« Un acte de piraterie du 21e siècle »: pourquoi la saisie d’un pétrolier lié à la Russie est un nouveau coup de force de Donald Trump

Le pétrolier immatriculé en Russie, arrêté par les États-Unis au nord de l’océan Atlantique entre l’Islande et l’Écosse ce mercredi 7 janvier avec des cuves vides, a fait monter d’un cran la tension entre la Russie et Washington. L’arraisonnage américain marque aussi le refroidissement des relations entre Donald Trump et Vladimir Poutine.

Par Séraphine Charpentier – SOURCE TV5

Peu avant l’interception américaine du pétrolier Bella 1, les Européens avaient exprimé leur « crainte ». Comment réagirait la Russie, quand le navire, battant pavillon russe, escorté par un sous-marin et des navires militaires selon The Wall Street Journal et le New York Times, serait arrêté en eaux internationales? 

Des discussions se sont tenues peu avant l’arraisonnage du pétrolier, le 6 janvier, entre le Royaume-Uni et ses alliés européens, selon le quotidien britannique i Paper, qui a recueilli le témoignage d’une source membre de la sécurité maritime au fait du dossier. “Toute tentative d’arraisonner un navire russe serait, on le sait, un grave motif de tension avec Moscou”, prévenait la source. 

Avions de combats, de surveillance… 

D’autant que les moyens mis en place par Washington faisaient craindre une confrontation directe avec la Russie. Un impressionnant redéploiement des forces militaires américaines dans la zone a eu lieu, les deux jours précédant la saisie du navire russe, selon deux sources interrogées par la chaîne américaine CNN et des sites de suivi de vols.

Avions de surveillance américains, de transport militaires, de combats et ravitailleurs ont été observés au Royaume-Uni ou survolant l’Atlantique nord, où a eu lieu l’arraisonnage. 

La traque américaine du pétrolier aura finalement duré deux semaines. Elle s’est terminée au sud de l’Islande, ce mercredi 7 janvier. Il s’agit de la première saisie américaine d’un bateau battant pavillon russe dans l’histoire récente, selon l’agence de presse Reuters. L’opération a été menée dans le cadre des efforts de « stabilisation » du Venezuela et du blocus des navires soumis aux sanctions américaines, a affirmé le secrétaire d’État américain Marco Rubio, cité par la chaîne américaine NBC News, mercredi. 

Pendant son échappée, Bella 1, un pétrolier guyanien soupçonné d’appartenir à la flotte fantôme russe, a changé de prénom et de pavillon, selon CNN et le journal britannique The Guardian. Rebaptisé Marinera, il a subitement adopté le pavillon russe, laissant découvrir sur sa coque un drapeau de la Russie, fraîchement peint quelques jours avant sa saisie. 

Après quoi, son nom est apparu sur le registre officiel de la marine marchande russe, avec comme port d’attache Sotchi. Ultime tentative de Moscou d’éviter l’arraisonnage de son pétrolier, sous sanctions américaines pour avoir transporté du brut vénézuélien et iranien et sujet au blocus décrété par Donald Trump, le 16 décembre. 

Le Bella 1 aurait les cuves vides de pétrole, ce qui suscite des spéculations quant à la présence potentielle d’une cargaison d’une autre nature à bord. Moscou affirme de son côté avoir fourni des « informations fiables » sur le statut et la propriété russe du navire. 

« Des relations russo-américaines déjà extrêmement tendues »

« Aucun État n’a le droit d’utiliser la force contre des navires dûment immatriculés dans les juridictions d’autres nations », a immédiatement réagi le ministre russe des transports mercredi, se référant à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982. Un traité dont Washington n’est pas signataire. Toutefois, selon ce texte, le pétrolier était considéré comme « sans nationalité » pour avoir changé de pavillon en pleine mer, le rendant potentiellement saisissable. 

Le ministre russe des Affaires étrangères a lui demandé le retour « à leur patrie » des marins à bord du Bella 1, exigeant un « traitement humain » de ses nationaux, comme le rapporte l’agence de presse russe Tass. L’acte a été qualifié de « piraterie du XXIe siècle » par le député russe Leonid Slutsky, cité par Tass. Le président Vladimir Poutine n’a pas encore commenté. 

« Le fait que Washington soit disposé à susciter de graves crises internationales est regrettable et alarmant », a déclaré dans un communiqué, sorti ce jeudi 8 janvier, le ministère russe des Affaires étrangères. Le ministère russe accuse les États-Unis de porter un coup à « des relations russo-américaines déjà extrêmement tendues » et d’aggraver les « tensions militaires et politiques ». 

« L’arrêt et la fouille d’un navire en haute mer ne sont possibles que sur la base d’une liste fermée de motifs, tels que la piraterie ou la traite d’esclaves, qui ne sont évidemment pas applicables au Marinera », relève également le ministère des Affaires étrangères. 

« Je crois que ces (bonnes) relations personnelles vont se poursuivre »

De son côté, la Maison Blanche tempère la situation. Interrogée sur une possible confrontation russo-américaine mercredi 7 janvier, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a affirmé que les relations étaient bonnes entre Vladimir Poutine et Donald Trump: « Je crois que ces relations personnelles vont se poursuivre », a-t-elle affirmé, citée par CNN, lors d’un point presse.  

La porte-parole a ajouté que les États-Unis continueraient de saisir les pétroliers sous sanctions américaines. « Il (Donald Trump) appliquera la politique qui est la plus avantageuse pour les États-Unis d’Amérique (…). Cela signifie faire respecter l’embargo contre tous les navires de la flotte clandestine qui transportent illégalement du pétrole », a réitéré Karoline Leavitt. 

« Donald Trump est nettement refroidi à l’égard de Vladimir Poutine »

L’affaire a des « airs de guerre froide », analyse de son côté le journal américain The Washington Post, dans un papier d’opinion. « Considérée dans le contexte de tendances plus larges, cette opération réussie suggère que Donald Trump est nettement refroidi dans ses positions à l’égard du président russe Vladimir Poutine », affirme le Washington Post

Outre l’arraisonnage du pétrolier russe, le journal met en avant une récente pique adressée par le président américain à son homologue russe, illustrant la dégradation de la relation entre les deux hommes. « Je ne suis pas ravi de Vladimir Poutine. Il tue trop de gens », a déclaré froidement Donald Trump, lors de sa conférence de presse donnée samedi 3 janvier, après la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro. 

Avec son homologue russe, intransigeant dans les négociations pour un plan de paix avec l’Ukraine, le président américain semble perdre patience. Le Post met en avant le « mensonge » de Vladimir Poutine adressé à Donald Trump, concernant le prétendu bombardement de drones ukrainiens sur l’une de ses résidences. D’abord « furieux » à l’encontre de Kiev, le chef de la Maison Blanche avait, fait rare, rétropédalé publiquement, affirmant: « Je ne crois pas que cette frappe ait eu lieu (…), maintenant que nous avons pu vérifier ». 

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