Éthiopie: le gouvernement fédéral installe une administration intérimaire au Tigré, qui échappait à son contrôle

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a annoncé vendredi la mise en place d’une administration intérimaire de six mois au Tigré, reprenant formellement aux rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) le contrôle de cette région en proie aux combats depuis plusieurs semaines.

Le TPLF, parti autrefois hégémonique en Ethiopie mais aujourd’hui non reconnu par les autorités fédérales, dirigeait de facto jusque-là la région d’environ six millions d’habitants. Il a formé une alliance fin septembre avec plusieurs groupes armés pour « renverser » le gouvernement d’Abiy Ahmed.

Le parti s’est aussi rapproché de l’Érythrée voisine, qui entretient des relations exécrables avec Addis Abeba et a déployé des milliers de soldats au Tigré la semaine dernière.

Mais après de premières avancées, notamment en Afar, région voisine du Tigré, les troupes du TPLF ont été repoussées plus au nord et ont perdu le contrôle des grandes villes de la région, quittant le 3 octobre la capitale du Tigré, Mekele, sans combattre. Les troupes érythréennes ont également dû se replier, pilonnées par les drones de l’armée éthiopienne.

Valentina BRESCHI, Sylvie HUSSON, Paz PIZARRO

La nouvelle administration du Tigré, qui devra « créer un climat politique stable pour organiser des élections libres et transparentes », gouvernera cette région septentrionale de l’Éthiopie « pour les six prochains mois », a annoncé le bureau de M. Abiy sur Facebook, après une décision prise en conseil des ministres.

« Afin que le peuple du Tigré puisse jouir d’une paix dont il a été privé, que son droit à l’autogestion soit garanti et qu’il puisse bénéficier des fruits du développement dont il a été privé ces dernières années, il doit sortir du cercle vicieux des conflits », a ajouté le bureau du Premier ministre, affirmant que le TPLF « n’a pas voulu la paix ».

Le Tigré a été dévasté entre 2020 et 2022 par une guerre sanglante (au moins 600.000 morts) qui a opposé les forces fédérales éthiopiennes, appuyées par des milices locales et l’armée érythréenne, aux forces du TPLF. Tous les belligérants ont été accusés de crimes de guerre.

« Directives »

Un accord de paix, conclu à Pretoria, en Afrique du Sud, en novembre 2022, a fait taire les armes, mais des points clés, comme le retour des centaines de milliers de déplacés qui vivent toujours dans des camps ou encore le désarmement du TPLF, n’ont jamais été mis en œuvre.

Addis Abeba a également annoncé la nomination de cinq responsables administratifs, dont le maire de Mekele, qui devront exécuter les « directives et instructions données par le gouvernement fédéral ».

Des élections doivent aussi être organisées dans une période de six mois au Tigré, privé de scrutin lors des législatives organisées en juin dernier, qui ont donné une large majorité au Parti de la prospérité (PP) de M. Abiy.

Ce scrutin est la « question centrale », affirme à l’AFP Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région à l’Oslo New University College (Norvège).

« Parviendront-ils à respecter cette échéance ? Quels partis seront autorisés à participer, et lesquels en seront exclus ? Le PP du Tigré mettra-t-il en place une structure partisane sur le terrain ? », s’interroge-t-il.

Interrogé sur cette nouvelle administration, le vice-président du TPLF, Amanuel Assefa, n’a pour l’heure pas donné suite.

Une administration intérimaire avait été mise en place au Tigré après l’accord de paix. Mais les deux hommes nommés à sa tête se sont vite retrouvés marginalisés par le TPLF, qui a dirigé l’Ethiopie de 1991 à 2018.

Le regain de tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée, qui s’accusent mutuellement d’agression, augmente les craintes d’une guerre ouverte, voire d’une extension à d’autres pays de la région. Mercredi, Washington a appelé Asmara et Addis Abeba à la « désescalade », insistant sur le fait que « tous les pays de la Corne de l’Afrique doivent respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de leurs voisins et éviter les incursions transfrontalières ».

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