Rencontre préparatoire de la conférence des nations unies à Abu Dhabi : crise de l’eau, un sursaut mondial exigé
Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye a ouvert ce lundi à Diamniadio, la rencontre préparatoire haut niveau de la Conférence des Nations-Unies sur l’eau prévue du 02 au 04 décembre 2026 à Abu Dhabi, aux Emirats arabes unis. A cette occasion, le chef de l’Etat a qualifié la crise mondiale de l’eau qui affecte plus de deux milliards de personnes est « moralement inacceptable » et a plaidé pour que la rencontre d’Abu Dhabi constitue un moment d’engament pour des solutions concrètes à ce fléau qui constitue une menace pour la stabilité mondiale.
A moins de cinq ans de l’échéance fixée pour l’atteinte de l’objectif de développement durable numéro 6 de (ODD 6, consacré à l’accès universel à l’eau et à l’assainissement, le président de la République a estimé que la réussite du pari d’ici 2030 est incertaine. Il a toutefois souligné la nécessité de poursuivre les efforts dans le cadre d’un multilatéralisme renforcé, afin de permettre aux milliards de personnes confrontées au manque d’eau et au déficit d’assainissement, d’accéder à ces besoins essentiels.
Rappelant l’ampleur des besoins à l’échelle planétaire, Bassirou Diomaye Faye a cité les statistiques de l’Organisation des Nations Unies, selon lesquelles, « 2,2 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à une eau potable sûre et près de 3,5 milliards restent privés de services d’assainissement adéquats ». Il a ajouté que près de quatre milliards de personnes subissent chaque année les effets d« une pénurie d’eau sévère au moins un mois par an ». Une situation qui constitue une menace pour la stabilité du monde et fragilisent les économies. « C’est une situation moralement inacceptable. Et tant qu’elle persistera, notre responsabilité collective restera engagée, car les crises de l’eau alimentent les crises alimentaires, fragilisent les économies, déplacent les populations et exacerbent les tensions » a-t-il déclaré, rappelant que la résolution de cette crise relève la responsabilité collective de l’ensemble des Etats.
Le président Faye a souligné que l’Afrique figure parmi les régions les plus touchées, avec près de 40% de la population privée d’accès à l’eau potable et plus de 70% dépourvues de services d’assainissement de base. Il a également insisté sur le rôle central de l’eau face aux défis économiques et au changement climatique, faisant observer que « l’eau agit sur le climat, de même le climat détermine la disponibilité et la qualité des ressources en eau. Et , le changement climatique perturbe considérablement les cycles de l’eau, entraînant sécheresse, inondations, fonte des glaces du fait du réchauffement climatique » .
« La conférence d’Abu Dhabi ne doit pas être une rencontre comme les autres »
Face à cette situation, le chef de l’Etat a jugé urgent de faire de la rencontre d’Abu Dhabi, un moment d’engagement et d’action concrète pour endiguer cette crise qui affecte une large frange de la population mondiale. Il a souligné l’importance de cette réunion préparatoire de Dakar qu’il a qualifiée de « date marquante » au regard de la qualité et du nombre des participants parmi lesquels figurent des dirigeants, des experts de renom et partenaires financiers. Cette mobilisation traduit selon lui, « l’importance politique que la communauté internationale accorde à l’eau et à l’environnement ».
Dans cette optique, Bassirou Diomaye Faye a plaidé pour la conférence prévue en décembre prochain à Abou Dhabi ne soit pas un simple rendez-vous supplémentaire. « La conférence de 2026 ne devra pas être une rencontre de plus, mais un moment de bascule par lequel la communauté internationale agira pour bâtir des réponses inclusives et durables face aux défis de l’eau, du climat, en mobilisant États, collectivités territoriales, secteurs privés, sociétés civiles, scientifiques, communautés locales, jeunes et femmes, dans un bel élan de solidarité et de complémentarité » a-t-il soutenu.
Convaincu que cette rencontre devra marquer une rupture dans la politique mondiale de l’eau le président sénégalais a appelé à des engagements concrets, assortis d’objectifs précis et mesurables, ainsi qu’à un suivi rigoureux de leur mise en œuvre dans le temps et dans l’espace. « La conférence devra apporter des engagements concrets, mesurables et suivis dans le temps. Elle devra aussi apporter une meilleure coordination des initiatives pour éviter la dispersion et une mobilisation accrue des financements pour réaliser des investissements adéquats » a-t-il affirmé.
Il a également invité à une réflexion profonde sur les mécanismes de financement et sur l’investissement dans les infrastructures hydrauliques, dont les retombées peuvent être déterminantes en matière d’emploi et de disponibilité de l’eau. « Les investissements, en particulier dans les infrastructures, sont capitaux pour la disponibilité de l’eau, sa maîtrise et son utilisation. Les retours sur investissement le sont tout autant, notamment en emploi décent, en croissance inclusive, en réduction des risques climatiques, en stabilité sociale et politique. Toutefois, l’effort d’investissement requis ne pourra être soutenable sans une réflexion renouvelée sur les mécanismes de financement, notamment l’accès à des financements concessionnels, l’innovation financière et la prise en compte du poids de la dette » a-t-il dit.
Selon le chef de l’Etat, ces investissements doivent être cohérents avec les besoins et les spécificités des territoires, ce qui implique l’association étroite des populations à l’élaboration et à la mise en œuvre des politiques. « Investir dans l’eau signifie investir dans un bien public mondial » mais cela nécessite à ses yeux « réflexions collectives “équitables et adaptées aux capacités de chacun. Aucune transformation durable ne sera possible sans les peuples eux-mêmes et avec les savoirs endogènes, les communautés locales et les peuples autochtones qui sont les premiers gardiens de l’eau ».
En concluant son intervention, Bassirou Diomaye Faye a appelé à « une dynamique inclusive que nous pourrons relever les défis et atteindre les objectifs de la Conférence des Nations unies sur l’eau. C’est pourquoi je me réjouis de la grande diversité des acteurs présents ici, à Dakar, pour la co-construction d’une feuille de route pertinente et efficace » a déclaré le Président sénégalais.
Au cours de ces deux jours de travaux, plusieurs thématiques seront abordées, dans le cadre des ateliers., parmi lesquelles figurent « l’eau pour les populations », « l’eau pour la prospérité », « l’eau pour la planète », « l’eau pour la coopération », « l’eau dans les processus multilatéraux » et « les investissements dans le domaine de l’eau ».
Daouda GUEYE

