Nouveau pacte financier mondial : Plaidoyer des pays émergents pour un système financier mondial plus efficace

Le Sommet pour un nouveau pacte financier mondial tenu du 22 au 23 juin 2023 dans la capitale française marque un grand tournant pour les décideurs publics et privés, qui cherchent ainsi à instaurer un nouveau consensus pour un système financier international plus inclusif, permettant à la fois, de lutter contre les inégalités, de financer la transition climatique et d’accélérer la réalisation des objectifs de développement durable.

Pour beaucoup d’acteurs économiques du Nord comme du Sud, ce nouveau pacte financier se justifie, car les réponses jusque là apportées par la communauté internationale sont devenues fragmentées, partielles et insuffisantes. De ce point de vue, une révision profonde du modèle économique s’impose, car il est important de construire un système financier international plus réactif, plus juste, et plus solidaire avec en perspective la lutte  contre les inégalités, le financement de  la transition climatique  en vue de se rapprocher de l’atteinte des objectifs du développement durable.

Ce fut donc une réelle opportunité pour plus de 300 États, organisations internationales et représentants de la société civile, dont plus 100 Chefs d’Etats et de gouvernements invités, plus de 70 partenaires du secteur privé et philanthropes, plus de 40 organisations internationales et plus de 120 ONG et coalitions d’ONG d’échanger dans la perspective d’établir un nouveau consensus face à certaines problématiques actuelles, telles que la lutte contre la pauvreté, la décarbonation de notre économie et la protection de la biodiversité.

Six (6) tables rondes thématiques se sont tenues tour à tour et portant :
*sur la réforme du modèle des banques multilatérales de développement pour répondre aux défis du XXIème siècle,
*les partenariats pour une croissance verte,
*la dette et l’affectation de droits de tirage spéciaux,
*le développement d’un environnement propice au secteur privé (infrastructures durables, financement des PME),
*les instruments et les financements innovants face aux nouveaux enjeux de vulnérabilité
*  et sur la manière de garantir des informations et des données plus fiables et comparables entre pays. 
Parallèlement à ces tables rondes une trentaine événements se sont tenus autour des principaux objectifs du développement durable.

Au total, il s’est agi de s’accorder   sur la meilleure façon de faire face à ces défis dans les pays pauvres et les pays émergents du monde en développement, sur le montant des investissements, sur la réforme de l’ensemble des infrastructures comme la Banque mondiale, le FMI, les fonds publics et privés, et sur la manière dont il nous faut engager un nouveau processus.

  • POURQUOI UN NOUVEAU PACTE FINANCIER MONDIAL ?

Le monde est actuellement confronté aux conditions les plus difficiles depuis des décennies. A la suite de la crise COVID-19, la dette publique a atteint un niveau sans précédent dans tous les pays, plus particulièrement dans les pays en développement. En effet, un tiers des pays en développement et deux tiers des pays à faible revenu présentent un risque de surendettement. L’inflation a fortement augmenté, et le resserrement de la politique monétaire a engendré une volatilité sur les marchés financiers mais également réduit appétence pour le risque.

Il s’y ajoute que la tendance mondiale à la réduction de la pauvreté observée depuis plusieurs décennies s’est interrompue, voire inversée   à cause des stratégies d’intervention inefficaces des bailleurs de fonds tels que le FMI, la Banque Mondiale, entraînant ainsi des écarts économiques grandissants à l’échelle mondiale.

Ainsi, les efforts déployés pour rendre le système de financement international plus efficace et plus équitable sont plus que jamais nécessaires. Des crises multiples ont plongé dans la pauvreté plus de 120 millions de personnes   ces trois dernières années.  De plus, et il est établi que la transition vers un monde à zéro émission nette et respectueux de la biodiversité, respectant l’objectif de 1,5 °C figurant dans l’Accord de Paris, et le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, exigera une transformation profonde de nos économies et de nos sociétés. La protection de la planète exigera également de multiplier les investissements mondiaux pour atteindre les objectifs susvisés.

  • LES GRANDES CONCLUSIONS DU SOMMET POUR UN NOUVEAU PACTE FINANCIER

De nombreux acteurs publics et privés ont montré leur détermination collective à relever les défis communs en matière de climat, d’environnement et de développement par une coopération mondiale renforcée. Ils ont pris une série d’engagements qui contribueront pour certains, à réformer le système financier international, près de 80 ans après la création des institutions de Bretton Woods, et , pour d’autres, à améliorer la protection des biens publics mondiaux permettant de préserver la planète et d’en prendre soin tout en garantissant aux plus pauvres des financements à faible coût.

Quatre principales recommandations sont ressorties des travaux du Sommet de Paris

1. Vaincre la pauvreté et les vulnérabilités
Le constat est fait: les crises se produiront de plus en plus fréquemment. Les changements climatiques et les événements climatiques extrêmes en sont l’une des principales causes, mais les crises sont aussi provoquées et exacerbées par les conflits, la croissance démographique et l’urbanisation. La pauvreté et les inégalités restent à des niveaux élevés, et un nombre croissant de pays à revenu faible et intermédiaire sont aux prises avec des trajectoires d’endettement non durables.

