Taux directeur de Bceao: notes positives de Diagna Ndiaye

Je prends la liberté de vous répondre, puisque nous nous connaissons, sur le papier «La Beceao contre l’économie» que vous avez sorti le 13/09/2023, et c’est heureux ainsi, ça permet d’avoir une approche contradictoire, et plein d’enseignements.

Je vous sais honnête intellectuellement. Je vous suggère les aspects à prendre en compte dans ce genre d’exercice :

1. Dans un environnement de taux de change fixe, il ne peut y avoir de divergences d’orientation de politique monétaire avec la Zone ancre (Zone euro), au risque d’une fuite de capitaux vers la Zone où les taux d’intérêt sont plus élevés.

2. Les petites économies ouvertes, comme celles du Sénégal et de l’Umoa, sont très sensibles aux chocs, surtout externes, notamment les prix des produits importés. Cette situation a un double impact : une inflation importée et une pression sur les réserves de change, avec les factures commerciales plus élevées à régler. D’où la nécessité d’éviter que la demande locale ne nourrisse ce phénomène très dangereux, pour une économie à taux de change fixe. Donc, relever les taux d’intérêt permet de contraindre la demande locale pour éviter un cycle infernal : inflation, baisse des réserves de change, inflation.

3. Une inflation persistante finit par créer un cycle avec les revendications de hausse de salaire. Prévenir vaut mieux que guérir : l’inflation est «l’impôt du pauvre». Il n’y aura jamais un effet de rattrapage des salaires, et donc des revenus à la hauteur des tensions inflationnistes auto-entretenues. Donc, la classe la plus défavorisée paiera plus le prix.

4. A long terme, l’inflation est un phénomène purement monétaire : la planche à billets ! Relever les taux d’intérêt de la Banque centrale permet de contenir la demande de refinancement des banques et, par ricochet, les sollicitations de concours auprès des banques par l’Etat et le secteur privé.

5. Un déficit budgétaire qui trouve toujours un financement auprès des banques (émission des titres publics), entretient une pression sur les réserves de change et peut créer un effet d’éviction de la distribution de crédit au détriment du secteur privé. Augmenter les taux d’intérêt permet donc de «discipliner» l’Etat et de ne pas compromettre le financement du secteur privé.

6. Au Sénégal, le point 5 a été atteint, puisque les banques continuent à financer le secteur privé tout en baissant le niveau de leurs concours à l’Etat.

7. En définitive, après un an de resserrement de sa politique monétaire, la Bceao «n’a pas étouffé l’économie», contrairement à ce qu’indique l’article. Le taux de croissance économique reste appréciable dans l’Umoa, comparativement aux économies comparables de l’Afrique. Le taux d’inflation reste moins élevé que dans les pays susvisés. Les réserves de change restent résilientes, contrairement aux pays qui ont vu les leurs fondre, accompagnés d’une forte dépréciation de leur monnaie (cas du Nigeria : 1 naira vaut désormais moins de 1 F Cfa contre 2 F Cfa environ en 2022 et 375 F Cfa dans les années 70).

8. Bref, M. Guèye, vous gagnerez à parler avec des experts ou avec les autorités monétaires. La macroéconomie, la politique monétaire sont des matières complexes. Commencez par distinguer un taux d’intérêt nominal du taux d’intérêt réel, c’est-à-dire le taux nominal diminué du taux d’inflation. Ce taux d’intérêt réel est négatif depuis 2020, ce qui signifie que les projets économiques rentables se financent en taux négatifs ! Au détriment de l’épargne, qui perd du pouvoir d’achat avec des taux d’intérêt réels négatifs ! Il y a donc urgence à rééquilibrer les choses vers un taux d’intérêt réel positif, au risque de décourager l’épargne, relancer la consommation et in fine, nourrir l’inflation et les pressions sur les réserves de change… et la boucle se boucle et reprend !


Mamadou Diagna NDIAYE

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