QUAND LES ACTEURS POLITIQUES SE PROSTERNENT DEVANT BBC : Pouvoir et opposants complexés ! (Mamadou Mouth BANE)

Le Sénégal est un pays pauvre, endetté. Et les Sénégalais peinent à se départir de leur mentalité de colonisé. Ce pays draine tous les caractéristiques d’un pays pas du tout avancé, à cause du comportement de son élite politique, idéologiquement grabataire et de ses citoyens peu avertis parce que non instruits pour la majeure partie.

Le jeu de dupes entre les tenants du pouvoir et les opposants n’est fondé que par leur volonté commune de remporter une bataille de communication par la manipulation des consciences.
En dehors des gros mots, des expressions pompeuses, des extrapolations alambiquées et des vociférations confuses des faux spécialistes en pétrole, ni les accusateurs (l’Opposition), encore moins les accusés (les tenants du Pouvoir) n’ont étayé leurs plaidoiries (à charge ou à décharge) par des arguments documentés, qui résistent à une remise en cause. Ils disent et se contredisent, uniquement pour sortir vainqueur de cette bataille par presse interposée. Pas plus ! La majeure partie du peuple écoute sans comprendre les motivations réelles de ces soumis.

Le reportage de BBC démontre la puissance des médias. Ils font l’opinion. Les médias suscitent des débats, les orientent et l’entretiennent selon l’angle de leur choix. Cette polémique montre, également, les insuffisances de la presse sénégalaise et son manque de générosité à l’égard de ses confrères. En vérité, BBC ne nous apprend rien, absolument rien. «DakarTimes» a publié, en exclusivité, plus de 50 articles dans l’affaire du pétrole sénégalais. Cela n’a jamais suscité un tollé, comme c’est le cas aujourd’hui, parce que les Sénégalais, en général, préfèrent les informations «venant de…».

Pour le journaliste sénégalais, la bonne information est celle écrite par les médias français, américains ou anglais. En vérité, ce sont les Sénégalais, dans leur grande majorité, qui sont friands d’infos importées, venant de…

Pour fêter la Korité ou la Tabaski, les Sénégalais regardent vers le Mali, la Côte d’Ivoire ou la France d’abord, même si la lune est apparue à Podor. Pour eux, la lune suspendue au firmament sénégalais n’est pas la bonne. Ce défaut est dans l’ADN des Sénégalais. Ils préfèrent « Mo » Salah à Sadio Mané, Mandela à Abdoulaye Wade, la Tour Effel au Monument de la Renaissance, le PSG au Jaraaf, Macron à Macky, la BBC à DakarTimes, Médiapart à Dakaractu etc.

Cette tare est tellement remarquable et incrustée dans nos mœurs que, pour influencer les Sénégalais, certains Cabinets de communication préfèrent passer les informations qui concernent le Sénégal, dans les médias occidentaux, parce qu’ils savent que la presse sénégalaise va mordre l’hameçon. C’est l’option de diffusion intermédiaire qui permet de manipuler une opinion par voie empruntée. Nous avons une presse soumise, à l’image de notre élite politique. Heureusement, «DakarTimes» gardera la tête haute dans ce débat. Il n’y a aucune valeur ajoutée dans les informations livrées par BBC. Les comportements de soumis de notre élite politique sont problématiques et congénitaux. Même nos dirigeants préfèrent France24 ou à la RFI à la presse locale.

RÉACTIONS D’UNE OPPOSITION EN RATTRAPAGE 

Nous ne manquerons pas de saluer les réactions, quand même positives, d’opposants, notamment d’Abdoul Mbaye, ancien Premier ministre, d’Ousmane Sonko, ancien candidat à la Présidence, mais aussi de l’ancien ministre, Thierno Alassane Sall, qui a dit sur «Dakaractu » : «…il ne faut pas voir cette affaire comme étant entre Aliou Sall, F. Timis, BP, Abdoul Mbaye ou Thierno Alassane Sall. Non ! Le premier et l’ultime responsable, c’est le président de la République. C’est sa responsabilité qui est convoquée dans cette affaire-là. Il est bien obligé de s’expliquer, il n’a pas voulu s’expliquer dans le fond. Il faut que le président s’explique. Il ne s’est pas encore expliqué» (lire en page 4). Les opposants sont dans leur rôle. On se rappelle, sous Wade, l’affaire Alex Ségura, qui fut du pain béni pour les opposants.

