Zambie: après l’investiture d’Hakainde Hichilema, l’opposition s’inquiète du recul démocratique

Hakainde Hichilema a entamé mardi 1er septembre son deuxième mandat à la tête de la Zambie. Réélu avec 60,5 % des voix selon les résultats officiels, contestés par l’opposition, le président promet de faire passer le pays de la stabilisation économique à une croissance qui profite à tous. Mais son investiture intervient dans un climat politique tendu : son principal rival, Brian Mundubile, est en prison, inculpé de trahison, tandis que l’opposition s’alarme d’un recul démocratique.

par Christina Okello – SOURCE RFI

Devant les tribunes combles du National Heroes Stadium de Lusaka, Hakainde Hichilema a donné le ton de son nouveau mandat. « Ce mandat n’appartient pas à Hakainde Hichilema, mais au peuple zambien », a lancé le président. Son mot d’ordre pour les cinq années à venir : « Grow Zambia », faire grandir la Zambie.

De la stabilisation à la croissance

Après un premier mandat consacré, selon lui, à stabiliser et relancer l’économie, Hakainde Hichilema veut désormais accélérer. « Les cinq prochaines années seront placées sous le signe de la croissance, de l’expansion, des opportunités et de la prospérité », a-t-il promis.

Le président a toutefois reconnu que ces améliorations ne s’étaient pas encore traduites dans le quotidien de tous les Zambiens. « Pour de nombreuses familles, le coût de la vie reste difficile et les bénéfices de notre stabilisation ne se font pas encore sentir à tous les niveaux », a-t-il admis.

Son gouvernement veut notamment développer les secteurs minier, agricole, touristique et énergétique. Hakainde Hichilema a résumé son ambition par une image : « La croissance économique doit avoir un sens à table ». Elle doit se traduire, selon lui, par l’éducation des enfants, des emplois pour les jeunes diplômés ou encore des débouchés pour les agriculteurs.

Une investiture sous haute sécurité

À l’extérieur du stade, l’important dispositif de sécurité témoignait d’un climat bien différent. La police zambienne disait disposer d’informations faisant état de manifestations prévues pendant l’investiture, notamment pour dénoncer l’arrestation de plusieurs membres de l’opposition.

Muhabi Lungu, membre de l’alliance de Brian Mundubile, a rejeté cet argument. « Plus de 300 personnes sont en prison, notre secrétaire général est en fuite, et plusieurs hauts responsables de l’alliance ne sont pas présents, alors qui organise ces manifestations ? », s’est-il interrogé.

Pour lui, « cette investiture est un simulacre. C’est le couronnement d’un empereur qui a triché pour accéder au pouvoir. Les élections n’ont été ni libres ni équitables ». « C’est un jour très triste pour la Zambie, un moment d’infamie », a-t-il ajouté.

Ces accusations interviennent après un scrutin dont le déroulement a suscité des interrogations. Des observateurs indépendants ont relevé des anomalies dans les résultats officiels, tout en estimant qu’Hakainde Hichilema avait franchi la barre des 50 % nécessaire pour l’emporter. L’accès aux principales juridictions du pays a par ailleurs été fermé pour des raisons de sécurité le dernier jour du délai permettant de contester l’élection.

« Nous assistons à la mort de la démocratie »

Même inquiétude chez Kapembwa Simbao, ancien ministre et président de Zambia We Want, l’une des formations de l’alliance d’opposition.

« Les gens sont très, très frustrés », a-t-il expliqué. « Ce qui s’est passé après l’élection est extrêmement effrayant : la mort de l’ancien ministre, l’incarcération de tant de personnes […] Nous avons encore beaucoup de personnes qui se cachent. »

« Nous semblons assister à la mort de la démocratie dans ce pays. Rien de tel ne s’était jamais produit ici », a poursuivi Kapembwa Simbao, craignant que la situation ne s’aggrave dans les prochaines années.

La mort de Mutotwe Kafwaya au cœur des interrogations

Parmi les événements qui ont marqué l’après-scrutin figure la mort de Mutotwe Kafwaya, ancien ministre et membre de l’opposition, tué par balle le 14 août lors d’une opération des forces de sécurité à Lusaka. Les circonstances de sa mort restent contestées : les autorités affirment que les forces de sécurité ont essuyé des tirs, une version mise en doute par l’opposition.

Kapembwa Simbao, qui l’avait côtoyé au Parlement, demande que toute la lumière soit faite. « C’était un homme tellement inoffensif », raconte-t-il. « Ils affirment qu’il y a eu un échange de tirs. Je voudrais vraiment savoir s’il a lui-même tiré, ou même s’il avait une arme. »

Brian Mundubile toujours derrière les barreaux

La tension se cristallise aussi autour de Brian Mundubile. Crédité d’environ 38 % des voix selon les résultats officiels, le principal adversaire d’Hakainde Hichilema a rejeté les résultats. Après s’être caché, disant craindre pour sa sécurité, il s’est finalement rendu aux autorités avec son colistier Makebi Zulu. Tous deux sont détenus dans le cadre d’une affaire de trahison et contestent les accusations portées contre eux.

« Traduisez-les en justice et prouvez vos accusations », réclame Kapembwa Simbao. « Et si ce n’est pas le cas, libérez-les. »

« Des adversaires politiques, pas des ennemis »

Face à ces tensions, Hakainde Hichilema a consacré une partie de son discours à l’unité nationale. « Celui qui a voté contre nous n’est pas notre ennemi. C’est notre frère. C’est notre sœur. Ce sont nos compatriotes », a-t-il déclaré.

Il a également tendu la main à ses adversaires : « Vous restez une partie importante de notre démocratie et nous respectons vos choix. Là où nous sommes en désaccord, nous le sommes en tant qu’adversaires politiques, pas en tant qu’ennemis ». Il a promis d’écouter les « critiques constructives » de l’opposition.

Le défi de son deuxième mandat sera donc autant économique que politique : tenir sa promesse d’une croissance qui profite à tous, tout en apaisant les tensions nées du scrutin.

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