Or, terres agricoles, ports maritimes… Comment les Émirats arabes unis investissent l’Afrique
Depuis quinze ans, les Émirats arabes unis sont de plus en plus investis sur le continent africain. L’or, les terres agricoles fertiles ou encore les nombreux ports maritimes font la convoitise de cet État pétrolier. Selon l’ONG Swissaide, la quasi-totalité de l’or extrait du sol soudanais est exporté vers Dubaï.
Abou Dhabi, Dubaï… Les Émirats arabes unis jouent un rôle grandissant en Afrique. Au delà de l’aspect économique, Abou Dhabi est aussi accusé d’avoir apporté de l’aide logistique aux paramilitaires des Forces de soutien rapides (FSR) accusés de crimes de masse dans le conflit au Soudan. En décembre 2025, des images publiées par le média The Middle East Eye ont montré des avions affrétés en Somalie qui serviraient à acheminer des armes à la milice dirigée par le général Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti ».
Le Soudan est en proie à un conflit depuis avril 2023. Les combats entre l’armée et les FSR ayant fait des dizaines de milliers de morts et déplacé 11 millions de personnes. Les tensions frontalières se sont accrues depuis octobre, date à laquelle les FSR se sont emparées d’El-Fasher, le dernier bastion de l’armée au Darfour, suscitant la condamnation de la communauté internationale face aux informations faisant état de massacres, d’exécutions sommaires et de viols systématiques. L’armée soudanaise a accusé à plusieurs reprises les Émirats arabes unis de fournir des armes aux FSR et de recruter des mercenaires transitant par le Tchad, la Libye, le Kenya ou la Somalie.
Abou Dhabi nie en bloc ces accusations et son implication militaire en faveur des FSR, mais plusieurs rapports d’experts et enquêtes journalistiques avancent le contraire. « Les Émirats arabes unis fournissent désormais des armes aux FSR parce qu’ils ont des intérêts dans les terres agricoles, l’exploitation aurifère et la côte de la Mer Rouge », affirme notamment Abdelmoneim Abu Idris Ali, journaliste de l’AFP au Soudan.
Selon l’ONG Swissaide, la quasi-totalité de l’or extrait du sol soudanais est exporté vers Dubaï. Ces dernières années, les Émirats arabes unis ont également acquis des centaines de milliers d’hectares de terres fertiles dans ce pays, le troisième plus grand d’Afrique, en conflit.
Une base militaire à Berbera
Mais les ambitions d’Abu Dhabi ne se limitent pas au Soudan, comme en témoigne l’impressionnant réseau de ports détenus par le pétro-État sur tout le continent africain. Pas moins de huit: en Algérie, en Égypte, au Somaliland, au Rwanda, en Tanzanie, au Mozambique, en Angola ou encore au Sénégal, à travers sa firme DP World. La Corne de l’Afrique constitue l’avant-poste de cette expansion.
En 2016, le Somaliland, territoire autoproclamé indépendant en quête de soutiens financiers et diplomatiques, a attribué la concession du port de Berbera, non loin de Bosaso, à Abu Dhabi. Depuis, le site a triplé sa capacité. « Nous sommes désormais en mesure d’accueillir des navires de toutes tailles à Berbera », commente Ahmad Bin Sulayem, le président-directeur général de DP World. « La situation du port est unique: elle est très proche de l’Éthiopie et située sur la route maritime reliant l’Inde et l’Extrême-Orient au canal de Suez. C’est donc un emplacement très stratégique. »
Dans la foulée, les Émirats arabes unis ont construit une base militaire à Berbera. De là, ils ravitaillent les factions qu’ils soutiennent sur un autre théâtre de guerre, le Yémen. Ces agissements irritent de plus en plus la Somalie qui considère le Somaliland comme son territoire. Le 12 janvier, Mogadiscio a mis fin à tous ses accords de coopération avec Abu Dhabi et interdit aux avions militaires émiriens d’atterrir sur le sol somalien.
Des agissements qui exaspèrent aussi Riyad, considéré comme le grand frère d’Abu Dhabi. Des tensions sont apparus ces dernières semaines entre les deux États pétroliers. L’Arabie saoudite voit d’un mauvais œil les ambitions régionales de son voisin.
SOURCE TV5

