‘’Fast-track’’ sur l’emploi

La problématique de l’emploi des jeunes sera au cœur de la campagne présidentielle de 2024 ; les colères de février-mars 2021 en ont forcé la priorisation dans  l’agenda de tous les états-majors politiques et l’organisation, le 22 avril, d’un  Conseil présidentiel  sur le financement du Programme d’urgence pour l’emploi et l’insertion économique des jeunes, à Diamniadio, aura été l’acte présidentiel de remise en selle politique d’un programme social, capital pour l’avenir politique du chef de l’Etat et pour la paix publique.

Ce programme, c’est le Plan d’urgence pour l’emploi des jeunes. Le samedi 8 mai, à la faveur d’un séminaire gouvernemental élargi, Macky Sall a ordonné que commencent les premiers recrutements dès cette semaine, en vue d’‘’accélérer la mise en œuvre effective’’ du programme, coupant ainsi l’herbe sous les pieds des Cassandre qui avaient auguré d’un Diamniadio de la théorie et de l’impuissance. Manifestement, on en est plus là !

Au plan de l’emploi, dont la réalité à ce jour est désastreuse et a bien failli lui coûter, en mars, son pouvoir, le chef de l’état veut un bilan. Il sait qu’en adoptant le sur-place, qu’en faisant l’économie de décisions audacieuses, ce bilan sera, pour lui, un boulet fatal. Le ‘’Fast-track’’ est donc très vite devenu le mot d’ordre dans la mise en œuvre d’un plan, au demeurant ambitieux pour les jeunes et qui offre, cette fois-ci, l’avantage d’être immédiatement efficient. C’est du moins l’impression que veut en donner le président de la République qui a mobilisé toutes les structures territoriales concernées, pour que soient fixées les modalités de territorialisation des emplois et des financements. Modalités débarrassées de toute lourdeur et adoptant comme principes prépondérants la simplicité et la proximité dans la prise en charge des besoins des jeunes. A l’évidence, l’on est passé, en quelques mois seulement, de l’ordre des tropismes de l’impéritie politique à celui d’un pragmatisme forcé par l’urgence et l’imminence du péril. Et pour cause !

Les pillages et les violences de tous ordres qui ont émaillé les émeutes de février-mars, ont largement cristallisé le mécontentement social et révélé la fragilité de l’ordre sociétal sénégalais et des codes qui le régissent depuis plus de trente ans. La paupérisation de plus en plus grande d’une population majoritairement jeune, a accentué les fractures et radicalisé les postures. Et l’on découvrait, soudain, par les cris et la fureur, par le feu et la haine, que l’on était aux portes de la révolution…

La gageure devenait, dès lors, non plus de formuler de creuses et pathétiques théories sur le chômage, mais de créer les conditions rapides de mécanismes qui permettraient, dans le très court terme, d’absorber les 200 000 jeunes qui arrivent chaque année sur le marché de l’emploi avec plus ou moins de qualifications. Pas seulement ! Elle est, en amont, dans l’articulation des formations professionnelles avec la demande économique. Il faut craindre que, en attendant la généralisation des formations et dans l’urgence des réponses à apporter au drame du chômage, l’on fasse fi de cet important paramètre et que l’on crée, au péril de l’économie, de grosses bulles factices d’emplois qui éclatent à la première crise et qui renvoient au désespoir, ceux qui croyaient s’en être affranchis par le travail. Le risque est là.

Mais ne boudons pas déjà les perspectives qui se profilent et les soulagements qu’elles induisent : 150 milliards sont mobilisés pour 2021, dans le cadre du Programme d’urgence ; 100 milliards pour 2022 et 100 autres milliards pour 2023. Ce n’est pas rien ! Quarante-cinq centres départementaux de formation professionnelle et 45 maisons de la jeunesse et de la citoyenneté sont en cours de création à la clé, ce qui pourrait constituer une réponse salutaire à la question de la qualification qui explique d’ailleurs, largement, le taux de chômage et la faible compétitivité des entreprises sénégalaises.

On restera attentifs à ce que donneront les prochaines semaines, suite aux oukases prononcés par le chef de l’Etat pour mettre son gouvernement et les collectivités locales au tempo de sa stratégie pour l’emploi des jeunes. Ces résultats serviront de baromètres pour mesurer la capacité du gouvernement à rattraper le retard accusé sur l’objectif 2024.

S’ils s’avéraient positifs, ils permettraient à Macky Sall de se prévaloir d’un bilan significatif en la matière et d’afficher, en toute légitimité, de nouvelles ambitions. Il lui reste un peu moins de trois ans pour y arriver et c’est loin d’être gagné d’avance.

CHRONIQUE PAR PHILIPPE D’ALMEIDA

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