« La vengeance restera l’une de nos priorités »: premier message de Mojtaba Khamenei, nouveau guide suprême iranien
Désigné guide suprême de l’Iran dimanche soir après la mort de son père Ali Khamenei, Mojtaba Khamenei a adressé jeudi son tout premier message à la nation et au monde. Un discours martial, diffusé par la télévision nationale iranienne, qui donne le ton de ce que sera sa direction du pays en temps de guerre.
Le message central de Mojtaba Khamenei est sans ambiguïté: le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux, restera bloqué. « Le levier du blocage d’Ormuz doit absolument être utilisé« , a-t-il insisté. Ce verrou stratégique, que l’Iran contrôle de facto, est désormais l’arme principale de Téhéran dans ce conflit déclenché le 28 février
Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les pays du Golfe réduisent leur production d’au moins 10 millions de barils par jour en raison de ce blocage. Une perturbation que l’AIE qualifie de « la plus importante de l’histoire » pour l’approvisionnement mondial en pétrole.
La vengeance comme priorité
Blessé lui-même dans une frappe et n’ayant pas encore fait d’apparition publique depuis sa désignation, le nouveau guide a juré de venger les victimes du conflit. « Une partie limitée de cette vengeance a été mise en oeuvre jusqu’à présent, mais tant qu’elle ne sera pas menée jusqu’au bout, cela restera l’une de nos priorités« , a-t-il déclaré dans ce discours lu par une présentatrice de la télévision nationale. Il a également exprimé sa « sincère gratitude aux combattants de l’Axe de la résistance » au Yémen, au Liban et en Irak pour leur soutien
Le nouveau guide a aussi appelé les pays voisins à expulser les forces militaires américaines installées sur leur sol. Un appel qui s’adresse directement aux monarchies du Golfe, dont plusieurs abritent des installations militaires américaines, et qui vise à isoler Washington sur le plan régional. Depuis le début de la guerre, l’Iran affirme ne viser que des cibles américaines avec ses missiles et drones, ce que réfutent les pays de la région.
Un contexte de menaces tous azimuts
Ce message intervient alors que la situation s’embrase sur plusieurs fronts simultanément. Des explosions ont secoué jeudi des infrastructures stratégiques à Bahreïn, en Arabie saoudite, au Koweït et à Oman. Au moins 23 navires ont été attaqués depuis le début du conflit. Les Gardiens de la Révolution ont d’ailleurs lancé, à la fin de la lecture du discours, des frappes sur des cibles américaines et israéliennes « en hommage à Khamenei et à sa famille« . Leur représentant Ali Fadavi a brandi la menace d’une « guerre d’usure » capable de « détruire l’économie américaine entière »
Face à cela, Donald Trump a déclaré que la nécessité de « stopper » l’Iran, cet « empire du mal » selon ses mots, primait sur la hausse des prix du pétrole. Mais son ministre de l’Énergie a reconnu que l’armée n’était « pas prête » à escorter des pétroliers dans le détroit. Pour l’analyste Pierre Razoux, de la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques, la Maison-Blanche « ignore les leçons de l’histoire » : face à un régime qui « n’a plus rien à perdre« , avertit-il, Téhéran « entretiendra une guerre d’usure contre les États-Unis et Israël pour les punir de leur agression. »

