Affrontements en Syrie: des couloirs humanitaires ouverts pour évacuer les civils à Alep

L’armée syrienne pilonne jeudi après-midi 8 janvier les quartiers kurdes d’Alep, après avoir autorisé les civils à évacuer, au troisième jour des violences dans la grande ville du nord de la Syrie. Les violents affrontements entre le pouvoir et les Kurdes ont déjà fait 17 morts et une soixantaine de blessés. La Turquie se dit prête à intervenir aux côtés de Damas, tandis qu’Israël prend la défense des Kurdes et dénonce le silence de la communauté internationale. L’Union européenne appelle à la retenue. Près de 46 000 civils ont fui leurs quartiers dans la journée via des corridors humanitaires.

Par :RFI

Au troisième jour des affrontements meurtriers à Alep en Syrie, les civils ont été autorisés à fuir les quartiers kurdes d’Alep avant de nouveaux bombardements. Les commerces, les écoles, les universités sont restés fermés. Les forces de Damas assurent avoir mis en place des couloirs humanitaires. Les combats ont déjà fait 17 morts, dont 16 civils, et de nombreux blessés. Ce sont les plus violents jamais enregistrés entre le pouvoir d’Ahmad al-Charaa et les forces kurdes dans la ville. 

Pour le chef des puissantes Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les Kurdes) Mazloum Abdi, « le déploiement de chars et d’artillerie dans les quartiers d’Alep, le bombardement de civils et leur déplacement forcé, ainsi que les tentatives de prise d’assaut des quartiers kurdes en pleine phase de négociation, sapent les chances de parvenir à une entente ».

Exode massif sous les tirs

Ce jeudi 8 janvier, des civils fuyaient les quartiers kurdes de Cheikh Maqsoud et Achrafieh en empruntant deux couloirs humanitaires mis en place par l’armée. 

La correspondante de RFI sur place, Manon Chapelain, a pu échanger avec des Syriens terrorisés : « Les problèmes ont commencé il y a une semaine, mais nous ne pensions pas que cela prendrait une tournure aussi grave. Hier, c’était la terreur absolue. Il y avait énormément de frappes. Nous avons réussi à sortir aujourd’hui grâce à un corridor humanitaire mis en place par le gouvernement. Dieu merci, nous avons pu assurer la sécurité de nos enfants », lui confie Oum Ibrahim. 

Un homme, la cinquantaine, éclate en sanglot avant de tomber dans les bras d’un ami. Ils viennent de se retrouver. Ils n’avaient pas de nouvelles l’un de l’autre jusqu’ici. « Nous n’avons pas pu fuir tout de suite à cause de la densité des frappes, des canons et des mitrailleuses. Ça n’arrêtait pas de frapper. Une bombe est tombée juste à côté de chez moi. J’ai pris mon fils dans mes bras et je lui ai dit, « je ne veux pas te perdre, je te garde dans mes bras » ». 

À leurs côtés, un homme, la main suspendue à une perfusion. Sa jambe a été transpercée par une balle de kalachnikov. Abdulrahman, kurde de 87 ans, le regarde tristement : « On ne veut aucun malheur, ni pour les hommes du gouvernement, ni pour les Kurdes. Nous sommes des gens simples, nous cherchons seulement la vie ». 

Nous n’avons pas pu fuir tout de suite à cause de la densité des frappes, des canons et des mitrailleuses. Ça n’arrêtait pas de frapper. Une bombe est tombée juste à côté de chez moi. J’ai pris mon fils dans mes bras et je lui ai dit, « je ne veux pas te perdre, je te garde dans mes bras »…

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Reportage à Alep de Manon ChapelainManon Chapelain

Le conflit prend une dimension régionale

La Turquie s’est dite prête à soutenir l’armée syrienne dans son « opération antiterroriste » contre les combattants kurdes à Alep, a annoncé le ministère turc de la Défense.  « Si la Syrie sollicite notre assistance, la Turquie lui apportera le soutien nécessaire » , a-t-il indiqué le ministère turc. Hakan Fidan, ministre turc des Affaires étrangères, a déclaré de son côté qu’Ankara menait des « consultations intensives » avec Damas et Washington depuis deux jours afin de prévenir une « nouvelle effusion de sang » en Syrie. Plusieurs centaines de personnes ont par ailleurs manifesté  à Diyarbakir, principale ville du sud-est de la Turquie, à majorité kurde, pour dénoncer l’offensive de l’armée syrienne. Les manifestants ont appelé à la «résistance»: « Nous appelons les États à agir comme ils l’ont fait pour le peuple palestinien, pour nos frères kurdes qui subissent oppression et souffrances ».

Israël, qui mène des négociations avec Damas pour parvenir à un accord de sécurité, a condamné les « attaques » du pouvoir syrien contre la minorité kurde d’Alep et fustigé « le silence de la communauté internationale ». En juillet 2025, Israël avait bombardé Damas lors de violences entre les autorités islamistes et les druzes dans le sud de la Syrie, affirmant vouloir protéger cette autre minorité.

L’Union européenne a appelé toutes les parties impliquées à faire preuve de « retenue » et à « protéger les civils », a indiqué Anouar El Anouni, un porte-parole du service diplomatique de l’Union européenne. Celui-ci a appelé les deux parties à « rechercher une solution pacifique et diplomatique conforme à l’accord conclu le 10 mars 2025 », visant à intégrer les institutions de l’administration autonome kurde au sein du nouvel État syrien. Le pouvoir avait exigé, mercredi 7 janvier, le départ des combattants kurdes des deux quartiers du nord d’Alep qu’ils contrôlent et qui sont encerclés par les forces gouvernementales.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Antonio Costa, sont attendus vendredi 9 janvier à Damas, la capitale syrienne.

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