Après des mois de silence, Amadou Bâ remet ses pions sur l’échiquier : réseaux réactivés, bases remobilisées et bataille de 2027 en ligne de mire… les coulisses d’une reconquête politique

Après plusieurs mois de retrait, Amadou Bâ multiplie les signaux d’un retour progressif sur le devant de la scène politique. Visites, rencontres avec ses anciens relais, réorganisation de ses bases et réflexion autour des alliances : selon L’Observateur, l’ancien Premier ministre semble préparer méthodiquement une nouvelle séquence politique, avec les prochaines échéances électorales en toile de fond.

Longtemps discret après l’élection présidentielle de 2024, Amadou Bâ paraît désormais déterminé à reprendre pied dans le jeu politique sénégalais. Selon L’Observateur, les mouvements enregistrés ces derniers mois autour de l’ancien Premier ministre ne relèveraient pas d’une simple succession de visites de courtoisie. Ils s’inscriraient dans une stratégie plus large visant à reconstruire un appareil politique, renouer avec les bases et préparer les futures batailles électorales.

De Dakar à Podor, les rencontres se multiplient. Amadou Bâ reprend contact avec des responsables politiques, d’anciens collaborateurs et différentes personnalités. Ses déplacements à l’intérieur du pays, ses visites ainsi que son activité progressivement plus visible traduisent, aux yeux de plusieurs observateurs interrogés par le quotidien, une volonté de retisser les mailles d’un réseau politique qui avait perdu en visibilité après la présidentielle.

L’ancien chef du gouvernement semble ainsi vouloir reprendre possession de ses relais territoriaux tout en examinant les possibilités d’alliances susceptibles de se dessiner à l’approche des prochaines échéances. Après une période durant laquelle il a essentiellement observé l’évolution de la scène politique, Amadou Bâ remettrait progressivement ses pions sur l’échiquier.

L’Observateur rappelle que l’ancien candidat à la présidentielle a également clarifié, à la fin du mois de mai, son positionnement dans l’opposition. Depuis, son mouvement s’est accéléré dans un paysage dominé par le pouvoir issu de la présidentielle de 2024 et par le tandem Bassirou Diomaye Faye-Ousmane Sonko.

Pour Dr Malako Kanté, enseignant-chercheur et philosophe politique à l’Université Cheikh Anta Diop, cette reprise d’activité répond d’abord à une nécessité politique : ne pas disparaître du débat public. Une absence prolongée peut finir par provoquer un effacement, y compris auprès de ses propres partisans. La question n’est donc plus seulement d’exister médiatiquement, mais de reconstruire une organisation capable de peser.

C’est précisément sur ce terrain qu’Amadou Bâ semble vouloir avancer. Selon l’analyse rapportée par L’Observateur, l’enjeu consiste à reconstituer un appareil politique à travers la consolidation des structures locales, la remobilisation des responsables et une présence régulière dans les régions. Une méthode qui rappelle, selon Dr Kanté, le patient travail territorial mené autrefois par Macky Sall avant que l’Alliance pour la République ne devienne une puissante machine électorale.

L’objectif serait de progresser quartier après quartier, commune après commune et responsable après responsable. Car être connu du public ne suffit pas : pour gagner une élection, encore faut-il disposer de relais capables de mobiliser concrètement les électeurs.

Le calendrier politique donne davantage de relief à cette stratégie. Djibril Diop, journaliste et analyste politique cité par L’Observateur, estime que les déplacements d’Amadou Bâ présentent un intérêt évident dans la perspective des prochaines échéances nationales, notamment les Législatives annoncées pour 2027.

L’ancien Premier ministre aurait donc intérêt à utiliser le temps disponible pour identifier ses relais, consolider ses bases, renouer avec d’anciens compagnons et mesurer précisément son influence dans les différentes localités.

Cette offensive territoriale intervient parallèlement à une recomposition de l’opposition. L’annonce récente d’une coalition autour de Barthélemy Dias constitue notamment un élément nouveau dans le paysage. Pour Amadou Bâ, la question sera de déterminer la position qu’il souhaite occuper dans cette nouvelle architecture : rejoindre un ensemble déjà constitué ou bâtir un pôle suffisamment puissant pour négocier avec les autres forces à partir d’une position favorable.

Selon Djibril Diop, l’ancien Premier ministre pourrait chercher à éviter d’être un simple élément du décor. Son intérêt serait plutôt de disposer d’une force politique suffisamment importante pour compter lors d’éventuelles négociations et, éventuellement, favoriser une recomposition d’une partie de l’opposition autour de sa personne.

La question des alliances s’annonce ainsi déterminante. Dans un paysage politique fortement polarisé, Amadou Bâ pourrait tenter d’incarner une alternative. Son expérience institutionnelle, son passage à la tête du gouvernement et son statut d’ancien candidat arrivé deuxième à la présidentielle de 2024 constituent des atouts. Mais ces éléments devront désormais être transformés en dynamique politique durable.

L’équation est d’autant plus complexe qu’au Sénégal, plusieurs grandes victoires électorales des dernières décennies ont été obtenues à travers des coalitions. L’ancien Premier ministre devra donc consolider sa propre organisation tout en préparant les conditions de futurs rapprochements.

Reste un facteur essentiel : le temps. Revenir sur la scène politique est une première étape. S’y installer durablement en est une autre. Amadou Bâ devra convaincre ses militants, rassurer ses responsables, attirer de nouvelles forces et démontrer que son camp conserve une véritable capacité de mobilisation.

SOURCE DAKARACU

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