Gaz et pétrole russes: pourquoi la Hongrie et la Slovaquie ne parviennent pas à s’en passer malgré les sanctions européennes
La Russie a déclaré, ce lundi, avoir vendu aux pays européens pour plus de 320 milliards de dollars d’hydrocarbures depuis 2022. Malgré les sanctions russes adoptées en Europe, en raison du conflit en Ukraine, certains pays comme la Hongrie et la Slovquie refusent de se passer de cet approvisionnement.
Par Lorène Bienvenu avec agences
La Russie annonce avoir vendu pour plus de 320 milliards de dollars d’hydrocarbures aux pays européens, depuis 2022, malgré les sanctions adoptées à son encontre depuis l’invasion de l’Ukraine. Le vice-Premier ministre chargé de l’Energie, Alexandre Novak, a affirmé à la télévision que le chiffre représente le « volume des livraisons de ressources énergétiques vers les pays de l’Union européenne ».
Rien qu’au cours des neuf premiers mois de l’année 2026, les pays européens ont acheté pour 21,3 milliards de dollars, soit environ 19 milliards d’euros, d’hydrocarbures russes. « Autrement dit, malgré les restrictions liées aux sanctions, nous continuons à fournir des ressources énergétiques dans certains domaines pour lesquels des dérogations ont été accordées », a ajouté Alexandre Novak.
La Slovaquie et la Hongrie dans le viseur de l’UE
Ce total ne prend pas en compte les hydrocarbures russes qui parviennent en Europe de manière indirecte, après transformation dans des pays tiers, tels que l’Inde et la Turquie, qui ont massivement augmenté, tout comme la Chine, leurs achats de brut russe depuis 2022.
Depuis le début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, l’Union européenne a infligé de multiples sanctions à Moscou. Mais de nombreux pays continuent de s’approvisionner auprès d’elle en hydrocarbures, notamment en gaz naturel liquéfié (GNL). Plusieurs États, dont la Slovaquie et la Hongrie, bénéficient aussi d’une exemption pour acheter du pétrole russe acheminé par oléoduc.Lire la vidéo
La Hongrie a considérablement accru sa dépendance vis-à-vis du pétrole brut russe ces dernières années. Un rapport du Center for the Study of Democracy (CSD), un institut européen spécialisé dans les politiques publiques, indique qu’en 2025, le pétrole brut russe représentait pas moins de 93% des importations pétrolières de la Hongrie, contre une part de 61% en 2021. Le rapport alerte aussi sur la croissante dépendance du pays au gaz russe et de l’énergie nucléaire.
Le « dernier bastion de la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie »
Le rapport indique que le gouvernement du Premier ministre, Viktor Orbán, a délibérément renforcé cette dépendance malgré les efforts de l’UE pour s’affranchir des combustibles fossiles russes. Il qualifie Budapest de « dernier bastion majeur de la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie » en Europe. « La dépendance de la Hongrie vis-à-vis du pétrole, du gaz et du combustible nucléaire russes constitue un système structurellement renforcé, soutenu par des dérogations légales, des contrats à long terme, des incitations commerciales et des réseaux d’affaires ancrés dans le système politique », détaille le rapport.
En novembre dernier, Donald Trump a aussi décidé d’accorder des dérogations à leurs sanctions sur l’énergie russe, à la Hongrie, pendant un an. « Il lui est très difficile (à Victor Orbán) de s’approvisionner en pétrole et en gaz ailleurs », avait alors déclaré le président américain.
Le rapport du CSD indique que l’augmentation des importations de pétrole russe par la Hongrie est notamment dû au prix fortement réduit sur les marchés mondiaux. Il explique également que le monopole pétrolier d’État hongrois a tiré un avantage financier de son accès continu au brut russe à prix réduit: ses bénéfices ont augmenté de 15% en 2025 pour atteindre environ 1,3 milliard d’euros.
