Cinéma sénégalais à l’horizon 2030: les acteurs se penchent sur un nouveau plan
Le cinéma Seaplaza a abrité hier, mardi 10 février 2026, la cérémonie d’ouverture officielle de l’atelier d’orientation du Plan stratégique de développement du cinéma, de l’audiovisuel et de la création numérique 2026-2030. Pendant trois jours (10 au 12 février), professionnels, universitaires et autorités publiques vont réfléchir collectivement à l’avenir de l’industrie cinématographique sénégalaise.
Prenant la parole, le directeur de la cinématographie, Germain Coly, a présenté les termes de référence de l’atelier. Selon lui, la rencontre vise à construire une stratégie nationale capable d’exploiter pleinement le potentiel économique du secteur de l’image, dont les revenus pourraient être multipliés par quatre à moyen terme.
L’atelier repose sur une démarche participative : ce sont les professionnels eux-mêmes qui définiront les orientations du secteur, avec un horizon 2030 et une projection vers 2050.
Quatre piliers structurent la réflexion : Formation et patrimoine (transmission des savoirs et sauvegarde de la mémoire cinématographique) ; Économie et cadre légal (modernisation de la fiscalité et mécanismes de financement) ; Marché et diffusion (meilleure distribution des œuvres et accès aux plateformes numériques ; enfin la Gouvernance avec la structuration du secteur et la transparence des procédures.
Les travaux doivent aboutir à des recommandations concrètes, un rapport de synthèse et un tableau des priorités stratégiques, accompagnés d’un comité de suivi chargé d’assurer l’application des décisions.
Dans son discours d’ouverture, le ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme Amadou Ba a rappelé que le Sénégal demeure « une terre de cinéma », héritière d’Ousmane Sembène, Safi Faye ou Paulin Soumanou Vieyra. Les productions nationales ont d’ailleurs remporté de nombreuses distinctions internationales ces dernières années.
Mais derrière ces succès subsistent plusieurs contraintes : insuffisance d’infrastructures de diffusion, faibles mécanismes de financement, étroitesse du marché intérieur, besoin de formation professionnelle et la nécessité d’adaptation technologique. L’État ambitionne ainsi de transformer le cinéma en véritable industrie créatrice d’emplois, notamment par la création d’un Centre national de la cinématographie et la mise en place de financements innovants.
Numérique, IA et formation au cœur des perspectives
Le ministre a insisté sur l’importance des nouvelles technologies, notamment le numérique et l’intelligence artificielle, pour réduire les coûts de production et valoriser le patrimoine culturel.
De son côté, le professeur Bacary Sarr, ministre secrétaire d’état aux industries créatives et du patrimoine, intervenant en marge de la cérémonie, a souligné l’enjeu académique et culturel : le cinéma doit contribuer à la construction d’une conscience citoyenne et à la transmission des identités.
Parmi les perspectives évoquées, on envisage la création d’une cité du cinéma et de l’audiovisuel, le renforcement du capital humain, des synergies avec le tourisme et l’artisanat, l’attractivité pour les tournages internationaux et l’insertion professionnelle inclusive.
Les conclusions de cet atelier alimenteront les futurs États généraux de la culture. L’objectif final est de bâtir une politique culturelle cohérente et durable, faisant du cinéma un levier économique et identitaire majeur du Sénégal. Pendant trois jours, les acteurs du secteur tenteront donc d’esquisser une nouvelle trajectoire pour le 7ᵉ art national entre héritage, modernité et ambitions industrielles.
LAMINE DIEDHIOU
SUDQUOTIDIEN

