Grand Parti / Papa Médoune Sow conteste la fusion avec Pastef et prévient Malick Gakou: « Il ne peut pas prendre le parti avec lui »
Le rapprochement de Malick Gakou avec Pastef continue de provoquer de profondes secousses au sein du Grand Parti. Dans un entretien accordé à L’Observateur, Papa Médoune Sow, coordinateur des cadres du GP et conseiller municipal à Yoff, affirme que plusieurs responsables ont décidé de maintenir la formation politique en activité. Pour lui, le départ du fondateur ne saurait entraîner, à lui seul, la disparition d’un parti construit depuis 2015 par des milliers de militants.
Le débat sur l’avenir du Grand Parti est loin d’être clos. Alors que Malick Gakou s’est rapproché de Pastef, une frange de responsables de sa formation refuse de considérer que cette orientation politique scelle automatiquement la disparition du GP. Papa Médoune Sow, coordinateur des cadres du parti et conseiller municipal à la commune de Yoff, porte désormais l’une des voix de cette contestation interne.
Dans un entretien publié par L’Observateur, il affirme que la démarche engagée par certains responsables ne relève ni d’une volonté de défier personnellement Malick Gakou ni d’une bataille pour s’approprier le parti. Il pose plutôt la question sur le terrain de la légitimité des instances et du respect des règles internes.
Selon lui, « le Grand Parti n’est pas la propriété personnelle de Malick Gakou ». Papa Médoune Sow rappelle que la formation a été bâtie collectivement depuis 2015 par des cadres et des milliers de militants ayant consacré leur temps, leur énergie et leurs convictions au projet politique.
Il reconnaît à Malick Gakou le droit de choisir une nouvelle orientation politique, mais conteste qu’une décision personnelle puisse engager automatiquement l’ensemble de l’organisation.
« Ce que nous refusons, c’est qu’une décision personnelle de rejoindre le Pastef et de fusionner le Grand Parti soit imposée à toute une organisation sans l’aval des instances statutaires compétentes », explique-t-il dans les colonnes de L’Observateur.
Pour Papa Médoune Sow, le point de rupture se situe précisément dans les conditions de l’annonce de la fusion-absorption. À ses yeux, une telle décision aurait nécessité une consultation régulière des structures du parti.
Il invoque notamment les statuts du Grand Parti, qui prévoiraient que sa dissolution relève d’un Congrès convoqué à cet effet et nécessitant une majorité qualifiée des trois quarts des délégués. Une procédure qui, soutient-il, n’aurait pas été appliquée.
D’où cette formule particulièrement ferme : « Un leader, même fondateur, ne peut pas décider, seul, de la disparition d’une formation politique. »
Papa Médoune Sow insiste cependant sur le fait que la contestation n’est pas dirigée contre Malick Gakou en tant que personne. Il dit défendre une conception démocratique du fonctionnement des organisations politiques : le droit d’un dirigeant de changer d’allégeance politique ne lui conférerait pas, selon lui, celui de dissoudre une formation sans consulter ses membres.
Le collectif auquel il appartient avait d’ailleurs rejeté, le 12 juin 2026, l’accord avec Pastef, qu’il jugeait notamment invalide au regard des règles statutaires. Pour justifier cette position, le responsable politique indique que le Congrès n’aurait pas été convoqué pour statuer sur la disparition du GP et que les structures départementales, celles des jeunes, des femmes et des cadres n’auraient pas été consultées selon les formes prévues.
Au-delà de la procédure, Papa Médoune Sow soulève aussi une question politique. Une fusion-absorption signifierait, selon lui, la disparition de l’autonomie du Grand Parti, une autonomie construite durant plus d’une décennie.
Il rejette également les accusations selon lesquelles son camp chercherait simplement à conserver les structures du GP contre la volonté de son fondateur. Malick Gakou, rappelle-t-il en substance, a été appelé à présider une organisation résultant d’un regroupement de cadres. Dès lors, le Grand Parti ne pourrait être assimilé à un patrimoine personnel.
Des milliers de militants, des structures installées dans différentes régions ainsi que des élus auraient participé à la construction de la formation et de son projet, notamment autour de « Suxali Sénégal ».
« Le fondateur a parfaitement le droit de partir, mais il ne peut pas partir avec une organisation qui appartient également à ceux qui l’ont construite avec lui », soutient Papa Médoune Sow.
Concernant sa propre représentativité, il affirme être en relation avec des responsables présents dans une trentaine de départements. Il reconnaît toutefois que son courant ne prétend pas représenter à lui seul l’intégralité du parti. Pour lui, l’enjeu principal n’est d’ailleurs pas strictement numérique : il résiderait dans le respect des règles et la fidélité aux textes.
Sur la question du contrôle des instances statutaires, Papa Médoune Sow se montre plus prudent. « Soyons honnêtes : nous sommes dans une phase de réorganisation », reconnaît-il. Certains responsables ayant démissionné, le travail consisterait désormais à les remplacer et à formaliser la nouvelle organisation à travers une Assemblée générale et les procédures prévues par les statuts.
À ses yeux, le Grand Parti peut donc continuer d’exister sans Malick Gakou. Il estime qu’une formation politique ne saurait être réduite à la personnalité de son fondateur. Durant onze années, avance-t-il, des cadres, élus, jeunes responsables et structures territoriales ont façonné une doctrine, un programme et une implantation propres.
Le défi est désormais de donner au parti une nouvelle identité, avec davantage de jeunes, une organisation renforcée, une plus grande place accordée aux femmes et un ancrage territorial consolidé. Il reconnaît cependant une difficulté majeure : construire une nouvelle visibilité sans dépendre d’une personnalité politique centrale.
Papa Médoune Sow révèle par ailleurs que les contacts avec Malick Gakou ne sont pas totalement rompus. Des échanges ont eu lieu et ses camarades auraient tenté de le convaincre que la fusion avec Pastef ne constituait pas l’unique option. Des discussions concerneraient aussi des questions patrimoniales et documentaires afin de préserver les archives et les intérêts de l’organisation.
Un éventuel retour de Malick Gakou ne serait pas exclu par principe. Mais Papa Médoune Sow pose des conditions : respect des règles, clarification de la question de la fusion et reconnaissance de la souveraineté des instances. S’il souhaitait de nouveau présider le parti, il devrait, selon lui, se soumettre à une élection lors d’un Congrès.
L’entretien déborde enfin sur la situation nationale. Papa Médoune Sow décrit un Sénégal confronté au chômage des jeunes, aux difficultés liées au pouvoir d’achat, à une conjoncture économique compliquée et à de fortes attentes en matière de gouvernance. Pour lui, les partis doivent éviter aussi bien l’alignement systématique sur le pouvoir qu’une opposition réduite à la contestation verbale.
Sur l’accord avec le FMI portant, selon l’entretien, sur 2,2 milliards de dollars sur 36 mois, il estime que le contexte d’endettement rendait probablement difficile son évitement total. Mais il y voit également le révélateur de difficultés accumulées dans la gouvernance et la gestion des finances publiques. Pour Papa Médoune Sow, la réponse de fond reste la construction d’une plus grande autonomie économique afin de réduire la dépendance du Sénégal aux financements extérieurs.
SOURCE DAKARACTU