Mais, plus qu’une dénonciation verbale, Thierno Alassane Sall, en tant qu’ancien ministre de l’Énergie, ayant accès aux informations, devrait mettre à la disposition de l’opinion l’ensemble des dossiers nébuleux qu’il a vus défiler sous ses yeux. Nul n’est mieux placé que lui pour livrer la bonne information, avec des preuves documentées, puisqu’il était aux affaires.
D’ailleurs, avant BBC, Monsieur Sall devrait être le premier lanceur d’alerte en rendant publics tous les documents compromettants contre le régime si, véritablement, il en disposait. Autrement, ces propos n’auront aucun sens. A son niveau de responsabilité, des paroles ne sauraient suffire pour asseoir une accusation crédible, puisqu’il s’agit de contrats, de virements, de commissions, de pots de vin etc. que l’on peut prouver qu’avec des actes et non des mots.

Les opposants, qui n’ont jamais géré des dossiers pétroliers, à l’image de Sonko, Mamadou Lamine Diallo, Idrissa Seck, Gakou, de Decroix etc., ont raison d’interpeler le Gouvernement. Le pétrole a été découvert par le défunt Djily Mbaye, pour la première fois, dans les années 70/80. Le Sénégal a produit et commercialisé du pétrole sous le régime socialiste. Donc, la reddition des comptes doit concerner d’abord l’ancien Président, Abdou Diouf, ensuite Abdoulaye Wade, également ancien Président, Macky Sall, actuel Président, Karim Wade, Madické Niang, Thierno Alassane Sall, Mansour Élimane Kane, tous anciens ministres de l’Énergie, leurs prédécesseurs et l’ensemble des anciens Directeurs généraux de Petrosen, sans oublier les responsables des sociétés pétrolières.

Il faut un état des lieux global, pour permettre aux Sénégalais de savoir qui a fait quoi, quand et avec qui. Démarrer la reddition des comptes en 2012, c’est effacer un pan important de l’histoire du Sénégal concernant le pétrole.

RÔLE DES MÉDIAS OCCIDENTAUX EN AFRIQUE 

Mais le soulèvement brusque et coordonné des opposants semble être dicté par une stratégie de communication avec des dessous politiques. Car, lorsque des journalistes sénégalais en avaient parlé avant la BBC, tous se sont terrés. Pourquoi ?

Or, nous connaissons tous le rôle joué par les médias occidentaux en Afrique, depuis la période d’après indépendance. On se rappelle RFI, qui a couvert en direct tous les coups d’État militaires dans le continent et accompagné leurs auteurs dans les anciennes colonies françaises. Qui ne se souvient pas de l’ancien président du Libéria, Samuel Doe, qui avait subi une ablation de ses parties intimes devant un reporter de la RFI, qui l’interviewait en même temps, malgré la souffrance sous la joie de ses tortionnaires.

La journaliste de la BBC, Lise Blunt, était également présente sur les lieux lors de la capture de Samuel Doe, dans le quartier général de l’Ecomog à Monrovia. En plus, Prince Johnson avait capturé Samuel Doe devant une équipe de reporters de RFI. Les journalistes occidentaux, encadrés par des services de renseignement de leurs pays respectifs, ont toujours étaient témoins des sales besognes de leurs États en Afrique. Ils décrivent l’Afrique avec ces termes-clé comme dictateur, homme fort de…, corruption, maladie, terrorisme, pauvreté, coup d’État etc.

Et plus, la presse sénégalaise a l’habitude de reprendre des infos des médias étrangers avec la mention «selon la très sérieuse BBC», «information tirée du très crédible site Médiapart»… Des gènes de complexe que traînent les journalistes sénégalais, ainsi que les acteurs politiques, qui aiment toujours dire : «C’est vrai, c’est la Rfi qui l’a dit».

Par ailleurs, le procureur de la République ne devrait pas être saisi, parce que BBC a parlé. Comme si c’était BBC qui dirigeait le Sénégal, ou que le pays est administré par des forces extérieures, qui dictent leur loi et indiquent le chemin à suivre. Voilà une belle manière de se discréditer…

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