Valorisation des phosphates: Ousmane Sonko veut s’inspirer du modèle marocain
Le Premier ministre Ousmane Sonko a bouclé, hier, mercredi, sa visite officielle au Maroc par une immersion au cœur du Groupe Ocp, leader mondial de l’extraction et de la transformation des phosphates. Une visite marquée par une annonce forte : le Sénégal entend tourner la page de l’exportation brute de ses phosphates pour s’engager dans leur transformation locale.
« Nous allons mettre un terme à ce que nous faisons actuellement au Sénégal pour nous inspirer du modèle marocain avec le Groupe Ocp », a déclaré le chef du gouvernement, Ousmane Sonko, hier, mercredi 28 janvier, au Maroc, lors de sa visite au Groupe Ocp, leader mondial dans le domaine du phosphate. Il s’adressait à une trentaine d’étudiants sénégalais de l’Université polytechnique Mohammed VI répartis dans différentes filières scientifiques et techniques. Pour le Premier ministre, le constat est sans appel. « Depuis 1977, les Industries chimiques du Sénégal (Ics) font exactement ce que le Maroc faisait dans le passé : exporter des matières premières phosphatées », a-t-il rappelé. À la différence près que le Royaume chérifien a, à un moment clé de son histoire industrielle, fait le choix stratégique de transformer sur place ses ressources. « Sa Majesté a dit stop, pour que le Maroc exploite ses phosphates localement. C’est cette transformation qui a fait du Groupe Ocp le numéro un mondial dans l’extraction et la production d’engrais », a souligné M. Sonko.
Le chef du gouvernement a également pointé une contradiction majeure : malgré d’importantes réserves de phosphates, le Sénégal peine encore à fournir suffisamment d’engrais à ses propres producteurs agricoles. « Nous avons du mal à avoir de l’engrais pour nos producteurs, alors que nous disposons de ressources importantes. Nous avons décidé d’y mettre un terme », a-t-il affirmé. Dans cette perspective, le Sénégal entend s’appuyer sur l’expertise marocaine et sur l’excellence du modèle Ocp, d’autant plus que les relations entre Dakar et Rabat sont jugées solides et stratégiques. « Il y a de bonnes perspectives pour le Sénégal, compte tenu des bonnes relations entre nos deux pays », a estimé Ousmane Sonko.
Le gouvernement prévoit ainsi la mise en place d’une nouvelle structure dédiée à une meilleure exploitation des réserves nationales de phosphates, avec un double objectif : satisfaire les besoins nationaux en engrais et exporter des produits à plus forte valeur ajoutée. Vers une transformation locale et la recherche Au-delà de l’industrie, le Premier ministre a insisté sur la nécessité d’un accompagnement scientifique et académique. « Nous allons mettre en place des filières de recherche universitaire pour mieux accompagner cette ambition », a-t-il annoncé, soulignant le rôle clé du capital humain dans la réussite de cette transformation structurelle. Près de 68 % des réserves mondiales de phosphates sont détenues par le Maroc, un atout géostratégique majeur qui confère au Groupe Ocp une place centrale dans la sécurité alimentaire mondiale. Une expérience dont le Sénégal entend désormais s’inspirer pour bâtir une industrie phosphatière plus souveraine, intégrée et créatrice de valeur.
Moussa DIOP, Envoyé spécial au Maroc

