Rwanda: Allemagne, Grèce, Pays-Bas… Ces pays de l’UE qui négocient l’accueil de migrants illégaux avec Kigali

La Grèce, l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark et les Pays-Bas ont commencé des négociations avec le Rwanda. L’objectif à terme de ces cinq pays européens: créer des « hubs de retour » dans le pays pour y envoyer des migrants illégaux présents sur leurs territoires.

Par Thomas Ladonne – Une partie de l’Union européenne (UE) souhaite accélérer le durcissement de la politique migratoire des 27. La création de « hubs de retour » dans des pays comme l’Ouganda ou le Rwanda est évoquée de plus en plus sérieusement. Le Rwanda s’est spécialisé, ces dernières années, dans l’accueil de migrants illégaux en provenance d’autres pays. 

Ce fut le cas avec le Royaume-Uni avant que le projet ne soit avorté en 2023 car jugé en dehors du droit par la Cour suprême britannique. Mais avec les États-Unis, le projet a porté ses fruits: selon leur accord, le Rwanda accueillera jusqu’à 250 migrants illégalement présents sur le territoire américain.

Le Rwanda « ouvert » à un accord

Ce serait donc désormais au tour de l’UE de négocier un tel accord avec Kigali. Deux eurodéputées situées à gauche du Parlement européen étaient en visite au Rwanda la semaine dernière. Selon l’agence de presse britannique Reuters, Tineke Strik (du groupe Les Verts/ALE) et Anna Strolenberg (du groupe Volt), se sont entretenues avec des officiels rwandais qui leur ont affirmé être ouverts à l’idée d’accueillir des migrants transférés depuis l’UE.

Le conseil des ministres européens de l’Intérieur, qui se tiendra à Luxembourg ce jeudi, devrait donner son feu vert final à un règlement européen autorisant la création de tels centres de rétention en dehors de l’UE, sur fond de montée des mouvements anti-immigration à travers l’Europe, comme illustré par la percée électorale de l’AfD en Allemagne.

(Re)Lire Rwanda, Ouganda, Ouzbékistan… L’UE compte expulser des migrants en situation irrégulière dans des centres à l’étranger

Reuters rappelle que, plus tôt dans ce mois de septembre, cinq pays européens ont exprimé leur objectif de signer des accords cette année pour envoyer des migrants illégaux vers des pays en dehors de l’UE.

Ces cinq pays sont la Grèce, l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark et les Pays-Bas. Entre eux, ils se sont mis d’accord pour établir une stratégie impliquant des « hubs de retour » dans des pays extérieurs de l’UE, s’inscrivant dans une lutte accrue contre l’immigration illégale. Concrètement, ils désirent expulser des migrants illégaux vers des plateformes en dehors des frontières de l’Union, quelle que soit l’origine des personnes renvoyées.

Des plans de « déportations inhumains »

Le ministre des Migrations grec, Thanos Plevris, a affirmé à la télévision de son pays que ces dits « hubs de retour » étaient prévus pour le deuxième semestre de 2027, au moment où la Grèce assurera la présidence tournante de l’UE, explique la Deutsche Welle, le média public allemand.

Des groupes de défense des droits humains s’opposent fermement à cette volonté, affirmant qu’elle risque de porter atteinte aux garanties accordées aux migrants et aux demandeurs d’asile, détaille Reuters. « Les plans de déportation de ces cinq états-membres sont irréalistes, inhumains et coûteux« , a déploré Tineke Strik.Lire la vidéo

Les partisans du projet sont, de leur côté, convaincus qu’une telle politique migratoire permettrait d’augmenter les retours et de réduire l’immigration illégale. Le ministre grec défend le projet en expliquant qu’il ne s’agirait pas « de centres de migrants dans le sens où quelqu’un qui voit sa demande d’asile rejetée est envoyée dans un endroit clos dans un pays-tiers« , rapporte la Deutsche Welle. L’idée, selon Thanos Plevris, est de facilité le retour au pays d’origine.

Mais un autre souci se pose selon Reuters: depuis l’arrêt du financement de l’USAID avec le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis, les associations humanitaires présentes au Rwanda éprouvent des difficultés à remplir leurs missions de base, dans un pays où l’accueil de réfugiés ayant besoin d’aide humanitaire est important.

(Re)Voir Accord migratoire: le Rwanda poursuit le Royaume-Uni

“L’Ouganda et le Rwanda font partie des quelques pays stables dans la région. Pressuriser ces pays en envoyant encore plus de personnes revient à tenter le destin« , a alerté Anna Strolenberg. Ce projet concrétise donc les questions concernant la politique migratoire de l’UE.  Mettre en place une politique plus stricte quant à l’immigration est un cheval de bataille de la droite et l’extrême droite européenne, menée par l’Italie de Giorgia Meloni. Depuis 2024, Rome dispose d’un centre d’accueil de migrants délocalisé en Albanie.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *