Minerais stratégiques, financements étrangers, pétrole… Les 5 défis économiques de l’Afrique en 2026

Minerais stratégiques, financements étrangers, pétrole… Que réserve 2026 pour l’Afrique en matière d’économie ? Décryptage d’Aurélie M’Bida, rédactrice en chef du pôle économie à Jeune Afrique.

Le continent africain est confronté à des défis majeurs en matière de financements, de gestion des ressources naturelles et de stabilité politique. En ce début d’année 2026, TV5MONDE a interrogé Aurélie M’Bida, rédactrice en chef du pôle économie à Jeune Afrique, sur les enjeux à venir.

  • Financement: des complications à prévoir

En Afrique, les sources de financement, autrefois abondantes, se tarissent progressivement. L’aide publique au développement est en baisse avec une diminution anticipée de 9 à 18 %, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). « Plusieurs robinets se ferment en même temps« , assure Aurélie M’Bida.

Les États-Unis ont réduit leur engagement bilatéral en Afrique. L’administration Trump entend coopérer avec certains pays pour nouer des relations commerciales “mutuellement avantageuses”, selon un document publié le 4 décembre. 

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Ces partenariats se concentrent principalement sur le développement et le déploiement de l’énergie nucléaire, du gaz naturel liquéfié et l’accès aux matières premières. En septembre dernier, les États-Unis signaient par exemple un nouvel accord de 255 millions d’euros avec la Côte d’Ivoire, sur leur secteur énergétique

Mais ce renforcement de coopération économique, pour ces quelques pays, n’est accompagné d’aucune aide au développement. Donald Trump l’avait considérablement réduite au début de son mandat en fermant notamment l’agence américaine pour le développement (USAID). 

Un tiers de l’assistance étrangère en Afrique était jusqu’alors assuré par l’USAID. Les organisations des Nations unies, qui agissaient sur le continent, ont aussi pris un coup en perdant en moyenne 25 % de leur budget. Le désengagement des États-Unis pourrait pousser les pays africains à se tourner vers d’autres partenaires. En 2019, une Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) était entrée en vigueur. Sa progression est lente mais elle prévoyait la réduction des droits de douanes et des formalités administratives au sein d’une union regroupant 54 États membres. De quoi stimuler le marché et le développement industriel sur le continent.

  • La dette au centre des préoccupations

« Dans le même temps, les taux d’intérêt mondiaux restent élevés et les investisseurs privés sont prudents« , relève la rédactrice en chef du pôle économie à Jeune Afrique. Cette conjoncture signifie moins de fonds disponibles pour des projets essentiels tels que les infrastructures, l’énergie et l’agriculture. 

La rareté des financements remet la question de la dette au centre des préoccupations, comme le montre la situation budgétaire tendue du Sénégal. Le pays d’Afrique de l’ouest fait face à une dette inédite de plus de 130% du PIB. Le gouvernement entend revenir à l’équilibre budgétaire grâce à la nouvelle loi de finances 2026, adoptée le 13 décembre dernier, malgré le scepticisme de plusieurs économistes.

  • Ressources naturelles: vers une valorisation locale

Les minerais stratégiques tels que le cuivre, le cobalt et le lithium, indispensables à la transition énergétique, sont au cœur des stratégies économiques de plusieurs pays africains. La République Démocratique du Congo (RD Congo), la Guinée et la Namibie « cherchent à aller plus loin que l’extraction » brute pour développer des chaînes de valeur industrielles, explique Aurélie M’Bida. La RD Congo investit dans des raffineries pour transformer localement ses ressources et capter davantage de valeur ajoutée.

Le pays d’Afrique centrale, premier producteur mondial de cobalt, prévoit d’accueillir les premières unités locales de transformation dans cinq ans, allant de la production de matériaux précurseurs à celle de batteries complètes.

« L’objectif n’est plus seulement de vendre des ressources.« 

Aurélie M’Bida, rédactrice en chef du pôle économie à Jeune Afrique

Près de la moitié des 54 pays africains ont restreint ou interdit l’exportation de matières premières ces deux dernières années, selon l’OCDE. Le Zimbabwe, par exemple, a déclaré prévoir d’interdire les exportations à l’état brut de ce composant clé des batteries de voitures électriques d’ici 2027.

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« L’objectif n’est plus seulement de vendre des ressources« , estime Aurélie M’Bida, mais aussi de créer des emplois et stimuler la croissance économique locale. En passant cette mesure et en construisant ses propres raffineries, le Zimbabwe pourrait assurer la création de 5.000 nouveaux emplois, selon les informations du Wall Street Journal. Ce qui lui permettrait d’augmenter considérablement ses recettes.

  • Hydrocarbures: une ressource toujours stratégique

Contrairement aux attentes, le secteur des hydrocarbures ne montre pas de signes de ralentissement. « En 2025, les hydrocarbures africains ont retrouvé une importance stratégique« , affirme la rédactrice en chef du pôle économie à Jeune Afrique. Des projets majeurs sont en cours au Sénégal, en Côte d’Ivoire, en Ouganda et au Mozambique, explique-t-elle. 

Ces ressources sont cruciales pour financer les budgets publics et les infrastructures, surtout à une époque « où le financement vert ne suffit pas« , selon Aurélie M’Bida. En Côte d’Ivoire, les exportations d’hydrocarbures devraient représenter près de 5% du PIB. « Le défi désormais est d’exploiter ces ressources tout en préparant l’après-pétrole« , conclut-elle.

Les hydrocarbures africains attirent de nombreux investissements. Selon la Chambre africaine de l’énergie, ils devraient continuer d’augmenter jusqu’en 2030 minimum et pourraient alors atteindre jusqu’à 54 milliards de dollars. Et pour cause, plus de la moitié des investissements dans l’énergie vont ainsi vers les hydrocarbures (52 %). Un taux élevé car ils ne représentent plus que 34% des investissements à l’échelle mondiale, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

  • Instabilité politique: un risque pour la croissance économique

Dans de nombreuses régions, l’instabilité politique demeure une préoccupation majeure, comme l’illustrent les tensions post-électorales au Cameroun après la réélection de Paul Biya, le 27 octobre dernier, pour son huitième mandat

Ces tensions « ont paralysé des pans entiers de l’activité à Douala, le poumon économique » du pays, explique Aurélie M’Bida. Cette période d’instabilité politique aurait entraînant des pertes de plus de 200 milliards de francs CFA pour les entreprises locales. 

Le Sahel a connu une dizaine de putsch réussis en l’espace de cinq ans. Les coups d’État et les tentatives de coups d’État répétés dans cette région, depuis 2020, accentuent aussi l’instabilité, pesant sur l’investissement, la dette et la croissance économique.

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