Face à ce combat, le financement de l’éducation représente un investissement et non un coût. Si tous les adultes terminaient leurs études secondaires, 420 millions de personnes pourraient sortir de la pauvreté, ce qui réduirait le nombre total de pauvres de plus de moitié à l’échelle mondiale et de près de deux tiers en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. Plus que jamais, les financements déployés pour atténuer l’impact des crises et réaliser l’Agenda 2030 doivent également prendre en compte l’égalité de genre afin de délivrer un impact maximal, en forgeant un monde plus équitable et inclusif.

Les discussions ont porté sur des solutions susceptibles d’alléger le fardeau de la dette par des renégociations et une restructuration appropriées, ou de réorienter le financement en passant du remboursement de la dette aux investissements en faveur de la résilience, des réponses immédiates aux crises et  à la protection des biens publics mondiaux.

Pour atténuer les vulnérabilités, les décisions de financement doivent reposer sur des critères tenant pleinement compte de toutes les conséquences des changements climatiques et des menaces  sur la biodiversité, d’une part, et d’autre part,    de la surexposition et de la vulnérabilité de certains pays à ces problématiques.

Le FMI et la Banque mondiale ont été encouragés à poursuivre leurs efforts pour inclure la vulnérabilité climatique dans leurs analyses de la viabilité de la dette, afin de refléter notamment les effets positifs des investissements fléchés sur le climat.

2. Rester unis dans le renforcement de la solidarité internationale
Plus que jamais, la solidarité internationale et les transferts des pays les plus riches vers les pays les plus vulnérables sont essentiels pour forger un monde plus juste. Une nouvelle méthode de comptabilisation tenant compte des efforts déployés pour mobiliser les financements privés pourrait contribuer grandement à augmenter ces contributions et à les flécher dans la bonne direction. Cela s’inscrit dans un appel mondial à une évolution vers des investissements solidaires.


A ce titre, l’OCDE est encouragée à proposer, lors de la réunion de haut niveau du Comité d’aide au développement prévue les 16 et 17 novembre 2023, une nouvelle approche et une nouvelle vision pour le développement de l’aide internationale.


3. Protéger la planète et nos biens communs

La transition vers un monde à zéro émission nette et à la biodiversité restaurée exige des transformations fondamentales de secteurs clés de l’économie. En effet, une croissance économique régulière, une base solide en matière de capital humain et le changement des modèles de production et de consommation sont des   indispensables à cette transition. En parallèle, tous les pays doivent être capables de s’adapter et d’accroître la résilience de leur société et de leur économie face aux changements climatiques.

La tarification du carbone conformément aux objectifs de l’Accord de Paris, dés  lors qu’elle repose   sur des normes et des mécanismes transparents, peut jouer un rôle important pour limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES) et engendrer des revenus supplémentaires au service de la transition climatique et de la préservation des puits de carbone.

Il sera crucial de ce point de vue, de consentir des efforts supplémentaires en matière de décarbonation pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. De nouvelles contributions financières, notamment des mécanismes obligatoires ou des taxes portant sur les activités contribuant le plus aux changements climatiques, peuvent permettre d’accroître ces efforts tout en fournissant des ressources additionnelles pour financer l’action climatique.

 Il a été proposé de créer un groupe de travail pour étudier la possibilité d’obtenir de nouvelles ressources financières par la fiscalité. Ce groupe pourrait présenter ses premières conclusions d’ici le sommet sur le financement de l’action climatique organisé par le Kenya en septembre 2023.

4. Mobiliser des ressources financières supplémentaires provenant notamment du secteur privé

Les banques multilatérales de développement jouent un rôle fondamental pour soutenir les efforts de financement de projets conformes aux ODD, afin de mettre en œuvre le Programme de développement durable à l’horizon 2030. Leur évolution sera déterminante pour permettre des flux financiers supplémentaires répondant aux besoins des pays vulnérables et de la protection de la planète, conformément à l’objectif de 1,5° C et au cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal.

 À Paris, 30 pays et 8 banques multilatérales de développement ont entériné une déclaration sur une nouvelle vision des banques multilatérales de développement en les appelant à continuer de jouer un rôle clé en appui aux transitions justes et au développement. La notion de transition justes n’ouvre -t-elle pas la porte au statu quo?

La mise en place de stratégies nationales pour soutenir le développement du secteur privé dans les politiques publiques et de planification du développement des pays à revenu faible et intermédiaire a été identifiée comme étant un fort accélérateur et facilitateur de l’accès aux financements.

L’OCDE pourrait organiser d’ici la fin de 2023 un groupe de travail pour échanger sur les progrès, partager les informations et évaluer les bonnes pratiques en matière de mobilisation des financements du secteur privé au service du développement durable, de la lutte contre les changements climatiques et de la protection de la biodiversité.  Wait and see .
Source – Lejecos Magazine

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