Dialogue national et enjeux de gouvernance …(Par Abdou Fall)

Le dialogue national sera lancé le 30 mai 2023. C’est un moment important dans la vie de notre pays qui a fait le choix radical   d’emprunter  la voie  de la construction démocratique de son développement. 

Autrement dit, notre  pari est de réussir l’émergence et le développement sous un régime de strict respect des  libertés individuelles et collectives .

 Rappeler ce choix est absolument nécessaire ; Pour remettre au goût du jour  notre option d’une doctrine d’exception à travers le monde . 

En effet, la règle , en général , c’est  » développement » d’abord ,  « Libertés » après. 

Il est bien amusant sous ce rapport de souvent entendre nombre d’intellectuels et hommes politiques de chez nous ,  donneurs de leçons à souhaits et spécialistes en auto-dénigrements , vanter les performances économiques et sociales de pays présentés comme références en matière d’acquis de développement . Avec par ailleurs des vertus « revolutionnaires  » qui font sourire.  Ils prennent soin toutefois de  ne point  s’attarder sur le contexte et les moyens  politiques de ces performances. Les tendances lourdes sont d’y opposer prospérité et  libertés. 

 En Asie , en Afrique et partout ailleurs à travers le monde , les nations citées en exemples de pays émergents sont pour l’essentiel , pour ne pas dire toutes , des régimes d’autorité .

C’est à l’honneur de notre peuple et de ses dirigeants d’avoir su garder en toutes circonstances cette  volonté commune de combiner libertés politiques et progrès économiques et sociaux  .

C’est bien la raison pour laquelle il est fondamental de s’interroger sur ce qui nous arrive aujourdhui en y portant un regard juste , lucide et serein.

Pas d’autosatisfaction certes ; Mais pas d’auto-flagellation non plus , encore  moins de  catastrophisme .
Le Sénégal est fier d’être  un pays en développement qui partage les crises des grandes et vieilles nations de démocratie dont les états ont achevé depuis longtemps de construire , souvent  par la domination et la  force des armes  ,  les bases du développement de leurs pays. 

Nous nous sommes alignés sur les standards démocratiques du modèle que nous avons en  partage avec ces nations sans être sur les mêmes  niveaux de richesses . 

Notre conviction est que les gaps de développement ne doivent en aucun cas justifier un déficit quelconque dans la prise en charge et la  satisfaction de l’aspiration irrépressible  des individus et des peuples à la liberté, la paix et la démocratie. 


Or, nous vivons un monde et une époque traversés par deux  crises majeures : la crise des inégalités en matière d’accès équitable aux revenus  et la crise du modèle de démocratie représentative classique .
Les inégalités sociales et territoriales , les discriminations et exclusions deviennent de plus en plus insupportables pour des millions de  citoyens  de par le monde .

 Les mêmes citoyens manifestent de plus en plus leur  défiance à un modèle de démocratie qui s’ accomode de  tels systèmes d’inégalités. Des réponses diverses  sont en train d’être apportées à ces grands défis de notre époque ,  y compris dans  notre pays , mais il n’en reste pas moins que les colères citoyennes continuent de  traverser le monde entier . En particulier dans les régimes démocratiques où la culture de tolérance qui y est la règle donne lieu à des formes d’abus et de violences  tout à fait excessives dans le contexte de pays où les libertés fondamentales sont garanties aux citoyens . 

En résumé, le monde traverse  un grand moment populiste . Mais il faut le répéter, ce populisme n’est possible que dans un pays de  démocratie . Il est impossible sous d’autres  régimes politiques à travers le monde  .

C’est pourquoi il est d’une necessité absolue que le dialogue national auquel appelle le Président Macky Sall et qui répond à l’attente des citoyens Sénégalais dans leur écrasante majorité donne l’occasion d’un débat de fond sur notre  modèle de démocratie et le socle républicain qui en constitue la fondation 
On ne le répétera jamais assez :  » L ‘état trop fort nous écrase . L’état faible nous met en péril  » . Or, dans le cours actuel de notre histoire, avec l’état d’esprit entretenu dans des segments non négligeables d’une certaine opinion , les logiques de défiance à l’état de droit et  à l’autorité de  l’état prennent des proportions et une amplitude dont le pays aurait tort de s’accommoder .

 Le constat est certes rassurant du fonctionnement régulier des institutions, de la marche normale des administrations et des entreprises et  d’une vie sociale des plus ordinaires. Mais il n’en reste pas moins que les actes de violence assumés et injustifiés ,  les incivilités et abus de langage mortifères dépassent le seuil de tolérance acceptable dans une société de civilités et de pudeur comme la nôtre  Il faut le dire de façon nette et sans ambages. On ne peut   être à la fois du camp de la démocratie et de la guerre civile !
Ne nous voilons pas la face . Si on veut être juste , le préalable du strict  respect de notre pacte républicain fondé sur l’affirmation par  tous de notre attachement à la république et ses valeurs, l’état de droit , la démocratie, l’unité et la cohésion nationale , la tolérance et la paix civile sont des exigences non négociables pour toute partie prenante au dialogue et à la concertation que le Sénégal est en train d’expérimenter avec brio comme modalité d’exercice d’une démocratie de compromis . 


Le dialogue national du 30 mai prochain marquerait un tournant dans notre trajectoire démocratique s’il en sortait, parmi les résultats majeurs, un consensus national sur un dispositif de suivi et des mécanismes d’une gouvernance de type nouveau du pays . 

En matière de gouvernance politique , l’experience Bennoo aura marqué notre pays par sa longévité et son originalité en termes de consensus autour d’un programme commun et en termes de partage équitable des rôles et des responsabilités dans l’exercice du pouvoir . Toutes aussi remarquables ont été les concertations nationales initiées par le Président Macky Sall ayant debouché sur des consensus forts de nature à  garantir une gestion juste , équitable et transparente des ressources naturelles du pays , élevées par loi constitutionnelle au rang de « propriété du peuple « . 

Ces belles et grandes expériences doivent être  suffisamment inspirantes pour donner lieu à la conception d’organes innovants de perfectionnement de notre pratique démocratique. 

Le Sénégal doit cesser d’être l’otage d’activistes et agitateurs  politiques pour rétablir l’état dans toute sa dignité  et replacer le citoyen au cœur du projet de construction nationale . Les enjeux de gouvernance sont parmi  les grands sujets de notre époque.  

Le Président Macky Sall , en lançant le dialogue , reste le maître du jeu pour renforcer l’état dans toute son autorité et pour ouvrir au pays de nouvelles perspectives d’une gouvernance encore plus inclusive , délibérative et participative.

 Le Sénégal restera la démocratie de référence qui fait notre fierté si les concertations sereines du dialogue national débouchaient ,  avec le tournant de l’échéance majeure de 2024 ,  sur un contrat rénové et renforcé de gestion de l’état et de notre modèle républicain et démocratique.

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