La plus forte diminution depuis 80 ans: la démographie au Canada impactée par la réduction de l’immigration

Le Canada compte 41,6 millions d’habitants mais un dernier rapport de Statistiques Canada révèle que la population canadienne a baissé de 76.000 personnes entre juillet et octobre 2025. Il s’agit de la plus forte diminution enregistrée depuis 1946. La majorité des provinces canadiennes sont touchées par cette tendance à la baisse. Le facteur principal? la réduction des quotas d’immigrations, mise en place récemment par le gouvernement canadien.

Par Catherine François – TV5.ORG

Il y a deux ans, Statistique Canada rapportait que le Canada avait un taux de croissance de sa population le plus élevé depuis 1957, avec une augmentation de 457.000 personnes par trimestre. C’était le résultat d’une politique migratoire d’ouverture mise en place par l’ex-Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, quand il a pris le pouvoir en octobre 2015. 

Mais à la fin de son « règne », il est revenu sur cette politique en admettant que le gouvernement canadien avait « perdu le contrôle » de son immigration, notamment avec une explosion de demandes d’asile en 2023 et 2024. Alors quand il a succédé à Justin Trudeau, en avril 2025, le nouveau premier ministre Mark Carney a redressé la barre avec un objectif: limiter le nombre d’immigrants à 370.000-385.000 personnes par année pour les trois prochaines années et réduire le nombre d’immigrants temporaires au Canada pour qu’ils représentent 5% de la population d’ici la fin de 2027.

Quel impact sur l’économie canadienne?

Les étudiants étrangers et les travailleurs temporaires sont parmi les premiers touchés. Selon Statistique Canada, il y avait, au premier octobre 2025, 2,85 millions de résidents non permanents au pays, en baisse de 176.000 par rapport au 1er juillet. Et le nombre d’immigrants temporaires est passé de 7,3% à 6,8% de la population canadienne. Autrement dit, la baisse du nombre d’immigrants au Canada commence à avoir un impact sur la démographie canadienne.

Ces derniers temps, le discours a quelque peu changé au Canada, et au Québec surtout, à l’endroit des immigrants: ils sont montrés du doigt par certains politiciens pour les défaillances du système de santé, pour les lacunes dans le réseau de l’éducation ou pour la crise du logement qui sévit d’un bout à l’autre du pays. 

Plusieurs estiment que l’arrivée massive d’immigrants, notamment de demandeurs d’asiles, a mis une telle pression sur les services publics offerts à la population qu’il n’est tout simplement plus possible d’accueillir autant de gens et qu’il faut impérativement limiter le nombre d’immigrants. C’est notamment le discours tenu par le gouvernement québécois de François Legault. 

« C’est quand même assez drastique »

Mais de nombreux économistes et des voix issues du milieu des affaires font entendre un autre son de cloche: on met en garde sur le possible impact de la baisse d’immigrants sur l’économie canadienne. Sonny Scarfone, économiste principal du Mouvement Desjardins, estime par exemple que les nouvelles cibles migratoires du Canada et du Québec ne sont pas vraiment réalistes.

« L’objectif gouvernement fédéral de ramener à 5% la proportion de résidents non permanents au sein de la population canadienne d’ici fin 2027, c’est quand même assez drastique. Et cela peut avoir un impact sur la croissance de l’économie canadienne. Par exemple sur les investissements que les entreprises canadiennes veulent faire, vont-elles aller de l’avant dans ces projets d’expansion s’il y a une pénurie de main d’œuvre parce qu’il y a moins d’immigrants pour combler ces pénuries? »

Moins d’immigrants pourrait aussi avoir un impact sur la productivité de l’économie canadienne et donc, en bout de ligne, sur sa croissance. Il faudra voir au cours de la prochaine année quels seront les impacts de cette réduction du nombre d’immigrants au Canada sur l’économie et la société canadienne et si cette tendance à la baisse de la population va se poursuivre. Malgré tout, Statistique Canada estime que la croissance de la population canadienne va se poursuivre au fil des années et qu’il y aura 50 millions d’habitants au Canada à partir de 2051.

Qu’en est-il au Québec ?

Le Québec comptait, au début de 2025, 9,1 millions d’habitants et l’augmentation de la population québécoise s’explique, ces dernières années, par l’arrivée massive d’immigrants, principalement des demandeurs d’asile. Cette explosion de demandes d’asile a fait fortement réagir le gouvernement québécois qui a mis beaucoup de pression sur le gouvernement canadien pour qu’il réduise ses quotas d’immigration, en arguant que la capacité d’accueil de la société québécoise avait atteint sa limite. 

Le gouvernement de François Legault a, de son côté, réduit également ses quotas en fixant à 45.000 personnes par année le nombre d’immigrants acceptés dans la province pour les trois prochaines années. « Bien qu’il s’agisse du scénario le plus ambitieux parmi ceux envisagés, ce seuil ne suffira pas à inverser la tendance démographique actuelle, peut-on lire dans le rapport du mouvement Desjardins « Québec 2026 : à l’heure de choix démographiques conséquents »

En effet, « les décès surpassent désormais les naissances sur le territoire québécois, ce qui a entraîné en 2024 un déclin de la croissance naturelle de la population pour la première fois, alors que celle ci ajoutait plus de 20.000 personnes par année il y a 10 ans ». Autrement dit, la croissance de la population québécoise passe par l’immigration, puisque le taux de fécondité au Québec est de 1,34 enfant par femme. 

Malgré tout, le mouvement Desjardins estime, dans son rapport, que la nouvelle cible migratoire fixée par le gouvernement québécois est fiable: « Dans ce contexte, la nouvelle cible de 45.000 immigrants permanents par année apparaît somme toute équilibrée. Elle permet de répondre partiellement aux besoins du marché du travail tout en tenant compte des capacités d’accueil et d’intégration qui ont été mises à mal ces dernières années ».

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