Des avantages qui ne ruissellent pas vers les consommateurs
Les prix des carburants hors taxes en Hongrie et en Slovaquie restent pourtant plus élevés que dans certains pays voisins comme en Tchéquie. Le rapport du CSD conclut que, malgré cette hausse des recettes, les consommateurs hongrois et slovaques ne bénéficie pas des avantages négociés par leurs États. En 2025, les prix hebdomadaires moyens hors taxes des carburants en Hongrie étaient supérieurs de 18% pour l’essence et de 10% pour le diesel à ceux pratiqués en Tchéquie.
L’un des auteurs du rapport, l’analyste au Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur Isaac Levi, affirmait au quotidien allemand Deutsche Welle que « les affirmations selon lesquelles la Hongrie et la Slovaquie ne peuvent pas se diversifier pour ne plus dépendre du pétrole russe ne sont étayées par aucune preuve ». L’analyste assurait alors que « l’UE devrait les dénoncer, en mettant immédiatement fin à l’approvisionnement qui finance le trésor de guerre du Kremlin ».
L’UE souhaite mettre fin aux importations de gaz naturel liquéfié russe vers ses pays d’ici le 31 décembre 2026, et à celles de gaz par gazoduc d’ici le 30 septembre 2027. Elle affirme également qu’elle reste déterminée à éliminer progressivement toutes les importations de pétrole restantes en provenance de Russie d’ici fin 2027.
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Le gouvernement de l’ancien Premier ministre hongrois Viktor Orbán s’opposait régulièrement aux projets d’élimination progressive des énergies russes par l’UE d’ici fin 2027. Il a régulièrement utilisé son droit de veto ou des leviers de négociation, bloquant par exemple temporairement des prêts européens à l’Ukraine, pour préserver ses flux énergétiques. Le Premier ministre de Slovquie, Robert Fico, s’oppose lui aussi aux interdictions prévues par l’UE.
Ce lundi 12 octobre, la ministre suédoise des Affaires étrangères, Maria Malmer Stenergard, a plaidé pour le prélèvement des avoirs russes gelés dans l’UE, lors d’une réunion avec ses homologues de l’Union européenne à Luxembourg. Elle a dénoncé l’achat de produits russes « pour un montant plus élevé depuis les pays de l’UE que l’aide que nous avons apportée à l’Ukraine ». « Si nous utilisions les avoirs gelés, nous doublerions presque le montant total du soutien que nous avons apporté à l’Ukraine » depuis 2022, « ce serait un véritable changement de donne, et c’est précisément ce dont l’Ukraine a besoin », a-t-elle affirmé .
L' »hypocrisie » des Européens pointée du doigt par les Américains
Cette situation a également suscité les critiques des responsables américains, dont celles du président Donald Trump. Le président des États-Unis a annoncé, vendredi 9 octobre, un accord sur la fourniture par la Russie de diesel sur les marchés pour calmer les prix qui connaissent une hausse mondiale. « L’Union européenne a versé 250 milliards de dollars à la Russie pour son énergie, et les médias diffusant des fausses informations ne veulent pas aborder ce sujet. J’ai fait le bon choix pour le peuple américain », a justifié Donald Trump dans un message publié ce lundi sur son réseau Truth Social, utilisant un montant désormais revu à la hausse par Moscou.
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Le ministre américain des Finances, Scott Bessent, avait quant à lui critiqué, ce dimanche, l’« hypocrisie » des Européens, qui « continuent de financer Vladimir Poutine » tout en « prétendant que nous ne pouvons pas bénéficier d’un répit sur le prix du diesel ». Le conseiller de Vladimir Poutine pour la coopération économique à l’international, Kirill Dmitriev, a également fustigé, ce lundi sur X, l’« incroyable hypocrisie des bureaucrates de l’UE ».
Interrogé sur l’accord sur le diesel, Alexandre Novak a estimé que la Russie, qui est l’un des principaux producteurs mondiaux d’hydrocarbures, « pourra atteindre un volume de 3 à 3,5 millions de tonnes par mois de livraisons sur les marchés mondiaux, comme c’était le cas avant la crise ».

