamment les préjudices environnementaux causés durant les décennies d’exploitation du site par le groupe français
Depuis le coup d’État de juillet 2023, les autorités nigériennes ont engagé un mouvement de reprise en main de leurs ressources stratégiques, en rupture avec les partenariats occidentaux hérités des décennies précédentes. La nationalisation de la Somaïr en juin 2025 s’inscrit dans cette logique, de même que les négociations en cours avec la China National Petroleum Corporation sur les termes du contrat pétrolier, selon l’agence Bloomberg.
« L’accord initial était complètement défavorable au Niger », a affirmé Abdourahamane Tiani au sujet du contrat pétrolier avec la Chine, ajoutant avoir demandé une révision pour « ne pas reproduire les erreurs commises avec l’uranium ».

