Les acteurs de la pêche invités à privilégier le marché local et la transformation des produits halieutiques
Les acteurs de la pêche doivent privilégier le marché local et s’investir davantage dans la transformation des produits halieutiques afin de renforcer la souveraineté alimentaire du Sénégal et de créer davantage de valeur ajoutée et d’emplois dans le secteur, a plaidé l’économiste Moustapha Dème.
“Le secteur de la pêche est un géant. C’est un secteur qui produit en moyenne près de 500 000 tonnes de poissons, emploie des milliers de personnes, fait vivre une grande partie des Sénégalais et contribue aux exportations”, a-t-il déclaré.
M. Dème s’exprimait en marge d’un dialogue sur la politique de la pêche entre le Sénégal et l’Union européenne, une rencontre organisée par la Fondation Konrad Adenauer, jeudi, à Mbour.
Il a fait observer que le secteur de la pêche reste confronté à plusieurs défis, notamment la surpêche, la surcapacité de la flotte, le surinvestissement et la pêche illicite.
“Aujourd’hui, il n’y a pas suffisamment de poissons pour les Sénégalais, malgré ce potentiel halieutique”, a-t-il déploré, estimant qu’une partie importante des ressources débarquées est destinée aux marchés extérieurs.
L’économiste, également consultant, a particulièrement déploré l’exportation de produits halieutiques “en l’état”, notamment des petits pélagiques congelés entiers, qui sont ensuite transformés dans d’autres pays.
“Les femmes transformatrices auraient pu accéder à cette matière, transformer ces produits et permettre au Sénégal d’exporter des produits élaborés, transformés, qui créent de la richesse nationale, de la valeur ajoutée et consolident les emplois”, a-t-il soutenu.
Pour M. Dème, la question de l’accès des pêcheurs aux ressources ne relève pas seulement des moyens disponibles, mais relève surtout d’un “choix politique”.
Il estime que l’État dispose de leviers permettant de maintenir davantage de produits halieutiques sur le marché national, notamment au profit des consommateurs et du secteur de la transformation artisanale.
“Je ne suis pas contre les exportations, mais il faut que le Sénégal exporte des produits élaborés qui ont créé de la valeur ajoutée et qui ont consolidé les emplois au niveau de la transformation artisanale”, a-t-il insisté.
Il a ainsi plaidé pour une réorientation de la politique d’exportation des produits de la pêche, en cohérence avec les objectifs de souveraineté alimentaire, afin de mieux valoriser les ressources halieutiques et de renforcer les chaînes nationales de transformation.

