Par ALIOUNE Badra CISS – Les plans d’actions des syndicats d’enseignants ne finissent plus. Face au «mépris du gouvernement», le Saems et le Cusems, les deux syndicats les plus populaires, ne comptent pas baisser les bras pour pousser les autorités à appliquer les accords qui les lient. Lors de l’Assemblée générale départementale conjointe du Cusems et du Saems, tenue hier au lycée de Saly, les syndicats d’enseignants promettent d’organiser une marche nationale le jeudi 17 février 2022 à Ziguinchor. «L’objectif, c’est de venir partager avec les enseignants, les perspectives de la lutte car le gouvernement n’est jusque-là pas disposé à apporter des solutions concrètes à la mise en œuvre de nos accords. C’est pourquoi nous exigeons qu’il y ait des réactions objectives de la part du gouvernement, sans quoi nous allons poursuivre la lutte pour dérouler le 7ème plan d’actions. Au préalable, nous allons organiser une marche nationale à Ziguinchor, le jeudi 17 février 2022. La situation est plus que pourrie parce que partout, les élèves exigent la reprise des enseignements-apprentissages», annonce El Hadji Malick Youm, Secrétaire général adjoint du Syndicat des enseignants du moyen-secondaire du Sénégal (Saems). Il dénonce la diabolisation dont sont victimes les enseignants. «Aujourd’hui, nous constatons qu’il y a des autorités qui sont en train de faire de la diabolisation, en essayant de faire comprendre à la communauté toute entière que les élèves sont contre les enseignants par rapport à cette lutte, ce qui est totalement faux. Les élèves nous soutiennent et nous soutenons les élèves parce que nous partageons l’espace scolaire. Ces élèves, ce sont nos fils, nos nièces, mais les fils des autorités sont à l’étranger, en train d’apprendre. Donc, nous devons rappeler que nous sommes ensemble et que le principal perturbateur du système éducatif, c’est le gouvernement», accuse El Hadji Malick Youm.

Le Secrétaire général du Cusems, Abdoulaye Ndoye, embouche la même trompette. Il annonce la poursuite du combat pour une question de principes. «Le combat que nous menons est un combat pour l’équité et la justice sociale. Les enseignants sont victimes d’une injustice, d’un traitement salarial dérisoire, de mauvaises conditions de travail. La politique éducative conduite depuis quelques années est caractérisée par un mépris, mais aussi l’école a été abîmée par le régime en place. Le combat que nous menons aujourd’hui est au cœur des préoccupations des enseignants», poursuit M. Ndoye. Que faire ? «Il s’agit aujourd’hui, de corriger les iniquités et disparités révélées sur le système de rémunération des agents de l’Etat. Cette étude a révélé qu’au Sénégal, le système de rémunération est caractérisé par une opacité avec des écarts salariaux inquiétants, mais qu’il y a un système d’indemnité inadéquat et inéquitable et cela ne peut plus continuer, parce que cela va impacter sur la qualité des enseignements-apprentissages. Aujourd’hui, il y a une forte migration des enseignants vers les autres secteurs, plus attractifs en termes de rémunération. Il y a un déficit d’enseignants dans certaines disciplines comme les mathématiques, la philosophie et l’espagnol. Les enseignants sont démotivés et démoralisés, découragés, c’est la faute du gouvernement du Sénégal qui non seulement n’a pas honoré ses engagements, qui non seulement a fait dans le mépris mais qui aujourd’hui, distribue à gauche et à droite des indemnités», déplore Abdoulaye Ndoye.

Le tableau est noir. Pour avoir un système éducatif performant, il faut «nécessairement corriger les iniquités» révélées par l’étude, épurer «le passif des autres points» consignés dans le protocole du 30 avril 2018. Abdoulaye Ndoye fustige le manque de volonté du gouvernement. «Depuis que le protocole a été signé, ça fait presque trois ans et six mois, le gouvernement n’a manifesté aucun intérêt ni aucune volonté politique allant dans le sens de matérialiser ces accords sur le système de rémunération. Nous avons compris que pour eux, l’école n’est pas une priorité et nous le disons à haute voix. Un métier qui attire est un métier qui paie bien et l’enseignant est le premier intrant qu’il faut motiver. Alors si nous voulons avoir un système éducatif performant, il faut motiver les enseignants», regrette le Secrétaire général du Cusems, qui «invite les parents d’élèves à demander au Président Macky Sall de corriger les iniquités». Sinon, les perturbations vont se poursuivre. «Et il sera tenu pour responsable de tout ce qui adviendra», prévient Abdoulaye Ndoye.

abciss@lequotidien.sn

LEQUOTIDIEN