Bombe humaine, « chair à canon »… Des vidéos de mercenaires ou soldats africains en Ukraine circulent sur les réseaux sociaux
Depuis le 11 janvier 2026, plusieurs vidéos de mercenaires présentés comme des Ougandais, combattant pour l’armée russe, circulent sur les réseaux sociaux. Certains chantent dans la neige en portant leur uniforme et leurs armes, tandis qu’un autre est filmé une mine anti-char autour du cou dans un espace souterrain. Il est menacé par un soldat russe s’il ne va pas au bout de la tranchée pour faire exploser un bunker ennemi.
Par Maëlys Boucher
Cette vidéo, postée sur X le 11 janvier 2026, montre une dizaine de soldats dans la neige qui semblent chanter « Omoto wa waka« , un chant qui servait à remonter le moral des combattants de l’armée de résistance nationale pendant la Guerre de brousse de 1981 à 1986 en Ouganda. La vidéo a vraisemblablement été filmée par un soldat russe que l’on entend en arrière plan: « Regardez combien de personnes jetables il y a ici.«
Depuis plusieurs mois, des soldats africains sont recrutés par la Russie pour aller sur le front. Ces hommes sont considérés comme de la « chair à canon« , a indiqué l’ambassadeur ukrainien en Afrique du Sud, Olexander Shcherba, au média The Telegraph. Ils renforcent les rangs russes, alors que Moscou semble faire face à des pertes humaines en forte augmentation.
Une vidéo partagée par le quotidien britannique montre également un soldat africain avec une mine autour du cou menacé, par une arme et criblé d’insultes racistes par un soldat russe, d’aller au bout de la tranchée pour faire exploser un bunker ennemi.
Interrogé par RFI, le chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (IFRI) et auteur d’une note sur la politique russe de recrutement en Afrique, explique que ses travaux ont mis « en évidence le fait que très souvent, ils étaient placés dans des unités qui étaient envoyées en première ligne dans les zones les plus dangereuses, souvent pour détecter les positions ukrainiennes. Et donc c’est sans doute ce que veut dire ce commentaire de jetable, puisque du coup, le taux de décès est élevé dans ces unités puisqu’elles participent aux opérations les plus dangereuses ».
« L’intérêt, c’est de révéler qu’il y a des mercenaires dans l’armée russe. Le deuxième intérêt, c’est de contrer le narratif russe qui met en avant le fait que la Russie est aux côtés des pays africains pour les aider à lutter contre le néocolonialisme et pour leur développement », ajoute-t-il auprès de nos confrères.
Un ougandais recruté par la Russie témoigne
Sur une autre vidéo publiée sur X, des soldats africains sont victimes de drones ukrainiens. Dans cette vidéo publiée par le média kényan The Star, Richard Akantoran, raconte son parcours de l’Ouganda à la Russie. Ce père de famille explique qu’il gagnait peu d’argent alors quand on lui a proposé de partir en Russie pour travailler dans un supermarché, une usine ou encore en tant qu’agent de sécurité à l’aéroport, avec un bon salaire, il a accepté. Ils étaient quatre et pensaient aller travailler dans un supermarché, pas sur le front.
Une fois arrivés, c’est là que tout a basculé, les portes se sont ouvertes automatiquement et les russes leur ont dit: « Vous êtes venus ici pour rejoindre l’armée russe« . Ils n’étaient pas d’accord, alors les russes leur ont simplement expliqué qu’ils n’avaient pas d’autres choix, car les portes sont fermées. Menacés par une arme sur le cou, les quatre hommes ougandais ont du signer un contrat.
Richard raconte son parcours effroyable dans l’armée russe. Retenus dans le noir, au milieu d’une forêt, les soldats étrangers étaient battus et maltraités. « On mangeait que des biscuits et de l’eau. » Jusqu’au jour où il a fui en courant, demandé de l’aide et l’armée ukrainienne l’a pris en charge, en sécurité.
La Russie a développé un réseau de recrutement dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne. Selon une enquête de l’Institut français des relations internationales (IFRI), le recrutement prend la forme d’offres d’emplois attractives et s’est étendu dans des pays où les forces paramilitaires russes ne sont pas présentes.
Le package de recrutement pourrait inclure un paiement initial d’environ 2.300 euros à la signature du contrat; un salaire mensuel de 2.300 à 2.500 euros; une assurance maladie; l’obtention d’un passeport russe pour le candidat et pour sa famille proche d’après des témoignages. Plusieurs réseaux de recrutement ont été démantelés comme au Kenya en décembre dernier. Ces systèmes s’apparentent à un trafic d’être humains comme explique l’IFRI.
Des partenariats militaires avec la Russie sont fréquents en Afrique, notamment en Afrique centrale tant pour l’armement que pour les soldats. En Centrafrique par exemple, il existe une bourse pour suivre une formation militaire en Russie et cela s’applique à d’autres pays africains. Entre les partenariats existants et les réseaux de recrutement, la Russie enrôle de plus en plus d’Africains pour renforcer les rangs de son armée.

