Crise des médias en Afrique: L’avenir du métier de journaliste sur le continent en question

Digitalisation de l’information, absence de moyens, déficit de formation, modèles à réinventer…, l’avenir de la presse et du métier de journaliste en Afrique se pose, aujourd’hui, avec beaucoup d’acuité.

 

L’avenir du journalisme en Afrique suscite beaucoup d’interrogations. La précarité de la profession, notée ces dernières années, a été nettement accentuée par la crise de la Covid-19. Dans presque tous les pays du continent, le problème est partout le même : difficultés financières, déficit de formation, contenus qui laissent désirer… Bon nombre de professionnels n’arrivent plus à exercer convenablement leur métier dans le respect des principes fondamentaux régissant la pratique du journalisme. Une réelle crise de la presse est en train de se dessiner.  Si cette déliquescence  de la presse suscite beaucoup d’inquiétude pour les milliers de personnes qui gagnent leur vie dans un secteur aussi stratégique, elle constitue aussi une menace pour la démocratie. Cela, eu égard au rôle fondamental des médias dans une démocratie.

Des témoignages de professionnels de quelques pays, à travers une e-conférence, tenue mercredi dernier,  ont permis  d’apporter un éclairage sur les réalités et difficultés du métier de journaliste en Afrique. Au Gabon, par exemple, note Yves-Laurent Goma, directeur de Gabonactu.com et journaliste de Rfi, beaucoup de journaux ont été créés par des responsables politiques en lieu et place des opérateurs économiques. Du coup,  la pérennité de ces  médias ne semble pas être garantie. M. Goma évoque aussi la misère des reporters qui, très souvent, sont confrontés à des problèmes de transport dans le cadre de leur travail.

L’émergence des médias classiques comme modernes n’a jamais été accompagnée par des moyens. Cette situation a fini de porter préjudice à la qualité de l’information et du contenu. Pour Mohamadou Diallo, directeur général de Cio Mag et ciomag.com, le manque de moyen impacte l’information. Le traitement de certaines informations sensibles requiert un minimum et permet aussi de préserver l’éthique et la déontologie journalistique. Dans des pays comme le Sénégal,  beaucoup sont les entreprises de presse qui, par faute de moyens, font appel à des enseignants ou autres personnes qui n’ont pas fait de formation en journalisme,  pour servir de correspondants dans certaines parties du pays. Face aux différentes mutations,  M. Diallo insiste sur la nécessité de s’adapter. Il relève aussi un réel besoin de formation.

 

Nécessité de se réinventer

Aujourd’hui, tous ces problèmes et difficultés touchant les médias sont à l’origine d’un contenu qui laisse à désirer et n’offrant pas beaucoup d’alternatives sur le plan économique. Les défis et les enjeux semblent  hors de portée des entreprises du secteur. Meriem Oudghiri, secrétaire générale de la rédaction de L’Economiste et présidente de l’Union de la presse francophone pour le Maroc, est de ceux qui pensent qu’il faut vite améliorer les moyens financiers et la situation sociale des journalistes afin de les mettre à l’abri de la manipulation.

A son avis, il faut revenir aux fondamentaux du métier, car c’est la seule façon d’assurer la pérennité de celui-ci.  «Cette crise est une opportunité pour nous de se réinventer», précise-t-elle. Cette urgence de se réinventer est d’autant plus pertinente qu’il s’agira d’une manière de revoir le modèle économique des médias africains. Kadhel Aman, directeur d’Educarriere.ci de la Côte d’Ivoire, estime qu’une diversification des thématiques permet aux médias de booster leurs revenus économiques.

Selon Mohamadou Diallo, il faut forcément se renouveler pour rester compétitif. A ses yeux, les bases de données et la diversification permettent, aujourd’hui, d’asseoir une certaine viabilité économique. «Les données sont une matière première qu’il faut exploiter», ajoute-t-il.

Avec la digitalisation de l’information et l’explosion du journalisme citoyen, le métier de journaliste a pris un sacré coup.

 Ibrahima BA

LESOLEIL

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